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analyse

Huawei, les États-Unis et les pressions sur le Canada

Le logo du fabricant chinois Huawei
Le logo du fabricant chinois Huawei Photo: Getty Images / Greg Baker
Raphaël Bouvier-Auclair

Aux yeux de Washington, dans le dossier Huawei, le Canada est un partenaire qui n'en a pas encore assez fait.

« Nous sommes profondément reconnaissants envers le gouvernement du Canada pour son assistance et son engagement ferme pour l'État de droit. »

Pendant le point de presse confirmant le dépôt d'accusations contre Huawei et sa directrice financière, lundi, le procureur général par intérim Matthew Whitaker n'a pas manqué de souligner la collaboration du Canada dans l'arrestation de Meng Whanzou qui, avec son entreprise, fait l’objet de nombreux chefs d’accusation, dont fraude et blanchiment d’argent.

Trois hommes et une femme à l'air grave sont photographiés à travers des barreaux lors d'une conférence de presse à Washington.Des responsables américains ont déposé lundi des accusations de corruption et de vols de secrets commerciaux contre la firme chinoise Huawei. Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Mais à entendre les nombreux représentants de l'administration qui ont pris part à l'annonce, il semble clair que Washington s'attend à plus de la part d’Ottawa.

Il n'y a pas de place pour ce genre de comportement criminel dans notre pays ni dans tout autre pays qui respecte l'État de droit.

Christopher Wray, directeur du FBI

Le Canada n’a pas été directement nommé, mais le message semblait lui être destiné, en tout cas en partie.

« Nous devons considérer les risques que présenterait la présence de Huawei dans nos infrastructures de télécommunication », a ajouté le grand patron du FBI, qui a aussi confirmé que Huawei était accusé d’espionnage industriel.

Washington a déjà agi en ce sens, excluant Huawei du développement du réseau 5G sur le territoire américain.

Si d’autres alliés comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont suivi l’exemple des États-Unis, le Canada tergiverse toujours, ce qui déplaît à Washington.

Dans ce domaine, des entreprises américaines sont évidemment en pleine compétition avec les géants chinois de la télécommunication, comme Huawei, mais aussi ZTE, qui eux aussi tentent de s’implanter un peu partout sur la planète. Il y a quelques jours, le New York Times écrivait par exemple que la lutte pour le contrôle du marché de la 5G est « une nouvelle course à l’armement ».

Des participants dans une exposition technologique de Las Vegas.Une colonne fait la promotion des appareils 5G au kiosque de la compagnie Intel dans une exposition technologique, à Las Vegas. Photo : Associated Press / John Locher

Officiellement, les États-Unis invoquent des raisons de sécurité nationale et soulignent la proximité des entreprises chinoises avec le gouvernement de Pékin pour demander à leurs alliés d’exclure ces compagnies de leur marché.

Les pressions ne viennent d’ailleurs pas uniquement de la Maison-Blanche. Au Congrès, l’enjeu interpelle des élus républicains et démocrates.

En octobre, deux sénateurs, Marco Rubio et Mark Warner, ont même pris la plume pour exhorter le premier ministre Justin Trudeau à agir et à exclure Huawei du réseau 5G sur le territoire canadien.

Bien que le Canada ait de bonnes protections en matière de télécommunications, nous nous inquiétons sérieusement et pensons que cela ne pourrait pas être suffisant.

Les sénateurs Marco Rubio et Mark Warner

Le Canada, catalyseur de la colère de la Chine

Si la position américaine est claire, celle de Pékin l’est aussi. Plus tôt ce mois-ci, l’ambassadeur chinois à Ottawa avait averti qu’il y aurait des « répercussions » potentielles si le Canada interdisait à Huawei de participer au réseau 5G sur son territoire.

Depuis près de deux mois, le Canada se trouve au centre d’un conflit entre géants, dont il pourrait subir les contrecoups encore longtemps, peut-être même au-delà du processus d’extradition de Meng Whanzou.

Pendant ce temps, l’administration Trump tente de minimiser l’impact de ses propres décisions sur sa relation avec la Chine.

Bien que le président Trump ait lui-même affirmé en décembre à Reuters qu’il serait ouvert à intervenir dans le cas de Meng Whanzou si cela pouvait contribuer à une meilleure entente commerciale avec Pékin, son secrétaire au Commerce a tenu à rappeler lundi que ces dossiers étaient « entièrement séparés ».

Au moment où une délégation chinoise arrive dans la capitale américaine pour participer aux négociations qui pourraient mettre fin à la guerre commerciale que se livrent les deux pays, Washington juge peut-être préférable que ce soit le Canada, et non les États-Unis, qui soient dans la mire de Pékin.

Raphaël Bouvier-Auclair est correspondant de Radio-Canada à Washington

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