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Le Québec, une maison d'accueil aux portes difficiles à ouvrir pour les réfugiés?

Écoutez la chronique intégrale
Jean-Pierre Perouma

Gustavo Gonzalez est originaire de la Colombie. En 2006, sa famille et lui sont autorisés à venir au Canada comme réfugiés. C'est en échangeant avec des amis qu'il fait le choix de s'installer à Rimouski. Son parcours illustre la résilience nécessaire aux réfugiés pour faire du Québec leur nouvelle maison.

Son parcours, Gustavo l’explique en disaint qu'il est passé au travers de difficultés […] on ne peut pas imaginer […] C’est comme si toi tu es habitué à être dans ta maison et d’un moment à l’autre, tu te retrouves à la rue. C’est un choc.

Un homme pose dans son bureau avec un visage souriant.Gustavo Gonzalez dans son bureau à l'UQAR. Photo : Jean-Pierre Pérouma

Un réfugié c’est une personne qui quitte son pays pour des raisons de sécurité, pour préserver sa vie et celle de sa famille. Gustavo, marié et père de deux enfants, souhaite offrir une vie à l’abri du danger à sa famille. Son souhait était que les gens nous aident à faire réalité de notre projet de vie.

Le choix de Rimouski s'est fait grâce à des amis qui connaissent la ville et la lui recommande. Sur internet, il regarde des photos de Rimouski et les images lui plaisent. Lui qui a vécu dans la capitale colombienne, Bogota, il ne souhaite pas s’installer dans de grands centres urbains. La proximité de la nature, la présence de services sont autant de critères qui font que Rimouski est la ville de choix pour sa famille.

Une première porte fermée : la langue

Dans son processus d’intégration, Gustavo doit relever le défi de la francisation. À son arrivée, nous sommes en novembre 2006 et son entrée en cours de francisation ne se fera pas avant début 2007. Ce sont donc les Sœurs du Saint-Rosaire, qui aident régulièrement les nouveaux arrivants avec les langues notamment, qui vont l’aider à se familiariser avec la langue jusqu’à son entrée en francisation.

À raison de cinq jours par semaine, de six heures par jour pendant neuf mois, Gustavo a trimé fort pour apprendre avec l’aide de personnes formées en francisation. Elles agissent comme des tuteurs de résiliences, des personnes sur qui s’appuyer pour grandir.

Quand on vient comme réfugié, on ne veut pas la pitié, on ne veut pas la compassion, on veut la compréhension.

Gustavo Gonzalez, aide-académique à l'UQAR.

En 2008, Gustavo reprend le chemin de l’Université. La reconnaissance des diplômes est la clé pour ouvrir la porte vers le marché du travail. Il est admis en maîtrise en gestion de projet, qu’il obtient en 2012.

Frapper son premier mur en cherchant de l’emploi

Son diplôme en poche, en plus de son BAC en administration financière obtenu en Colombie et fort de son expérience comme professeur en science économique et en mathématiques, Gustavo se tourne avec enthousiasme vers le marché de l’emploi. Des postes sont offerts, mais il frappe un mur : la reconnaissance des compétences internationales.

Quand je suis allé chercher du travail dans mon domaine, le premier mur que j’ai frappé, c’était l’expérience dans la gestion de projet. La majorité des entreprises demandaient minimum 3 ou 4 ans d’expérience. Même si j’avais de l’expérience en gestion de projet dans mon pays d’origine, cette expérience n’était pas valide ici au Québec. Alors j’ai frappé un gros mur.

Il savait qu’être réfugié, c’est repartir à zéro et qu’il faut être patient pour aider à former ce pays qui nous accueille.


Il faut tenir son objectif. Avec le temps, l’intensité [des épreuves] ça va diminuer. Mais je vous dis que ça va pas disparaître. Le mot « réfugié » toujours on va l’avoir dans le front […] alors il faut être vaillant. Il faut être persévérant.


Comme il a enseigné l’économie, il porte un regard sur la pénurie de main-d’œuvre et l’embauche en région.


Ici au Québec, on dit qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre. Évidemment il y en a. Les entreprises ont des exigences pour l’embauche. C’est certain qu’il va y avoir des priorités pour les Québécois. Et il va y avoir une priorité par les performances, les acquis et les savoirs.


De son expérience, il explique même si tu as les acquis et tu performes, tu vas être pas pareil. Toujours, tu vas devoir foncer.

Un premier emploi à l’UQAR

Fin 2012, Gustavo est recruté en tant qu’aide-académique pour les étudiants qui ont des besoins particuliers. Il aide et accompagne tout étudiant vers la réussite académique. Avec l’équipe de travail, Gustavo assure la tenue des examens en fonction des besoins des élèves, il veille sur eux et tente de répondre à leurs besoins.

Afin d’assurer un accompagnement de qualité auprès de sa clientèle, Gustavo s’est inscrit dans une formation à l’UQAR.


Notre clientèle est une clientèle avec beaucoup de besoins particuliers au-delà du handicap. Je me suis dit il faut que je fasse une formation dans le domaine de l’intervention. J’avais beaucoup d’expérience en intervention en Colombie, j’ai beaucoup d’acquis dans mon travail à l’UQAR, mais pas de formation comme telle. J’ai fait des recherches et j’ai trouvé un certificat en santé mentale. Alors j’ai commencé il y a un an et demi.


Depuis dix ans, Gustavo étudie et travaille à l’UQAR. Au fil du temps, l'institution est devenue [s]a maison du travail, [s]a maison des amis, [s]a maison des collègues de travail, et [il] aimerai[t] rester ici jusqu’à [s]a retraite.

Une expérience à transmettre pour s’intégrer


Gustavo n’est pas dupe : que tu passes 10 ans, 15 ans ou 20 ans au Québec, tu vas toujours être un immigrant. Mais cela n’est pas si important, ses origines, son accent il en est fier. Même si je reste 30 ans Canada, mon accent il va pas disparaître et j’aimerais pas ça qu’il disparaisse. Gustavo souhaite tout de même continuer à donner ce qu’il sait donner. Spécialement pour aider les clientèles québécoise, immigrante et réfugiée qui viennent ici pour leurs études à l’UQAR.

Gustavo sait aussi qu’il est possible de s’intégrer au Québec, mais que cela passe par la francisation, l’apprentissage d’une langue et d’une culture.

Il faut montrer à tes enfants la culture de ton pays, mais aussi la jumeler avec la culture québécoise. On ne peut pas marcher en parallèle on doit se mixer

Gustavo Gonzalez, aide académique à l'UQAR.

Même si le Québec représente une maison d’accueil pour les réfugiés, les portes demeurent closes s'ils ne s’arment pas des clés nécessaires pour les ouvrir : le français, la scolarité, le deuil des compétences antérieures. Le moteur de ce projet de vie est alors la résilience telle que définie par Boris Cyrulnik : l’art de naviguer entre le torrent que la vie nous impose.

Bas-Saint-Laurent

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