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Taillefer « regrette » son passage en politique qui a nui à Téo Taxi

Plan rapproché d'Alexandre Taillefer.
L’homme d’affaires Alexandre Taillefer Photo: Radio-Canada / Martin Thibault
Radio-Canada

L'homme d'affaires Alexandre Taillefer croit que son implication politique, cet automne, en tant que président de la campagne électorale du PLQ, a contribué à l'échec de son entreprise Téo Taxi. La population a cru à tort, selon lui, qu'il y avait une relation de copinage entre ses entreprises et le gouvernement libéral.

Dans une entrevue accordée à l’émission Gravel le matin, le fondateur de Téo Taxi a expliqué que l’entreprise qu’il a créée a tout bonnement manqué d’argent dans la mesure où les revenus et les modifications réglementaires espérés n’ont pas été au rendez-vous.

Mais il juge aussi que son implication en politique n'a pas aidé à améliorer la situation.

« Je regrette définitivement, je n’aurais pas dû faire ça », a convenu l’homme d’affaires au micro d’Alain Gravel, précisant au passage qu’il n’avait aucune intention, désormais, de se lancer dans la course à la direction du PLQ qui devrait s'ouvrir dans les prochaines années

Je regrette, parce que ça a nui au projet Téo. Le fait que les gens pensent qu’il y a eu du copinage politique autour de ce projet-là va avoir nui à un projet qui était très ambitieux.

Alexandre Taillefer, fondateur de Téo Taxi

À ceux et celles qui l’accusent d’avoir profité de sa proximité avec les libéraux lorsqu’ils étaient au pouvoir pour décrocher davantage de fonds publics, Alexandre Taillefer répond que « c’est mal comprendre comment le projet a été initié. »

« On se souviendra que la subvention a été octroyée il y a près de quatre ans, à un moment où je n’avais aucun contact politique », a-t-il souligné.

« Et l’argent de la Caisse de dépôt et l’argent de la FTQ, je pense que si vous parlez aux dirigeants de ces deux institutions et que vous leur dites que c’est des contacts politiques qui font qu’ils investissent dans des projets, ils vont vous retourner de bord assez rapidement », a-t-il fait valoir.

Les regrets d'Alexandre Taillefer : écoutez l’entrevue

Un mea culpa complet

Alexandre Taillefer estime par ailleurs qu’il aurait davantage dû s’impliquer dans la gestion de Téo Taxi.

« En termes opérationnels, on est passé d’une entreprise de 0 à 600 personnes, et j’aurais dû aller m’asseoir là plutôt que d’être investisseur [...] concentrer mes efforts sur un projet, versus être dans plusieurs projets à titre d’investisseur. Je le regrette aujourd’hui ».

« Ma deuxième erreur, confesse Alexandre Taillefer, c’est d’avoir sous-estimé la lenteur du gouvernement et des différents tribunaux administratifs pour faire modifier le contexte réglementaire. »

Désormais, l’homme d’affaires ne fera plus jamais un investissement sans avoir la certitude préalable que son entreprise aura « carte blanche au niveau réglementaire ».

Entrevue avec Alexandre Taillefer

Enfin, le fondateur de Téo Taxi regrette d’avoir sous-estimé la lenteur avec laquelle l’industrie des voitures électriques s’est développée, et notamment les délais très longs de livraison des voitures Tesla, plus luxueuses et dotées d’une autonomie supérieure, qu’il avait commandées et qui ne seraient arrivées que cette année.

En ce qui a trait à ses pertes, Alexandre Taillefer explique que ses fonds XPND Capital ont engagé 26,5 millions de dollars dans l’aventure, dont 6 millions de dollars qui provenaient directement de ses poches.

Alexandre Taillefer affirme avoir perdu au moins 1,5 million de dollars jusqu’ici dans l’aventure Téo Taxi.

Je ne réinvestirai plus jamais dans cette industrie-là.

Alexandre Taillefer, fondateur de Téo Taxi

Des actifs importants à préserver

Au-delà de ses regrets, l'homme d'affaires estime que beaucoup d'actifs qui sont profitables peuvent encore être préservés et mis à profit autant dans l'industrie du taxi que dans la société québécoise.

Dans une lettre adressée au premier ministre François Legault, publiée dans le quotidien La Presse, Alexandre Taillefer recommande dans un premier temps que les 220 véhicules électriques de la flotte soient récupérés par l’industrie du taxi.

Expliquant que ces véhicules fonctionnent bien et qu’ils ont fait leurs preuves, Alexandre Taillefer déplore que des contraintes réglementaires fassent en sorte qu’ils ne pourront plus être utilisés après la fermeture de Téo Taxi.

« Leur empattement ne correspond pas aux normes établies par le ministère des Transports du Québec, bien que la clientèle les ait adoptées [les voitures]. Les contraintes réglementaires empêchent une seconde vie à toutes ces voitures. Elles ne pourront pas être louées à des chauffeurs indépendants et la marque disparaîtra », écrit Alexandre Taillefer.

Il recommande par conséquent à Québec de modifier rapidement la réglementation de sorte que tous ces véhicules puissent être récupérés par l’industrie.

Acquisition des infrastructures de recharge

Alexandre Taillefer devant quelques taxis Téo.Alexandre Taillefer devant quelques taxis Téo. Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Le patron de Téo Taxi propose dans un deuxième temps qu’Hydro-Québec, qui « procède en ce moment à un appel d’offres majeur pour accroître l’offre du Circuit électrique », récupère les infrastructures de recharge à haute vitesse de son entreprise.

Soulignant que Téo Taxi possède « la plus importante infrastructure du genre au Québec », Alexandre Taillefer propose au premier ministre de récupérer le circuit de recharge électrique de Téo à une fraction du prix et de l’inclure dans le parc d’infrastructures existantes.

« Les ajouter au Circuit électrique permettrait aux voitures de Téo de continuer à se recharger, mais aussi d’en faire bénéficier le reste de l’industrie du taxi et d’autres segments comme le transport commercial, les entreprises de livraison, les voitures et les camions des différents ministères et municipalités. »

Préserver et développer la technologie

La troisième recommandation que fait le patron de Téo Taxi au gouvernement du Québec est de préserver et de développer la technologie mise au point par Téo Techno notamment dans le domaine de la gestion des parcs électriques.

Il y a dans cette technologie innovatrice développée chez nous un potentiel énorme, selon Alexandre Taillefer. Soulignant qu’Investissement Québec est le plus important créancier de Téo Techno, M. Taillefer précise qu’il « faut lui donner le temps de trouver un partenaire stratégique qui saura le faire grandir ».

Étendre la plateforme technologique aux autres compagnies de taxis

En quatrième lieu, Alexandre Taillefer suggère au gouvernement du Québec de faire bénéficier les autres compagnies de taxi de la province de la plateforme technologique développée par son entreprise pour les centrales d’appel de Taxi Diamond et de Taxi Hochelaga.

La technologie utilisée par Téo et qui a été implantée chez Diamond et chez Hochelaga est très appréciée par la clientèle. L’application est d’ailleurs très bien cotée par les utilisateurs.

Alexandre Taillefer, fondateur de Téo Taxi

« Mais c’est toute la partie invisible comme les algorithmes de repositionnement du parc, d’anticipation de la demande, de gestion de la clientèle, de paiement automatisé, et j’en passe, qui nous permet d’offrir une qualité de service très compétitive par rapport aux géants de la mobilité », précise-t-il.

Selon lui, la fin de Téo Taxi permettrait de partager cette technologie avec l’industrie « au bénéfice de la clientèle et des chauffeurs indépendants ». Ces chauffeurs de taxi pourraient eux aussi profiter du « volume important d’appels et de commandes provenant de l’application mobile et des services corporatifs ».

Davantage de flexibilité tarifaire

Alexandre Taillefer propose finalement au premier ministre Legault de permettre à l’industrie de fixer le tarif en fonction de la demande réelle, le tout en accord avec le client.

Estimant que la formule de tarification actuelle est « viciée » et qu’elle fait perdre de l’argent aux taxis traditionnels lorsque la demande est très élevée, Alexandre Taillefer presse la Commission des transports du Québec de permettre davantage de flexibilité tarifaire face à la concurrence de services comme Uber.

Il est impensable que nous favorisions comme société une entreprise étrangère qui s’est moquée de notre réglementation à son arrivée et qui bénéficie d’une flexibilité complète alors que le gouvernement maintient l’industrie traditionnelle dans un cadre qui finira par avoir sa peau.

Alexandre Taillefer, fondateur de Téo Taxi

Reconnaissant à la fin de sa lettre qu’il a perdu tout son investissement dans cette aventure, Alexandre Taillefer voudrait maintenant que la société, qui a également contribué au projet par plusieurs millions de dollars de subventions, puisse malgré tout bénéficier des « morceaux » de Téo Taxi qui « fonctionnent très bien et qui méritent d’être sauvés ».

Alexandre Taillefer sera à RDI économie à 18 h 30 sur les ondes d'ICI RDI.

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