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Commémoration du 29 janvier : le terme « islamophobie » divise même les musulmans

Un homme allume une chandelle lors d'une veillée à Sherbrooke en solidarité avec les victimes survenues dans une mosquée de Québec

Le mot « islamophobie » fait débat dans la société québécoise et canadienne.

Photo : Radio-Canada / ICI Estrie/Carl Marchand

Si les associations musulmanes du Canada s'accordent pour dire qu'il faut combattre les groupes racistes et antimusulmans, elles ne s'entendent cependant pas sur l'utilisation du terme « islamophobie » pour désigner la journée nationale qu'elles réclament le 29 janvier.

Le Forum musulman canadien (FMC) a réitéré hier, deux ans jour pour jour après la tuerie survenue au Centre culturel islamique de Québec, sa demande pour que le 29 janvier devienne la « journée nationale contre l'islamophobie et la discrimination religieuse ».

Le FMC dit avoir l’appui de 135 organismes de tous les horizons et de milliers de citoyens canadiens.

Son président, Samer Majzoub, rejette l’idée selon laquelle il n’y a pas de consensus pour une telle journée, comme l’a évoqué mardi le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez.

Samer Majzoub, président du Forum musulman canadienAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Samer Majzoub, président du Forum musulman canadien, a fait le lien entre la fusillade à la synagogue de Pittsburgh et l'attentat à la mosquée de Québec.

Photo : Radio-Canada

« Pour ce qui est de la commémoration, on est encore en discussion avec différents groupes. On va arriver à une solution qui va refléter un consensus, parce que ce sont des questions avec lesquelles il faut avancer avec des consensus », a dit le ministre en réaction à la sortie du FMC.

Deux propositions

Il existe bel et bien une seconde proposition, dans laquelle le terme « islamophobie » a été enlevé.

En novembre, le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) a réclamé du gouvernement fédéral qu’il désigne le 29 janvier « journée nationale d’action contre la haine et l’intolérance ».

Dans son premier appel pour cette journée, un an après le drame, le CNMC penchait plutôt pour une « journée nationale de commémoration et d'action contre l'islamophobie ».

« L’appel s’est élargi par rapport à son appel initial à la suite de données de Statistique Canada soutenant la croissance de la haine ciblant d’autres communautés », explique Ihsaan Gardee, directeur général du CNMC.

Selon l'organisation, le combat contre la haine doit être mené par toutes les minorités culturelles ou religieuses.

Nous croyons que la meilleure façon de combattre la haine et l'intolérance est de s'unir.

Extrait d'une lettre du Conseil national des musulmans canadiens

Comme le FMC, le Conseil dit avoir l’appui de plus d’une centaine d’associations musulmanes, de la société civile et d’autres communautés religieuses. Le Centre culturel islamique de Québec appuie notamment sa proposition.

Même objectif, deux visions

Joint mercredi, le Forum musulman canadien persiste et signe. « Par tous les moyens, l'islamophobie, une forme de haine extrême, doit être contrée [en utilisant] les vrais termes », insiste Samer Majzoub.

Ce dernier craint que de ne pas utiliser le mot « dilue » le caractère de l'acte commis le 29 janvier, à savoir qu'il visait des musulmans.

Bien qu'ils ne soient pas d'accord sur l'appellation, les deux groupes ont assuré à Radio-Canada que leurs canaux de communication étaient ouverts.

MM. Gardee et Majzoub disent avoir le même objectif : contrer l'islamophobie, et que toute initiative en ce sens est positive « Il faudra du temps et des discussions » pour en arriver à un compromis.

Trouver l'équilibre

Pour Benjamin Ducol, responsable de la recherche au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), le débat que vit actuellement la communauté musulmane est tout à fait normal.

Benjamin Ducol est responsable de la recherche au Centre de prévention de la radicalisationAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Benjamin Ducol est responsable de la recherche au Centre de prévention de la radicalisation.

Photo : Radio-Canada

« C'est une question qui va se poser pour toutes les journées de commémoration, à chaque fois qu'il y a un événement violent et qu'il y a un groupe en particulier qui est visé », affirme-t-il.

M. Ducol est d'avis que la spécifité du crime doit transparaître dans la désignation de sa commémoration. « Je pense que ça peut être important qu'on reconnaisse la singularité » d'un geste haineux.

On n'est pas victime de haine en général, on est victime d'antisémitisme, on est victime d'islamophobie.

Benjamin Ducol, chercheur au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence

Il croit du moins qu'il faut trouver un équilibre. « Je pense qu'il faut à la fois souligner le caractère particulier du groupe qui est visé. [...] Mais en même temps, l'enjeu est aussi d'élargir et de montre que la haine se rejoint finalement sur bien d'autres événements. »

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