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Des enseignants croient que leur école les rend malades

Signe devant une école

L'école primaire Notre-Dame à Saint-Roch-de-l'Achigan

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des enseignants de l'école Notre-Dame, à Saint-Roch-de-l'Achigan, dans Lanaudière, soupçonnent que leur environnement de travail nuit à leur santé. Ils se tournent maintenant vers les tribunaux pour que la qualité de l'air de l'établissement soit testée.

Depuis 2017, une vingtaine d’employés de l’école primaire se plaignent de problèmes de santé qu’ils estiment liés à leur milieu de travail, notamment à la présence de moisissures.

Certains de ces enseignants – cinq selon la Commission scolaire – se sont plaints auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

En 2018, une dizaine de ces employés sont allés chercher l'expertise d'un médecin à la Clinique de médecine du travail et de l’environnement du CHUM.

L’évaluation du médecin Louis Jacques démontre que huit de ces enseignants ont développé plus d’une maladie reliée à leur milieu de travail. Il note des problèmes qui affectent le nez, les sinus, les oreilles, la gorge, la voix, ainsi que les voies respiratoires et les poumons.

Le rapport du Dr Jacques indique également que quatre des personnes venues consulter « ont des séquelles permanentes causées par leur maladie professionnelle ».

Il affirme par ailleurs que les symptômes des patients concordent avec leur présence à l'école.

On constate une diminution ou une disparition d’un ou plusieurs problèmes de santé suite au retrait du milieu de travail et une réapparition de ceux-ci suite au retour au travail.

Bilan du Dr Louis Jacques, CHUM

Le Dr Jacques estime « probable » que d’autres enseignants et « un nombre significatif d’élèves » soient également affectés par une mauvaise qualité de l’air.

« Je n'ai pas vu tout le monde, mais comme on dit, je n’ai pas besoin de manger toute la tarte pour savoir ce qu'elle goûte. Je pense qu'on a une très bonne idée qu'il y a un problème dans cette école-là qui affecte aussi fort probablement la santé de beaucoup d'élèves », explique-t-il.

Un homme assis à son bureau devant un ordinateur

Le Dr Louis Jacques, du CHUM

Photo : Radio-Canada

Infiltrations d’eau et moisissures

En mai 2018, à la suite des plaintes auprès de la CNESST, la Direction de santé publique de Lanaudière a procédé à une inspection de l’école. Mais selon le rapport du Dr Jacques, il y aurait eu plusieurs lacunes dans cette inspection. Il souligne notamment le fait que le toit n’a pas été inspecté alors qu’il a coulé pendant plusieurs années.

Dans l'entretoit, il y a eu des infiltrations d'eau pendant des années et on refuse d'aller [vérifier].

Dr Louis Jacques, CHUM

« Plusieurs personnes ont développé des problèmes de santé qui, de façon répétitive, persistent pendant la saison scolaire. Ces problèmes de santé sont caractéristiques de ce qu'on voit dans les bâtiments qui ont subi des infiltrations d'eau et des contaminations par les moisissures. Il y a [dans cette école] un historique très éloquent d'infiltrations répétées », note le spécialiste.

Le docteur Jacques connaît bien le dossier des écoles vétustes. Il était à la direction de la Santé publique de Montréal quand la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a dû fermer des écoles dans les quartiers Hochelaga-Maisonneuve et Villeray en raison de contamination fongique. À la suite de cette crise, le gouvernement a d’ailleurs établi un guide des pratiques à suivre en cas d'infiltration d'eau et de moisissures dans les écoles.

En septembre dernier, la Commission scolaire des Samares a également procédé à un certain nombre de vérifications, comme l’ouverture de murs et la mesure du taux d’humidité.

Dans un communiqué, la Commission scolaire assure avoir répondu aux demandes de la CNESST. « Les démarches nécessaires ont été réalisées et se sont avérées conformes. Nous sommes rigoureux dans les interventions en ce qui concerne la qualité d'air de nos établissements scolaires.

La Commission scolaire soutient ne pas devoir effectuer de tests supplémentaires, « car elle juge qu’il n’y a pas de moisissures visibles », dénonce le Dr Jacques.

La CNESST a pour sa part fermé le dossier, car « selon son évaluation, il n’y aurait pas de danger évident pour la santé », ajoute Louis Jacques.

Des tests qui se font attendre

Mais le docteur Louis Jacques s’interroge sur le refus de la Commission scolaire des Samares de pousser plus loin l'analyse de la qualité de l'air à l'école primaire Notre-Dame de Saint-Roch-de-l'Achigan.

« C'est clair qu'il faut aller au-delà des investigations qui ont été faites à ce jour. Il y a des réponses de la Commission scolaire des Samares que je ne comprends pas. D'autant plus, que le gouvernement a reconnu qu'il y avait des problèmes importants de vétusté dans les écoles et il a des sommes importantes allouées pour corriger ces problèmes-là ».

Même son de cloche du côté du Syndicat de l’enseignement du Lanaudière SEL-CSQ, qui veut maintenant s'adresser aux tribunaux pour exiger des expertises plus poussées.

« Même si la Commission scolaire a procédé à certains tests qui n’étaient pas concluants, indique-t-il dans un communiqué, un doute important demeure et il ne pourra être dissipé qu’avec une inspection en bonne et due forme de la qualité de l’air de cet établissement. »

Le refus de poursuivre les analyses et les démarches est incompréhensible, alors que des gens sont malades depuis de longs mois.

François Breault, président SEL-CSQ

« Nous, ce qu’on demande à la Commission scolaire, c’est de nous laisser entrer afin d’engager une firme, faire des tests qui n’ont pas été faits, des tests plus poussés de l’échantillon d’air, de la thermographie ou une firme avec un chien qui détecte les moisissures pour aller au fond de la question », dit le président François Breault.

Un homme parle à la caméra devant une école

Le président du Syndicat de l’enseignement du Lanaudière SEL-CSQ, François Breault

Photo : Radio-Canada

Une mère de famille, dont les enfants fréquentent l'école, a dit souhaiter qu'on aille au fond des choses dans ce dossier afin d'atténuer les craintes que certains parents pourraient avoir.

« Ils ont fait des tests et il n’y avait rien de négatif. Donc s'il y a d'autres tests à passer, j'espère qu'ils vont les faire. Mais j'ai confiance que l'école ici est bien gérée. Mes enfants ne sont pas malades, tout va bien », assure-t-elle.

La Commission scolaire des Samares a refusé les demandes d'entrevue.

Avec les informations d'Anne-Louise Despatie et de Jean-Philippe Robillard

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