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Crachats, coups, objets lancés : des enseignants du primaire dénoncent la violence subie

Jambes et pieds d'élèves vus sous une table

Selon Denis Jeffrey, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, 20 % des élèves ont des problèmes d'indiscipline.

Photo : Radio-Canada / Simon Charland

Trois enseignantes du primaire brisent le silence à propos des gestes de violence dont elles ont été victimes dans leur classe de la part d'élèves au cours des dernières années. Elles prennent la parole publiquement afin d'inciter leurs collègues à ne pas fermer les yeux sur de tels actes.

« Quand j'en parle autour de moi avec des collègues, je suis étonnée de voir à quel point ce phénomène-là est répandu au primaire », raconte Julie Sabourin, enseignante au primaire. Selon elle, il n'est pas rare que les enseignants discutent entre eux de gestes de violence posés par des élèves à leur endroit. « Des enfants qui font des crises, des enfants qui frappent, des enfants qui disent des insultes, qui crachent, qui frappent à la tête... Il y en a énormément », dit-elle.

Elle raconte avoir elle-même subi, dans les dernières années, de tels gestes. Un incident impliquant un enfant de première année l'a particulièrement marquée. « C'était un enfant qui était en difficulté d'apprentissage et qui éprouvait beaucoup de frustrations parce qu'il était dépassé par les apprentissages qu'il avait à faire », raconte-t-elle. « Puis un jour, cette frustration-là s'est manifestée par de la colère, lancer ses objets, jusqu'à me lancer sa chaise sur moi », se rappelle Julie Sabourin.

Enseignante au préscolaire, Hélène Guinaudeau dit avoir subi à quelques reprises des gestes de violence de la part d'élèves. Elle raconte ce cas d'une élève de 5 ans qui refusait d'enfiler ses vêtements à la fin des classes. « C'est la fin de la journée. Tous les enfants prennent leur sac à dos et elle, je ne sais pas pourquoi, elle avait décidé qu'elle ne porterait pas sa robe », décrit l'enseignante. « Donc elle s'est déshabillée. Et quand j'ai insisté pour qu'elle se rhabille avant de partir, et au moment où je me suis approchée avec la robe, elle m'a craché à la figure. C'était une façon de résister pour elle », raconte Hélène Guinaudeau.

Pour sa part, l'enseignante Manon Boisvert dit avoir été surprise par la colère exprimée par un de ses jeunes élèves lorsqu'elle enseignait en première année. « J'ai été frappée! Il a pris le premier objet qui lui tombait sous la main. C'était un toutou. Donc c'est avec ça qu'il m'a frappée », rapporte Manon Boisvert. L'enseignante a par la suite rempli un rapport d'acte de violence à l'endroit du personnel, une manière pour elle de dénoncer le geste.

Des réticences

Les grands syndicats représentant des enseignants suivent de près le phénomène de la violence en classe au primaire. Au Syndicat de l'enseignement des Basses-Laurentides, le vice-président Thierry Lajeunesse explique que les enseignants victimes de violence sont encouragés à signer un rapport d'incident. Pourtant, plusieurs hésitent à le faire.

« Quand on encourage les gens à faire une déclaration officielle, c'est là qu'il y a une réticence », explique Thierry Lajeunesse. « On dirait que les gens ne veulent pas enclencher ce processus, qui peut être parfois lourd et aussi avoir un impact sur la relation avec les parents. Alors pour protéger cette relation-là, bien on va prendre sur nous et se dire que c'était un accident », raconte-t-il.

Au primaire comme au secondaire

Denis Jeffrey, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, a étudié le phénomène. Ce spécialiste de l'éthique enseignante en arrive à cette conclusion : « Les enseignants du primaire vivent autant de violence, et dans ses mêmes formes, que les enseignants du secondaire ». Aux dires du professeur, règle générale, environ 20 % des enfants présentent des problèmes d'indiscipline. De ce pourcentage, 5 % ont des problèmes de discipline jugés graves.

À son avis, il n'est plus rare que l'autorité des enseignants soit remise en question par des élèves, un problème qui s'observe surtout depuis les années 70.

De plus, les familles étant moins nombreuses qu'avant, Denis Jeffrey croit que cela peut avoir un effet sur la socialisation des enfants. « Les frères et les sœurs ont presque un effet de dressage et de discipline sur les autres enfants. Alors si l'enfant est mal socialisé aux règles [parce qu'il a peu de frères et sœurs], bien ça va se déporter après vers la maternelle », explique-t-il.

Le professeur considère que les écoles doivent offrir des ressources aux enseignants pour intervenir lorsque des gestes violents sont posés par des élèves.

« Les enseignants ne sont pas formés pour intervenir auprès de ces élèves », dit-il. « Ils sont formés à faire de la gestion de classe ordinaire comme les enseignants en font depuis le début des temps », souligne-t-il.

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