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La pauvreté, facteur de risque du suicide

Un homme présente un porte-feuille vide.

La pauvreté fait partie des facteurs contribuant au taux de suicide.

Photo : Radio-Canada

Hugo Prévost

Les hommes pauvres sont presque deux fois plus nombreux à choisir de s'enlever la vie que les hommes plus aisés. Cette statistique, présente dans le plus récent rapport de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), met clairement en lumière les disparités engendrées par les inégalités sociales et leur incidence sur l'éventuelle décision de mettre fin à ses jours.

Selon le document, dont les données les plus récentes remontent à 2016, le taux de suicide chez les hommes les plus favorisés sur le plan matériel est pratiquement deux fois moins élevé (15,4 cas pour 100 000 personnes) que ceux qui sont les moins favorisés (28,8 cas pour 100 000 personnes).

La différence est également notable lorsque l'on compare les niveaux d'aisance sociale (bon emploi, situation matrimoniale stable, cercle d'amis important, etc.) : cette fois, le taux de suicide est de 18,1 cas pour 100 000 personnes pour les gens se situant dans le haut de l'échelle, contre 26,4 chez les gens les moins favorisés.

Si l'écart est également présent chez les femmes, il est toutefois largement moins marqué, à l'image des taux de suicide en général dans la population féminine.

L'INSPQ classe les populations en cinq quantiles (des plus favorisés aux moins bien nantis) en s'appuyant sur les données de divers recensements, ainsi qu'en affinant ses données en fonction du territoire où vivent les populations étudiées.

Rejoindre les laissés pour compte

En marge du lancement prochain de l'édition 2019 de la Semaine de prévention du suicide, du 3 au 9 février, Janie Houle, professeure au Département de psychologie à l'UQAM et psychologue communautaire, croit que la stratégie d'intervention doit changer pour rejoindre les gens les plus vulnérables.

« Il manque une stratégie nationale de prévention du suicide! », s'est-elle exclamée en entrevue téléphonique. « Cela fait 15 ans que nous n'en avons plus, alors que l'Organisation mondiale de la santé recommande que tous les pays se dotent d'une stratégie du genre. »

« On a aussi besoin de services de psychothérapie accessibles et gratuits pour la population; cela a été annoncé, mais nous n'en voyons pas encore tout à fait la couleur », a poursuivi la professeure, qui appelle aussi Québec à investir davantage dans les ressources communautaires et les centres de prévention du suicide.

« Je suis heureuse que l'INSPQ mette [la question de l'impact des facteurs matériels et sociaux] de l'avant, parce que c'est quelque chose que l'on sait depuis longtemps, c'est très bien documenté », a indiqué Mme Houle, en soulignant que les inégalités sociales de santé étaient des facteurs de risque pour « toutes les causes de décès, dans tous les pays : les maladies cardiaques, le cancer et le suicide ».

À mesure que l'on monte dans l'échelle sociale, notre taux de suicide diminue, et à l'inverse, à mesure que l'on descend dans l'échelle sociale, notre taux de suicide augmente.

Janie Houle, professeure de psychologie à l'UQAM

Jusqu'à présent, a encore mentionné Mme Houle, les stratégies de prévention du suicide ont été « universelles », c'est-à-dire que des services étaient offerts à tous. « Mais pour réduire les inégalités sociales de santé, il faut absolument avoir des interventions plus ciblées pour les groupes plus vulnérables. C'est absolument essentiel, mais cela fait actuellement cruellement défaut. »

« Il ne faut pas attendre que les gens viennent nous voir; ce sont des personnes qui sont en détresse, qui sont en souffrance, alors il faut vraiment aller les chercher là où elles se trouvent », particulièrement pour les gens qui sont seuls et sans emploi.

Agir en amont

L'approche préconisée par Mme Houle va donc au-delà du traitement des symptômes de l'exclusion sociale et de la disparité des revenus, pour se concentrer sur la racine du problème.

« On travaille beaucoup à traiter les gens qui sont rendus au bord du gouffre; on peut travailler en amont aussi. Si on change les conditions de vie, les gens seront moins portés à vouloir s'enlever la vie », dit-elle.

Il serait donc nécessaire d'agir de deux façons : intervenir auprès des personnes déjà suicidaires, mais aussi travailler à réduire les inégalités sociales en amont, pour éviter le développement de problèmes pouvant éventuellement mener au suicide.

L'idée vaut aussi pour les personnes âgées de 50 à 64 ans, le groupe dans lequel le suicide est le plus répandu, particulièrement chez les hommes. Pour Mme Houle, cela pourrait potentiellement s'expliquer par un concept plus traditionnel de la masculinité, en vertu duquel il est mal vu de parler de ses problèmes personnels ou d'aller chercher de l'aide. Une perte d'emploi à cet âge, de laquelle il est souvent difficile de se relever, ainsi que la perspective d'une retraite sans disposer des fonds suffisants agissent aussi comme facteurs de stress.

Face à tous ces problèmes, Mme Houle demande au nouveau gouvernement caquiste et à la ministre de la Santé, Danielle McCann, d'investir temps et argent pour réduire les inégalités.

Vous avez besoin d’aide ou vous souhaitez parler à quelqu'un? Composez le 1 866-APPELLE (277-3553).

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