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Sur leurs skis ou en raquettes, des immigrants découvrent les plaisirs de l'hiver

Xochitl, une Mexicaine, découvre le ski de fond pour la première fois

Xochitl vient du Mexique et découvre le ski de fond pour la première fois. « C'est vraiment génial! Quand je glisse un peu, c'est merveilleux! »

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Radio-Canada

Ski de fond, patin sur glace ou raquettes... tous les Québécois connaissent ces sports d'hiver, mais c'est loin d'être le cas pour les nouveaux arrivants. Ils ont entendu dire qu'il fallait bouger et profiter de l'hiver, pour passer au travers. Mais le manque de connaissances et les coûts pour s'équiper ou sortir de la ville représentent souvent un frein. Ces activités hivernales sont pourtant de puissants outils d'intégration.

Un texte de Myriam Fimbry

« Je n'ai jamais fait de ski, c'est ma première fois vraiment, ma première fois! » Tout essoufflée et les joues roses, Xochitl apprivoise l'équilibre sur des skis de fond, non sans de multiples chutes. « Je n'arrive pas à descendre de la bonne manière, parce que mon poids est en arrière, alors je tombe et je tombe », dit-elle, résignée, avec un grand sourire.

La femme de 32 ans, originaire du Mexique, est arrivée il y a trois ans au Québec. Comme beaucoup d'immigrants venus de pays chauds, elle se demandait quoi faire en hiver, une saison qui demande tout un apprentissage!

Le premier hiver, c'était comme une nouvelle aventure : on ne savait pas à quoi s'attendre, on ne savait pas comment s'habiller. Maintenant ça va mieux, on s'est habitués petit à petit.

Xochitl, 32 ans, originaire du Mexique

Jusqu'à ce qu'elle découvre la possibilité de s'initier à différents sports d'hiver, chaque vendredi au pied du Mont-Royal.

Cours de « plein air 101 »

« Freiner, comment ralentir, on va apprendre ça aujourd'hui », annonce la formatrice Adrienne Blattel. Sac au dos, elle anime un cours de « plein air 101 », au pied du Mont-Royal, pour les nouveaux arrivants à Montréal. C'est une idée qu'elle a proposée à l'Association récréative Milton-Parc, pour partager sa passion auprès de ceux qui sont parfois les plus hésitants à mettre le nez dehors lors des froids polaires.

Ce jour-là, elle anime un groupe de huit personnes, aux nationalités variées : Liban, France, Chili, Brésil, Maroc, Équateur, Mexique. Un bénévole originaire d'Iran donne un coup de main à Adrienne, pour enseigner les rudiments du ski de fond.

Magdalena Garcia, originaire du Chili, se prépare à freiner dans une pente avec des skis de fond. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Magdalena Garcia, originaire du Chili, se prépare à freiner dans une pente avec des skis de fond.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

En haut d'une mini-pente, recouverte de neige fraîche et moelleuse, les yeux sont un peu inquiets. « On va descendre le plus doucement possible », dit Adrienne Blattel, rassurante. « Juste un rappel pour se sentir en sécurité, quand ça commence à glisser, c'est important de serrer les bâtons et de baisser le centre de gravité, donc je vais fléchir mes genoux... »

La peur de se lancer

Krystelle, 30 ans, originaire du Liban, a une peur bleue de descendre sa première pente. « J'ai vraiment peur, là! On dirait que je vais tomber parce que j'ai peur! » dit-elle. Arrivée au Québec à l'âge de 10 ans, elle a déjà fait du patin ou de la raquette, mais jamais du ski de fond. « C'est sûr que c'est difficile de commencer toute seule. On a une excellente professeure, elle nous aide beaucoup et elle nous encourage. »

L'effet de groupe aidant, Krystelle ose se lancer du haut de la pente. La descente se déroule sans encombre, à la vitesse de l'escargot, sous les cris de joie et félicitations. « Ça vient avec le temps, je suppose », dit Krystelle avec modestie, visiblement heureuse de ses progrès rapides.

Xochitl n'avait jamais chaussé de bottes de ski jusqu'à aujourd'hui. « C'est génial pour moi! c'est vraiment génial! », s'exclame-t-elle, tout essoufflée. « Quand je glisse un peu, c'est merveilleux! »

Pour la coordonnatrice du programme de plein air interculturel, le plus beau moment, c'est de voir ses élèves sourire lorsqu'ils découvrent la sensation de glisser dans la neige. Malgré les difficultés, le froid et les chutes.

Des obstacles

Adrienne Blattel veut partager avec les nouveaux arrivants sa passion pour le plein air .Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Adrienne Blattel veut partager avec les nouveaux arrivants sa passion pour le plein air .

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Originaire d'Ottawa, Adrienne Blattel vit à Montréal depuis 17 ans. Dès l'enfance, son père l'a initiée au patin et au ski de fond dans le parc de la Gatineau. Elle sait que les immigrants n'ont pas eu cette chance. Arrivés au Québec à l'âge adulte, venant de pays aux conditions climatiques très différentes, ils partent de zéro.

Beaucoup de nouveaux arrivants ont entendu dire qu'il fallait vraiment bouger en hiver pour pouvoir en profiter. Mais ils ne savent pas nécessairement comment accéder au matériel, comment apprendre, ils n'ont pas nécessairement un réseau social de gens qui font déjà ça.

Adrienne Blattel, coordonnatrice du programme de plein air interculturel, Association Milton-Parc.

Les coûts de ces activités peuvent aussi représenter un frein. Xochitl avait l'impression qu'il fallait se déplacer loin de Montréal et payer le prix fort pour pratiquer un sport d'hiver. Elle découvre que c'est possible de chausser des skis de fond en pleine ville, dans les parcs. « Je suis contente de savoir que je peux en faire au Mont-Royal ou dans le parc Maisonneuve. C'est génial! »

L'occasion de parler français

Les cours de patin, de raquettes ou de ski de fond offrent une précieuse occasion de rencontrer du monde et de parler français.

Magdalena Garcia, 40 ans, a quitté Santiago du Chili en septembre pour s'installer au Québec, avec mari et enfants. Elle commence un doctorat en géographie à l'Université de Montréal. « Pour la raquette, on marche deux personnes ensemble. On parle beaucoup, tout le temps en français », dit-elle.

Je pense que c'est une bonne activité pour parler français et vivre la vie de Montréal, dans l'hiver.

Magdalena, immigrante à Montréal, originaire du Chili.

Un outil d'intégration

Adrienne Blattel y voit carrément un outil d'intégration. Au fil des six semaines d'initiation, des liens se tissent. Parfois même des amitiés. « Beaucoup de gens se font des amis, avec qui ils peuvent continuer à faire des sorties de ski, marcher ensemble ou planifier des activités sociales. Il y a vraiment beaucoup de réseaux qui se créent », dit-elle.

Le groupe est une mosaïque culturelle: Liban, France, Chili, Brésil, Maroc, Équateur, Mexique et Iran.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le groupe est une mosaïque culturelle: Liban, France, Chili, Brésil, Maroc, Equateur, Mexique et Iran.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

L'hiver, ça fait vraiment partie de la culture québécoise. Ce sont des activités typiques et historiquement très importantes. Ça leur permet d'avoir plus de culture en commun avec d'autres gens, plus d'activités à faire avec eux, parfaitement adaptées à notre climat et à nos paysages.

Adrienne Blattel, formatrice

En deux mois à peine, Adrienne Blattel initie son groupe à trois sports, mais « c'est normal que tout le monde n'adore pas les trois. Ça donne l'opportunité de trouver au minimum une activité qu'on aime en hiver, puis c'est ça qui peut vraiment tout changer. »

L'initiation semble porter ses fruits. Sur 75 personnes qui viennent chaque hiver à ce cours de « plein air 101 », plusieurs regrettent, paraît-il, de voir arriver le printemps.

Entre deux chutes à la renverse, Xochitl et Magdalena confient qu'elles comptent bien initier à leur tour leurs maris et leurs enfants au ski de fond, dès qu'elles en maîtriseront un peu plus la technique.

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