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Un site web et 800 embauches pour le dépistage précoce des enfants au Québec

Une fillette et un garçon écrivent sur un tableau des mots.
Le plan de la CAQ pour dépister plus rapidement les retards de développement chez les enfants coûtera à terme de 70 à 90 millions par année. Photo: Radio-Canada
François Messier

Les parents québécois qui soupçonnent que leur enfant de 5 ans ou moins présente un retard de développement n'auront « plus besoin d'attendre » pour obtenir une évaluation médicale, a annoncé jeudi le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

Cela sera rendu possible par une plateforme web qui sera déployée graduellement dans toutes les régions du Québec d’ici deux ans, et par l’embauche de 800 spécialistes et agents administratifs qui seront embauchés d’ici là dans 31 établissements de santé.

Grâce à cette approche, « on va pouvoir dépister les retards de développement, et prendre charge de nos enfants beaucoup plus tôt qu’à l’entrée à l’école, dès qu’on a la moindre suspicion d'un retard de développement », a déclaré M. Carmant au terme du caucus présessionnel de la Coalition avenir Québec, à Gatineau.

La plateforme en question devrait être déployée dans 11 régions cette année, et dans 6 autres en 2020, a précisé le ministre. Le déploiement s’effectuera en fonction du taux de natalité et de l’indice de pauvreté constaté dans chacune des régions.

Il entraînera des dépenses récurrentes de 70 à 90 millions de dollars par année lorsque le programme sera complètement implanté.

Lionel Carmant, devant un lutrin sur lequel on peut lire « Agir tôt ».Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, le Dr Lionel Carmant, en conférence de presse, jeudi, à Gatineau. Photo : Radio-Canada

Cette nouvelle approche constitue en fait l’aboutissement du projet CIRENE, que M. Carmant a lui-même lancé alors qu'il était neuropédiatre au CHU Sainte-Justine. Les résultats du programme, menés en partenariat avec trois CLSC de la région de Montréal, ont été « très bons », a assuré le ministre.

Tout va se faire de façon synchronisée. Les trois premiers CLSC qui étaient dans le projet pilote vont pouvoir avoir accès aux ressources tout de suite. Et chaque fois qu’on va « former » une nouvelle région, on va ouvrir les postes pour les professionnels également.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

« Dès que quelqu’un va avoir l’impression qu’un enfant présente un retard au niveau de son développement – que ce soit une éducatrice en CPE, une grand-mère, une tante, un parent – ils vont pouvoir être référés pour une évaluation sur une plateforme web » a expliqué le ministre.

Diriger les enfants vers les bons services

La plateforme en question permet en fait de remplir un formulaire pour évaluer les problèmes potentiels d'un enfant. Les parents pouront le remplir eux-mêmes, ou obtenir l’aide d’une coordonnatrice dans un CLSC pour le faire, a précisé le ministre. Les enfants sont alors directement référés vers les services appropriés, ce qui évite aux parents de patienter sur plusieurs listes d'attente.

Maria Cabello parle au journaliste David Gentile dans un bureau.Le CLSC de Montréal-Nord est l'un des trois établissements montréalais qui participe au projet CIRENE. Le formulaire développé pour l'occasion, visible à l'écran, permet d'identifier par exemples « l’autisme, le retard ou les troubles de langage ou un retard global de développement », explique à notre journaliste la psychoéducatrice Maria Cabello. Photo : Radio-Canada

La beauté de la chose, c’est qu’on n’aura même plus besoin d’attendre pour l’évaluation médicale. L’intervention pourra débuter tout de suite, dès la première visite.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

« Ça va permettre à chaque enfant d'avoir une trajectoire personnalisée, parce que l’intervention va débuter dans le milieu de garde, va continuer jusqu’à l’entrée à l’école, et le dossier va pouvoir suivre l’enfant à l’école tout au cours de cette trajectoire », a-t-il précisé.

« C’est une avancée concrète pour les enfants et leur famille, a assuré M. Carmant. Je pense que le programme aura un impact à court terme pour tous les parents qui doivent sortir de leurs poches des sommes phénoménales pour faire évaluer leur enfant. »

« Je l’ai dit, je trouvais que c’est la plus grande injustice système de santé : ceux qui ont les moyens peuvent faire évaluer leurs enfants tôt, et leur permettre d’aller à l’école régulière, alors que ceux qui ont moins de moyens doivent attendre l’entrée à l’école » pour obtenir les mêmes services, a dit le ministre.

Ces derniers courent alors le risque de s’enfoncer dans une séquence qui peut être marquée par des retards scolaires, la perte d’estime de soi, le décrochage et, ultimement, des troubles psychosociaux et des difficultés psychologiques, a-t-il fait valoir.

Le premier ministre François Legault dit pour sa part être convaincu permettra « à long terme d'augmenter les taux de diplomation en secondaire 5 ».

Le défi du recrutement

Devant le scepticisme des journalistes quant à la possibilité de recruter 800 personnes, dont de nombreux spécialistes, en si peu de temps, le ministre Carmant a voulu se montrer rassurant.

Il dit avoir consulté les différents ordres professionnels pendant les six mois où il se demandait s’il voulait faire le saut en politique. « On m’assure qu’on devrait avoir des personnes pour tous ces postes. Évidemment on va prendre [notre] temps et on va le faire progressivement », a-t-il plaidé.

« Et aussi, si le besoin est, on espère que des gens du privé vont venir pour le projet, pour aider les enfants dans le système public, a-t-il ajouté. Et on va ouvrir des postes à temps complet dans les différentes institutions. »

Nathalie Martin, cheffe du programme stimulation précoce au CIUSSS du Nord-de-l'île-de-Montréal, prévient pour sa part que le projet CIRENE n'élimine pas tous les délais que doivent affronter les parents pour obtenir les services requis une fois que des problèmes ont été dépistés.

Nathalie Martin, en entrevue. Le programme CIRENE accélère le dépistage, concède Nathalie Martin. Mais les parents attendent toujours pour obtenir des services professionnels par la suite. Photo : Radio-Canada

« Bien sûr qu’il y a de l’attente, une fois qu’on a dépisté. Il y en avait avant CIRENE, et il y en a encore une fois que c’est dépisté », a-t-elle commenté, dans une entrevue accordée à Radio-Canada plus tôt cette semaine, avant l'annonce du ministre Carmant.

« C’est sûr que l’ajout de ressources, pour pouvoir répondre plus rapidement possible après qu’on ait dépisté des difficultés, je pense que c’est essentiel. »

Avec la collaboration de Davide Gentile

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