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La mise au monde sur les planches de Jacques L’Heureux à Ottawa

Trois photos en parallèle démontrant l'évolution de Jacques L'Heureux, comme étudiant, puis comme acteur.
Le comédien Jacques L'Heureux en trois temps Photo: Radio-Canada / Courtoisie Jacques L'Heureux / Crédit : Télé-Québec / Crédit : Maxime Côté

C'est un secret bien gardé : le comédien Jacques L'Heureux a ressenti l'appel de la scène durant son adolescence dans la capitale fédérale. Établi en Ontario avec sa famille dans les années 1960, celui qui allait bientôt donner vie au personnage culte de Passe-Montagne a pris conscience à Ottawa qu'il pouvait espérer gagner sa vie en jouant la comédie.

Un texte de Stéphanie Rhéaume pour Les Malins

Natif de Québec et fils d’un père fonctionnaire, Jacques L’Heureux a grandi en faisant la navette entre les deux capitales. En cumulant le début de son école élémentaire et la fin de son passage au secondaire, il aura passé tout compte fait près de huit ans dans la maison familiale de l'avenue Portage à Ottawa.

Photo en noir et blanc de Jacques L'Heureux assis sur un balcon, cigarette à la main, l'air sérieux.Jacques L'Heureux, adolescent, devant la maison familiale à Ottawa Photo : Courtoisie : Jacques L'Heureux

La piqûre du théâtre, le jeune Jacques L’Heureux la connaît alors qu’il fréquente les bancs de l’École secondaire de l’Université d’Ottawa. Deux enseignants, Jean-Louis Émond et Albini Soucy, mettent sur pied une troupe de théâtre à laquelle s’empresse de se joindre l’aspirant comédien.

La proposition apparaissait alléchante : faire du théâtre avec les filles de l’école Jésus-Marie !

J’ai levé la main pour essayer de rencontrer des filles. [...] J’ai commencé à faire du théâtre comme ça ! (rires)

Jacques L'Heureux

Metteur en scène en herbe, Albini Soucy se rappelle bien comment son élève au profil longiligne avait bien su tirer son épingle du jeu en audition.

Deux photos en parallèle : un jeune enseignant en classe et le même homme près de 50 ans plus tard.Albini Soucy avait démarré une troupe de théâtre à l'école que fréquentait Jacques L'Heureux. Photo : Radio-Canada

On avait immédiatement su que Jacques allait contribuer très positivement à la pièce et avec une passion qui aura sûrement continué à le servir, se souvient Albini Soucy.

L’enseignant, qui avait à peine 23 ans à l'époque, s'enorgueillit du succès de son émule, qui a fait ses marques tant dans la Ligue nationale d’improvisation qu’au petit écran, au théâtre et au cinéma.

Réussir comme ça, ça m’a fait un grand plaisir. Mais c’est tout à son honneur !

Albini Soucy, responsable de la troupe de théâtre à l'École secondaire de l'Université d'Ottawa à la fin des années 1960

Compagnon de classe de Jacques L’Heureux, Denis Pellerin l’a côtoyé dans ses premiers pas sur scène.

Deux photos en parallèle du même homme : l'une en noir et blanc alors qu'il est finissant et l'autre en tant qu'homme d'âge mûr.L'ami de Jacques L'Heureux, Denis Pellerin, en 1971 et en 2019 Photo : Radio-Canada

Au théâtre, on devient un personnage ou on joue un personnage. Dans le cas de Jacques, malgré le très peu d’expérience qu’on avait à l’époque [...], il avait ce réflexe-là d’entrer dans le personnage, de devenir le personnage, relate son ami d'enfance. Mais déjà, on pouvait sentir chez Jacques la fibre du comédien réel et le plaisir qu’il avait de jouer aussi.

En tournée avec le Centre national des arts

En 1969, le Centre national des arts (CNA) ouvre officiellement ses portes à Ottawa.

J’ai vu beaucoup, beaucoup de spectacles au Centre national des arts, parce que ma mère était abonnée. Comme mon père était un peu dur de la feuille, [...] ma mère m’amenait avec elle, raconte Jacques L'Heureux, qui y a aussi travaillé comme placier.

Il soupire en évoquant avoir assisté à des représentations d’Anne of Green Gables une cinquantaine de fois.

Mais c’est en faire [du théâtre] que je voulais, moi ! En voir, c’est correct, mais c’est en faire qui est la motivation.

Jacques L’Heureux

Coup de chance pour l’adolescent avide de théâtre : le CNA confie alors au metteur en scène Jean-Luc Bastien la responsabilité d’une troupe amateure pour laquelle il est sélectionné.

La bande de jeunes acteurs enthousiastes monte Le monde est une machine qui marche bien de Denys Saint-Denis et effectue même une tournée dans l’Est ontarien.

Un homme parle au micro dans une salle de théâtre. Derrière lui, une série de sièges rouges.Le metteur en scène Jean-Luc Bastien Photo : Crédit : Mathieu Rivard

Jean-Luc Bastien, qui dirigeait alors le département de théâtre à Sainte-Thérèse, garde en mémoire la qualité du jeu de Jacques L’Heureux pour cette production.

C’est sûr que le talent, quand il est là, il est là. Il a progressé. Visiblement, je crois qu’il s’est trouvé comme homme de théâtre, comme acteur. La base était là. Il l’a fait fructifier. [...] C’est devenu un bon comédien, un très bon comédien, fait valoir le metteur en scène âgé de 79 ans.

Au cours de la tournée, un technicien tend à Jacques L’Heureux un dépliant pour l’École nationale de théâtre à Montréal.

J’ai appris à ma grande surprise qu’il existait une école pour former des comédiens. Je ne savais pas ça pantoute ! (rires)

Jacques L'Heureux

Jacques L’Heureux passe finalement l’audition pour l’École nationale de théâtre… au CNA. Le comédien s’attaque à des scènes colossales pour un jeune homme de 17 ans en optant pour Les fourberies de Scapin de Molière et Caligula d’Albert Camus.

Je me suis fait arrêter dans le milieu d’une scène par M. Müller, [André Müller, le directeur de l’École nationale de théâtre], qui m’a dit cette phrase que je me souviendrai toujours : “Jeune homme, je n’aime pas cette scène et je n’aime pas la façon dont vous interprétez.” J’étais sûr que c’en était fait de ma carrière d’acteur (rires), se moque-t-il.

Carte d'identité avec la photo de Jacques L'Heureux en noir et blanc. Il est barbu, porte des lunettes et ses cheveux sont frisés.La carte d'identité de Jacques L'Heureux à l'École nationale de théâtre. Photo : Courtoisie : Jacques L'Heureux

Coup de théâtre, Jacques L’Heureux a tout compte fait été admis à l’École nationale de théâtre à l’automne 1971.

Des premiers pas au théâtre marqués par la crise d’Octobre

Si Jacques L’Heureux a pris son envol dans la capitale fédérale et si son étoile n’a jamais pâli depuis, il se rappelle bien du contexte politique particulier dans lequel il a pris son élan sur scène.

Avec la montée du nationalisme au Québec et la crise d’Octobre qui semait un climat de peur jusqu’en Ontario, faire du théâtre en français à Ottawa s’accompagnait immanquablement d’un éveil politique de la part des jeunes comédiens amateurs.

Un vendeur de journaux tient l'édition du jour du 16 octobre 1970 annonçant la Loi sur les mesures de guerre.Un vendeur de journaux tient l'édition du jour du 16 octobre 1970 annonçant la Loi sur les mesures de guerre. Photo : La Presse canadienne / Peter Bregg

On nous prenait pour des méchants felquistes [...] en ce sens qu’on était des jeunes idéalistes qui vivaient la mouvance de l’affirmation francophone que ce soit au Québec ou en Ontario.

Jacques L'Heureux

J’ai été arrêté à la frontière du Québec et de l’Ontario par des policiers [...] qui ont demandé à mon frère qui chauffait : “Are you a member of the FLQ?” [...] On était dans une Volkswagen Beetle… on était quatre dedans. Je ne sais pas où on aurait pu cacher Pierre Laporte !, se remémore-t-il.

Selon son ami Denis Pellerin, vivre dans un milieu majoritairement anglophone durant ces années-là comportait son lot de confrontations culturelles.

Jacques était de la race de ceux qui choisissaient à la fois de se battre et défendre la langue française en Ontario, soutient son compagnon tant au théâtre qu’en amitié.

Denis Pellerin avance aussi que d’avoir vécu en milieu minoritaire a certainement pu contribuer à forger la détermination et la conviction de Jacques L’Heureux pour tracer sa voie dans le milieu compétitif des arts dramatiques.

À 65 ans, celui qui continue de faire rêver petits et grands devant le petit écran devient nostalgique en pensant à ses années dans la capitale fédérale.

J’ai quitté Ottawa, parce que ça se passait à Montréal. À l’époque, on ne pouvait pas vivre à Ottawa et faire une carrière à Montréal. Je devais vivre sur les lieux à Montréal. Mais ce sont des beaux souvenirs, confie-t-il ému.


Les nostalgiques du personnage de Passe-Montagne pourront le retrouver dans la nouvelle mouture de Passe-Partout sur les ondes de Télé-Québec dès le 25 février à 18 h. C’est le comédien Jean-François Pronovost qui prend le relais de Jacques L’Heureux pour camper le personnage.

Ottawa-Gatineau

Théâtre