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Le projet pilote sur les caméras portatives n'a pas été concluant, selon le SPVM

Un policier du SPVM porte une caméra portative.

Le SPVM n'a pas été convaincu par le projet pilote qu'il a mené sur l'utilisation de caméras portatives.

Photo : SPVM

Jérôme Labbé

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dresse un bilan négatif du projet pilote qui l'a amené à équiper ses patrouilleurs de caméras portatives, une façon de faire largement répandue aux États-Unis.

Le rapport du SPVM a été publié sur le site web de la Ville de Montréal mardi matin en vue de la prochaine réunion de la commission sur la sécurité publique, vendredi.

Le projet pilote avait été lancé au printemps 2016 dans le but de renforcer le lien de confiance entre la police et les citoyens. Quelque 78 agents du Plateau-Mont-Royal, de Lachine et de Montréal-Nord, ainsi que des patrouilleurs du métro et des policiers affectés à la sécurité routière, y ont participé pendant une période d'un an.

Or, le rapport conclut que les caméras n'ont que très peu d'incidence sur le déroulement des interventions. « L’expérience du projet n’a pas permis de démontrer sans équivoque que les caméras portatives favorisent la transparence des interventions policières, consolident le lien de confiance entre le policier et le citoyen et assurent la sécurité des policiers », écrit le SPVM.

Autre remarque importante : l’activation manuelle des caméras portatives par les policiers « présente certains défis en situation d’urgence, de danger ou d’imprévisibilité », peut-on lire dans le rapport.

Le SPVM constate en outre qu'avec l'arrivée des caméras portatives, « 89 % des policiers ont le sentiment d’être surveillés ». « Ce sentiment modifie leur pratique et certains vivent la mise en place de cet outil comme une intrusion, un manque de confiance à leur égard et une atteinte à leur vie privée au travail », observent les auteurs du rapport.

Plusieurs [policiers] craignent que les enregistrements vidéo ne soient utilisés contre eux.

Extrait du rapport du SPVM sur les caméras portatives

Par ailleurs, le déploiement à grande échelle des caméras portatives sur les 3000 patrouilleurs montréalais coûterait cher et prendrait du temps. Le SPVM évoque des coûts d'au moins 17,4 millions de dollars sur cinq ans, ne serait-ce que pour acheter les caméras et former les utilisateurs.

Il faudrait aussi embaucher 200 policiers supplémentaires pour traiter toute l'information, ce qui engendrerait des coûts annuels de 24 millions de dollars.

Le projet pilote avait été lancé dans la foulée des recommandations du coroner Paul G. Dionne, qui s'est penché sur la mort de Robert Hénault, un homme de 70 ans abattu lors d'une intervention policière qui a mal tourné, en 2013. Il a coûté 1,5 million de dollars à réaliser.

Le statu quo n'est pas une solution, selon l'opposition

Aucun représentant de la Ville de Montréal n'a réagi mardi à la publication du rapport, l'administration Plante ayant préféré attendre que le document soit présenté au public vendredi matin.

Mais du côté de l'opposition officielle, on continue de croire qu'il serait opportun d'étendre le port de caméra portative à tous les patrouilleurs du SPVM, et ce, malgré les coûts élevés pressentis par le corps de police.

« Il y a un investissement, c'est clair », a reconnu son chef, Lionel Perez, en fin d'après-midi. « Mais il y a aussi un coût à ne rien faire. Il y a un coût sociétal à ne rien faire. Il y a des enjeux de profilage racial, de transparence; et la confiance du public, elle, n'a pas de prix. »

Le chef par intérim d'Ensemble Montréal estime aussi que, dans son estimation des coûts, le SPVM n'a pas pris en compte les « économies d'échelle » qui pourront être réalisées grâce à cette nouvelle technologie. En cas de procès, par exemple, les preuves vidéo recueillies grâce aux caméras portatives pourraient se suffire à elles-mêmes – et éviter que, de manière systématique, les policiers concernés perdent une demi-journée de travail pour aller raconter le fil des événements devant les tribunaux.

Quant aux réticences des policiers à porter ces caméras portatives sur eux en tout temps, « ça démontre que leur façon d'agir est différente lorsqu'il y a une caméra », estime M. Perez.

Mme Solomon en entrevue dans une église.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Élise Solomon, organisatrice communautaire au RAPSIM.

Photo : Radio-Canada

Au nom du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), l'organisatrice communautaire Élise Salomon s'est dite déçue, elle aussi, que le projet pilote du SPVM n'ait pas donné les résultats escomptés. D'autant plus qu'il poursuivait, selon elle, « des objectifs très pertinents ».

Pourquoi tourner la page aussi vite sur le projet?

Élise Solomon, organisatrice communautaire, RAPSIM

Mais elle fait contre mauvaise fortune bon coeur. « Pour nous, au RAPSIM, c'est certain que la prévention et la sanction des pratiques de profilage social [et] racial ne passent pas seulement par une mesure comme celle des caméras portatives », a-t-elle souligné. « Il faut s'attaquer à ce problème-là au SPVM d'une façon plus globale, notamment en revoyant en profondeur la formation qui est offerte aux policiers. »

Enfin, le fait que plusieurs patrouilleurs équipés d'une caméra portative se sentent « surveillés » n'émeut pas l'organisatrice communautaire. « Ce n'est pas un argument, pour moi, qui est important », a-t-elle affirmé, faisant valoir que « les personnes en situation d'itinérance, les personnes marginalisées dans l'espace public ou les jeunes racisés se sentent [eux aussi] surveillés constamment par les forces policières ». « Et on est en droit de s'attendre à [ce que] les policiers se comportent de façon exemplaire et qu'ils soient imputables de leur manière d'intervenir auprès des personnes. »

Plusieurs grandes villes canadiennes, dont Calgary, Edmonton et Toronto, ont fait l'expérience des caméras portatives au cours des dernières années. À ce jour, cependant, seul le corps de police de Calgary a commencé à les utiliser à grande échelle. Celui de Victoria, en Colombie-Britannique, a quant à lui signifié son intention de le faire.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

Grand Montréal

Forces de l'ordre