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De l'Estrie aux Philippines : aller au bout du monde pour trouver des employés

Glen Generoso, un travailleur philippin devant équipement de Set 47, à Valcourt. À ses côtés, le copropriétaire de l'atelier d'usinage Philippe Morin.

Glen Generoso, un travailleur philippin, s'est joint à l'équipe de Set 47. Il est accompagné du copropriétaire de l'atelier d'usinage Philippe Morin.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette

Guylaine Charette

Deux ateliers d'usinage de Valcourt et de Bonsecours ont décidé de se tourner vers les Philippines pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée. De plus en plus d'entreprises recrutent des Philippins pour maintenir leur croissance même si le processus est long et coûteux. Le jeu en vaut la chandelle, assurent les entrepreneurs.

Depuis quelques années, l'embauche de travailleurs qualifiés est devenue une priorité, voire une question de survie, pour de nombreux entrepreneurs. Comme l'avait fait Verbom à Valcourt avant eux, les dirigeants de Set 47 et de Lemay outillage se sont tournés vers les Philippines pour recruter du personnel. Une première mission en juin 2017 a permis aux deux entreprises spécialisées en usinage de pièces de haute précision de recruter chacun trois Philippins, un apport capital pour répondre à la demande de leurs clients.

On refuse des contrats toutes les semaines. Avec plus de main-d'oeuvre, les délais de livraison seraient beaucoup plus courts. Je ne reçois aucun CV de Québécois, explique Philippe Morin, copropriétaire de SET 47, à Valcourt. Le constat est le même chez Lemay outillage à Bonsecours.

La pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, des machinistes dans notre cas, c'est un enjeu capital. On refuse régulièrement des contrats par manque de main-d'oeuvre.

Hugues Maltais, copropriétaire, Lemay outillage, à Bonsecours

Une démarche complexe et coûteuse

Dans un premier temps, ils ont évalué à distance les connaissances techniques des candidats et sélectionné certains d'entre eux pour une entrevue sur place. C'est une entreprise de Magog, Solution recrutement international, qui a servi d'intermédiaire et de guide dans cette aventure.

Ce sont des démarches assez complexes. Il s'agit de travailleurs temporaires avec des permis de travail de trois ans. Il faut obtenir toutes les autorisations d'Immigration Canada avant de les accueillir, explique Hugues Maltais, copropriétaire de Lemay outillage.

Les coûts sont élevés : entre 15 000 et 20 000 $ pour chaque candidat retenu. Cette somme couvre les frais d'immigration, les billets d'avion et les honoraires de l'intermédiaire.

Les deux entreprises ont finalement accueilli leurs nouveaux travailleurs, 10 mois plus tard, au printemps 2018. Trois Philippins ont pris le chemin de Set 47, les trois autres candidats travaillent maintenant chez Lemay outillage.

Les Philippins sont nombreux à s'expatrier à travers le monde pour gagner leur vie et aider leurs proches.

Le Canada est l'un des seuls pays où ils peuvent aspirer à [obtenir la nationalité]. Ils pleuraient quand ils ont signé leur contrat avec nous, raconte Philippe Morin.

Le Canada est vraiment le meilleur pays au monde. Nous pouvons gagner de l'argent et subvenir aux besoins de notre famille. Nous espérons qu'elles pourront éventuellement venir nous rejoindre.

Joseph Cuartero, travailleur philippin
Rodolfo III Malapad et Joseph Cuartero, deux Philippins embauchés chez Lemay outillage, à Bonsecours, sont sur le point de partir à leur cours de francisation. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rodolfo III Malapad (à g.) et Joseph Cuartero (à d.), deux Philippins embauchés chez Usinage Lemay de Bonsecours se préparent pour leur cours de francisation.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette

Pour leur permettre de réduire les frais de subsistance, les deux entrepreneurs ont acheté une maison qu'ils ont meublée et où les travailleurs sont logés. C'est en groupe également qu'ils assistent à leur cours de francisation, à raison de trois heures par semaine.

Un défi quotidien

Le groupe doit s'adapter à un nouveau climat, à une nouvelle langue, à de nouvelles méthodes de travail. Les dirigeants, quant à eux, sont aux prises avec un manque de ressources et doivent aller au bout du monde pour embaucher de nouveaux travailleurs.

Ce sont vraiment d'excellents travailleurs qui ont une excellente attitude. Ils se sont très bien intégrés à notre équipe, raconte l'entrepreneur de Bonsecours.

Ezekiel Tare, un des Philippins embauchés chez Lemay outillage, à Bonsecours, se penche sur une pièce à son poste de travail.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ezekiel Tare, un des Philippins embauchés chez Usinage Lemay à Bonsecours

Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette

Nous gardons à l'esprit que nous sommes ici pour l'avenir de notre famille et c'est pour cette raison que nous sommes prêts à faire des sacrifices.

Ezekiel Tare, travailleur philippin

Les deux dirigeants ont déjà entrepris des démarches pour accueillir de nouveaux Philippins. SET 47 doit intégrer trois travailleurs de plus. Lemay outillage a également conclu des ententes qui lui permettront d'embaucher six autres Philippins et trois Mexicains.

Des délais qui « irritent »

Selon l'un des copropriétaires de Lemay Outillage, Québec et Ottawa doivent accélérer la cadence pour faciliter l'embauche de travailleurs étrangers.Je pense que les gouvernements sont actuellement un peu en rattrapage. Les entreprises ont pris les devants et sont allées chercher des travailleurs. Les gouvernements ont de la difficulté à suivre. Les délais de traitement de dossiers sont très très longs, explique Hugues Maltais.

Les délais nous causent des problèmes : on perd des contrats, on perd des profits, on a des clients qui attendent. C'est l'avenir économique du pays à court terme qui en dépend.

Hugues Maltais, copropriétaire, Lemay Outillage

Philippe Morin partage son avis. La croissance des entreprises, dit-il, passe par la filière de l'immigration.

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