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Humour : où tracer la ligne entre le plagiat et l’inspiration?

L'homme est accoté sur un mur, les mains dans les poches, et sourit.

L'humoriste et acteur Gad Elmaleh

Photo : Arié Elmaleh

Radio-Canada

Parfois, les blagues se ressemblent. D'autres fois, elles se ressemblent un peu trop. Des intervenants du milieu humoristique québécois expliquent ce qui, pour eux, représente du plagiat.

Un texte de Justine de l'Église

Luc Senay est catégorique : jamais il n'a eu à aborder le plagiat dans ses classes, lui qui enseigne à l'École nationale de l'humour (ENH) depuis le début des années 1990. Il n’a jamais assisté à des cas d’emprunts aussi flagrants que ceux de Gad Elmaleh, qui font les manchettes ces jours-ci.

Ce qui tombe bien, car à l’ENH, le plagiat est synonyme de renvoi.

Mais il se peut qu’on observe des similitudes, et elles ne sont pas forcément synonymes de plagiat, explique l'enseignant.

Plagiat ou pas?

Avec plus de 500 humoristes qui peuplent la scène québécoise et des références communes, « ça se peut qu’il y ait des gags qui se ressemblent », contextualise Luc Senay, qui est aussi acteur et improvisateur de renom.

Le comédien agite ses mains en parlant.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Luc Senay sur le plateau des Échangistes.

Photo : Radio-Canada / Amélie Grenier

« Avec les médias sociaux, où chaque humoriste et chaque auteur arrive avec son statut sur un fait d’actualité dans la minute près, ça peut devenir complexe de ne pas entrecouper ce qui est dit », renchérit Daniel Gagnon, qui enseigne l’écriture en tandem avec Luc Senay.

Il arrive aussi que les étudiants reprennent inconsciemment un ton, une manière de livrer la marchandise qu’ils ont entendue ailleurs. Luc Senay juge qu’il ne s’agit pas de plagiat, mais plutôt d’inspiration inconsciente.

Il illustre la situation avec le cas d’une de ses élèves à qui il a fait remarquer qu’elle parle exactement comme François Bellefeuille.

« Elle m’a dit : “Oh mon dieu, c’est vrai, mais je l’aime tellement!” », raconte-t-il.

Ça se peut qu’elle parle comme lui! C’est une des personnes dont elle admire le travail, qui l’a incitée à faire ce métier-là. Mais moi, je ne peux pas la laisser aller. Un François Bellefeuille, il y en a déjà un.

Luc Senay

C’est une chose qui s’observe plus en début de carrière, remarque Daniel Gagnon. « C’est un peu une période exploratoire. [...] Souvent, par réflexe, par souci de vouloir être efficace rapidement, [un élève] va se fier à ses idoles. Son ton va lui ressembler. Il faut que ça se replace, pour qu’il ait sa couleur qui lui est propre. »

Le plagiat, c’est flagrant

Comment dissocier l’inspiration du plagiat?

« Un plagiat, pour moi, c’est plus probant, évident. C’est quand les mots sont à peu près les mêmes, dans la prémisse et dans le punch », explique Luc Senay.

Et on pense au plagiat quand les emprunts semblent répétés. « Un gag, ce n’est pas pire. Mais quand c’est récurrent, qu’il y en a 15, 20 et 30, c’est plus que gênant, je pense. »

Manquer d’originalité

Il y a aussi une ligne à tracer entre le plagiat et le manque d’originalité, remarque Daniel Gagnon.

Tout le monde a une opinion sur Donald Trump. Tout le monde sait qu’il veut construire un mur. Quand un élève m’arrive avec un gag de mur, même si je ne l’ai pas entendu d’un autre humoriste, je suis pas mal certain qu’il y a 14 000 autres humoristes dans le monde qui ont fait un gag semblable. Dans ce temps-là, on les invite à explorer ailleurs.

Daniel Gagnon

D’où l’importance de trouver son unicité, en tant qu’artiste de la scène. C’est aussi ce que pense Louise Richer, qui est directrice générale et fondatrice de l’ENH.

« On peut avoir une banque de matière première qui va se ressembler. On a aussi des expériences comme société ou personnes qui vont être similaires. C’est dans la spécificité de l’approche, de l’angle, de sa couleur humoristique, de son style [qu'on se démarque], ce qu’on valorise ici à l’École [de l’humour]. »

La femme est en entrevue avec la télévision.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Louise Richer, directrice et fondatrice de l'École nationale de l'humour

Photo : Radio-Canada

À l'affût

À l’ENH, les élèves sont à l’affût. Dans le cours de Luc Senay, ils présentent régulièrement des numéros. En toute collégialité, lorsqu’ils relèvent des ressemblances avec d’autres blagues, ils se l’indiquent immédiatement. Le gag est ensuite modifié ou abandonné.

On procède de la même manière dans le milieu professionnel, témoigne l’humoriste Jérémy Demay, qui lui-même a admis avoir plagié en début de carrière. Il assure que les cas de plagiat sont aussi bien présents au Québec. « Ça ne devient pas public, parce qu’en général, ce n’est pas utile. On s’en parle, et on règle ça entre nous. »

Avec les informations de Catherine Richer et de Louis-Philippe Ouimet

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