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La communauté musulmane « choquée » par les propos d'une conseillère de Gatineau, qui nie l'existence de l'islamophobie

Ahmed Limame en entrevue dans la salle de prière de la mosquée.
Ahmed Limame n'entretient pas de ressentiment envers Mme Lemieux, mais est tout de même déçu. Photo: Radio-Canada / Simon Lasalle

La conseillère municipale et mairesse suppléante de Gatineau, Nathalie Lemieux, a « offensé » et « choqué » la communauté musulmane en déclarant que l'islamophobie n'existait pas, lors d'une entrevue avec le journal Le Droit.

Dans un article publié vendredi matin, Mme Lemieux a indiqué que quand un peuple veut s'intégrer, il s'intègre et ce peuple ne s'intègre pas, en parlant des personnes de confession musulmane. Elle a également mentionné que le premier ministre Justin Trudeau tentait « d'inventer un problème ».

Elle a tenu ses propos en réaction à l'annonce du premier ministre du Québec, François Legault, qui a renoncé jeudi à la tenue d'une journée contre l'islamophobie cette année.

Pour l'imam du Centre islamique de Gatineau, Ahmed Limame, cette sortie contribue à normaliser la haine envers les autres. C'est offensant et j'espère qu'elle pourra rétracter ces propos-là, a-t-il mentionné en entrevue.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a souligné dans un courriel que Mme Lemieux allait dans le sens contraire des efforts investis pour le vivre-ensemble. Il s'est également dissocié des propos de la conseillère municipale du district de Touraine sur Twitter.

L'un des survivants de l'attentat de la mosquée de Québec, Aymen Derbali, s'est dit choqué qu'une élue rejette le blâme sur le premier ministre du Canada. Il a rappelé qu'on ne pouvait pas mettre dans le même panier tous les musulmans. De passage à Gatineau, il a martelé qu'il fallait dissocier musulmans et terroristes.

Il ne faut jamais marginaliser une communauté, même si elle est minoritaire. Chacun a ses droits et ses responsabilités.

Aymen Derbali, survivant à l'attentat de la mosquée de Québec

Le professeur à l'Université d'Ottawa et membre du Centre islamique de Gatineau, Salah Basalamah, va encore plus loin en condamnant l'utilisation de la tribune politique pour faire passer un message.

Il a affirmé être inquiet de voir les politiciens québécois abonder dans le même sens que ceux de la France, qui nient l'existence de l'islamophobie. La non-reconnaissance [du problème], c'est l'exclusion , a résumé M. Basalamah.

Selon lui, il est certain que les Québécois ont démontré une solidarité à l'endroit de la communauté musulmane, mais il faut éviter que le gouvernement ne fasse l'autruche.

Un artiste de la région de la capitale nationale, Mehdi Cayenne, a trouvé l'opinion de Mme Lemieux ridicule et généraliste. Ça ne me choque pas, c'est juste de la bêtise humaine, a-t-il déclaré en entrevue .

Quand ces gens-là se débattent pour dire que l'islamophobie n'existe pas, ironiquement, ça démontre [...] une islamophobie flagrante.

Mehdi Cayenne, artiste de la région de l'Outaouais

Les quatre députés libéraux fédéraux qui représentent l'Outaouais ont indiqué, dans une déclaration commune, qu'on doit toutefois reconnaître que l'intolérance, le racisme et l'islamophobie existent, ici comme ailleurs. William Amos, Steven MacKinnon, Greg Fergus et Stéphane Lauzon ont poursuivi en écrivant : ce genre de propos n'a pas sa place dans notre société.

Le député de Pontiac à l'Assemblée nationale, André Fortin, a également exprimé son désaccord avec l'opinion de la mairesse suppléante sur les réseaux sociaux.

En 2017, 117 crimes haineux visant la communauté musulmane ont été dénombrés au Québec, selon Statistique Canada.

Au moment d'écrire ces lignes, Nathalie Lemieux n'avait pas répondu aux demandes d'entrevue de Radio-Canada.

Avec les informations de Jérôme Bergeron et Claudine Richard

Ottawa-Gatineau

Croyances et religions