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De Nathalie et Louise à Nicolas et Louise

Photo: Radio-Canada / Facebook
Catherine Bouchard

Louise Lacroix et Nathalie Niquette se sont connues au couvent en 1986. Alors adolescentes et les meilleures amies du monde, elles étaient loin de se douter qu'elles seraient un jour en amour, et encore moins, qu'elles formeraient un couple hétérosexuel. C'est que Nathalie est depuis devenue Nicolas.

Au couvent, elles étaient toutes deux inséparables. On avait notre routine. On savait où se rejoindre, relate Louise.

Nicolas, alors Nathalie, était loin de se douter qu’il serait plus tard en amour avec une femme.À ce moment, j’avais 13 ans. J’étais très sportive. J’ai toujours dit que moi j’étais au ballon de basket à cette époque-là. Les petits gars, les petites filles, ça ne m’intéressait pas encore. Je ne voyais que de l’amitié. L’homosexualité, je ne savais même pas c’était quoi encore.

Les deux femmes se perdent de vue après l’école. Elles vivent alors chacune leur vie. Elles ont des conjoints, puis, chacune un fils. Elles se retrouvent finalement grâce à Internet, 22 ans plus tard.

Elles se revoient pour la première fois en 2008 et en seulement une semaine, leurs sentiments deviennent clairs. Louise est alors mariée à un homme et a un garçon de 18 mois. Je m’étais toujours un peu oublié dans tout ça, mais là, il n’était plus question que je m’oublie. Il fallait que ça aille là. Elle quitte donc son conjoint un mois et demi après la première rencontre avec Nathalie.

Louise Lacroix et Nicolas Niquette, alors Nathalie Niquette.Louise Lacroix et Nicolas Niquette, alors Nathalie Niquette. Photo : Nicolas Niquette

« Coming-out » rêvé

Les deux femmes vivent le grand amour pendant sept ans. Mais quelque chose cloche chez Nathalie : elle vit dépression, après dépression. Puis, une conférence sur la transidentité en 2015 change tout.

Ça faisait 20 ans que j’avais enfoui cela en dedans de moi. À un moment donné, je l’ai comme oublié. Quand j’ai été assisté à la conférence, c’est comme si ça avait rouvert la boîte. Ça a tout ramené les souvenirs en arrière. Ça a explosé, relate Nicolas.

Nathalie passe alors trois jours complètement silencieuse. Puis, elle se décide enfin à confier à Louise ce qu’elle avait enfoui en elle deux décennies plus tôt.

Veut, veut pas, 85 % des couples se séparent dans cette situation. Alors, c’est sûr que j’avais peur. Mais je n’avais pas le choix. Il fallait je le fasse. Elle m’a dit : “ J’aime la personne que tu es à l’intérieur, pas à l’extérieur”. J’ai vécu le conte de fées, rigole Nicolas.

Pour Louise, c’était au contraire un soulagement.

Je me sentais très zen avec ça, parce que, je l’aimais tellement. Et à l’avoir vu dépression, après dépression, enfin, c’était comme si on venait de mettre le doigt sur le bobo, relate Louise.

Transition

S'amorce ainsi la transition de Nathalie vers Nicolas. Nicolas va d’abord voir son médecin, puis commence l’hormonothérapie. S’en suivent aussi plusieurs opérations.

Une telle transition, ça signifie forcément des changements dans l’intimité. Il faut s’adapter, croit Louise.

Parfois, ce sont des choses aussi anecdotiques que de se coller sur le divan pour un film.

Au début, je me tombais sur les nerfs. J’avais trop chaud. Je retrouvais le stéréotype que j’entendais tout le temps de : “Ah, mon chum est pas colleux. Il arrête pas de dire qu’il a trop chaud.”, parce que je le vivais moi-même, raconte Nicolas.

Même dans la chambre à coucher, des ajustements sont nécessaires.

Autant dans les moments les plus intimes, il a fallu réapprendre à se connaître un peu, ce qu’il aimait, ce qu’il n'aimait plus. Il avait des périodes de dysphorie par rapport à l’intimité ou au génital. Je le respectais d’où il était rendu. Ça prend énormément d’écoute, autant de ses besoins que les miens, indique Louise.

Il y a eu des périodes où tout allait très bien au niveau sexuel. Mais d’autres périodes où j’avais plus de dysphorie, où je me sentais moins bien avec mon corps. L’important, c’était d’en parler immédiatement et de dire : “ Bien regarde, ça va pas bien ces temps-ci” , relate Nicolas.

Louise est catégorique : ce n’a pas toujours été facile. Il y a des moments qui étaient plus rock’n’roll. Les différentes opérations, c’est des soins. Les enfants, le travail, la famille, le transport. Je suis coordonnatrice de l’organisme Trans Mauricie-Centre-du-Québec. Il y a tout ce qu’il y a à faire en même temps.

D’ici un an, Nicolas Niquette aura finalement terminé l’ensemble de sa transition. Pour le couple, ça signifiera aussi de pouvoir passer à autre chose. J’ai eu une des dernières opérations, la phalloplastie. Il me reste que mettre l’implant pénien et reconnecter tout cela pour que ça fonctionne.

Comme quoi tout est possible quand il y a de l'amour !

Mauricie et Centre du Québec

Homosexualité