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Corruption : le Canada fait bonne figure, les États-Unis suscitent des inquiétudes

Illustration d'un politicien qui est aussi une tirelire : une main lui glisse un billet de banque dans le dos tandis qu'il prononce un discours.

Les sociétés les plus démocratiques sont aussi celles où la corruption sévit le moins, signale Transparency International.

Photo : iStock

Bernard Barbeau

Le Canada continue de bien se classer au palmarès des pays vus comme les moins corrompus, établi par Transparency International, une organisation indépendante basée à Berlin. Il est au neuvième rang de l'Indice de perception de la corruption (IPC), dont le rapport 2018 vient d'être publié.

L’IPC s’appuie sur l’évaluation d’experts pour mesurer la corruption du secteur public dans 180 pays et territoires, en leur attribuant des scores allant de 0 (fortement corrompu) à 100 (très peu corrompu). Il a été créé en 1995, mais la méthodologie utilisée a été revue en 2012.

S’il y avait « quelque chose de pourri au royaume du Danemark » à l’époque de William Shakespeare, c’est tout le contraire de nos jours. Ce pays est considéré comme le moins corrompu au monde.

La Nouvelle-Zélande est au deuxième rang. Et la Finlande, la Suède, la Suisse de même que Singapour se partagent la troisième place.

À l’autre extrémité du spectre : la Somalie, le Soudan du Sud et la Syrie.




Année après année, le Canada figure parmi les 10 États considérés comme les plus sainement gérés, malgré l’impression que peuvent laisser les scandales occasionnels comme ceux mis au jour par les Panama Papers ou la commission Charbonneau.

« Quand je parle avec des Canadiens de lutte contre la corruption, ils me répondent souvent : “Bonne chance”, a relaté James Cohen, directeur de la section canadienne de Transparency International. Ils semblent penser que la tricherie est trop profondément enracinée pour être combattue efficacement. »

« Il est important pour eux de noter que des changements peuvent être apportés, que la [responsabilité], la transparence et l'intégrité peuvent être améliorées, a déclaré M. Cohen. […] Il faut juste du dévouement et de l'action. »

Ex æquo avec le Luxembourg, le Canada s’est classé neuvième en 2018 avec un score de 81 – en baisse d’un point par rapport à l'année précédente. Il est premier au sein des pays du G8, ce qui n’a pas changé depuis longtemps (toutefois, en 2017, le Royaume-Uni avait aussi bien performé que le Canada).

À noter que l’Italie améliore sa performance d’année en année.



Le populisme des Amériques

Transparency International souligne que les Amériques sont aux prises avec plusieurs systèmes politiques affaiblis par des leaders populistes et autoritaires, une donne observée dans le reste du monde aussi.

L'organisme nomme les présidents des États-Unis, Donald Trump, du Venezuela, Nicolas Maduro, du Brésil, Jair Bolsonaro, et du Guatemala, Jimmy Morales.

Sans bien sûr avancer que ces dirigeants ont posé des gestes criminels, Transparency International soutient que leurs orientations risquent d'entraîner une hausse de la corruption.

Montage photo des quatre présidents.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Donald Trump, Nicolas Maduro, Jair Bolsonaro et Jimmy Morales.

Photo : Reuters

Le rapport déplore les stratégies que ces dirigeants peuvent employer, comme :

  • « préconiser des solutions simplistes et radicales pour résoudre des problèmes de société complexes »;
  • « s’ingérer dans le travail des institutions nationales ou s’en servir pour affaiblir le système de contrepoids et accroître le pouvoir exécutif »;
  • « porter atteinte aux médias indépendants, en particulier lorsque leur couverture remet en cause les messages du pouvoir »;
  • « tenir des propos racistes, anti-immigration, anti-Autochtones et anti-LGBT ».

Pour la première fois depuis 2011, les États-Unis ne sont pas arrivés à se classer parmi les 20 premiers pays. « On y assiste à une érosion des normes éthiques dans les plus hautes sphères du pouvoir » dans ce pays, déplore Transparency International.

Le sentiment populiste anti-immigration, l’augmentation des crimes motivés par la haine, la polarisation politique et la plus longue paralysie gouvernementale de l'histoire des États-Unis [...] ne font qu'exacerber la perte de confiance du public dans les institutions.

Transparency International, au sujet des États-Unis

Notre voisin du Sud demeure néanmoins deuxième dans les Amériques (le Canada étant premier). Mais il est engagé sur une voie dangereuse, croit Transparency International, qui l’invite à changer de cap.

C’est le Venezuela qui a la pire note dans le Nouveau Monde : 18. La corruption y reste « systémique et persistante », regrettent les auteurs du rapport.

L’Afrique subsaharienne demeure la région du monde où la corruption semble sévir le plus, avec un indice moyen d’à peine 32. « Les régimes dictatoriaux, les conflits internes, la faiblesse des institutions et l’inefficacité des systèmes politiques continuent de saper les efforts de lutte contre la corruption », souligne l'organisme.

La région de l’Europe occidentale et de l’Union européenne est celle qui s’en sort le mieux, avec une moyenne de 66.

Un portrait global qui stagne

Plus des deux tiers des pays du monde ont un score inférieur à 50, la moyenne étant de 43.

Depuis 2012, seuls 20 pays, parmi lesquels l’Estonie et la Côte d’Ivoire, ont considérablement amélioré leur résultat, et 16 ont sensiblement régressé, dont l’Australie, le Chili et Malte.



L’IPC mondial moyen stagne encore et toujours, et Transparency International estime que la plupart des pays font trop peu pour combattre la corruption.

« Alors que de nombreuses institutions démocratiques sont menacées à travers le monde – souvent par des dirigeants qui s’inscrivent dans une tendance autoritaire ou populiste –, nous devons redoubler d’efforts pour renforcer les freins et contrepoids, et protéger les droits des citoyens », martèle Patricia Moreira, directrice générale de l’ONG.

Transparency International appelle tous les gouvernements à :

  • renforcer les institutions chargées de maintenir l’équilibre des pouvoirs, notamment les freins et contrepoids au pouvoir politique, et veiller à ce qu’elles puissent fonctionner sans subir de pressions;
  • combler les écarts sur le plan de la mise en œuvre de la législation, des pratiques et de l’application des normes destinées à la lutte contre la corruption;
  • soutenir les organisations de la société civile qui sont un relais en matière politique et assurent un suivi des dépenses publiques, en particulier à l'échelle locale;
  • soutenir les médias libres et indépendants et garantir la sécurité des journalistes, de telle sorte qu’ils puissent travailler sans faire l’objet d’intimidation ni de harcèlement.

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