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La Russie risque gros dans la chute du régime Maduro

Un manifestant coiffé d'une casquette militaire brandit un drapeau dans les rues de Caracas pour protester contre le gouvernement Maduro.

Un manifestant coiffé d'une casquette militaire brandit un drapeau dans les rues de Caracas pour protester contre le gouvernement Maduro.

Photo : AFP/Getty Images / FEDERICO PARRA

Agence France-Presse

Alors que l'étau se resserre sur le président vénézuélien Nicolas Maduro, la Russie joue gros : elle risque de perdre son principal allié en Amérique latine, ainsi que des milliards de dollars d'investissements dans les hydrocarbures et les armes.

La Russie, de même que la Chine et la Turquie, a affiché son soutien au président « légitime » Maduro, s'opposant aux États-Unis et à un nombre croissant de pays occidentaux qui ont rallié l'opposant Juan Guaido.

Pour Moscou, les enjeux sont cruciaux : si le président vénézuélien doit passer la main, Moscou risque de perdre un partenariat noué sous Hugo Chavez (1999-2013). Depuis, la Russie est également devenue le deuxième créancier de Caracas après la Chine.

La Russie « risque que toutes ces relations cultivées pendant longtemps se retrouvent sans valeur », a déclaré à l'AFP Nikolaï Petrov, professeur à la haute école d'Économie de Moscou.

Des milliards en jeu

Les deux hommes se serrent la main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président russe, Vladimir Poutine, et son homologue vénézuélien, Nicolas Maduro, lors d'une rencontre le 5 décembre 2018 à la résidence d'État de Novo-Ogaryovo, à l'extérieur de Moscou, en Russie

Photo : Reuters / Maxim Shemetov

Si Maduro tombe, « les risques de perdre nos investissements augmenteront sérieusement », avertit Daniel Rozental, spécialiste du Venezuela à Académie des sciences de Russie.

Pas plus tard qu'en décembre, lors d'une visite de Nicolas Maduro à Moscou, la Russie a promis d'investir 6 milliards de dollars dans le secteur pétrolier et minier.

« Au départ, les accords avec la Russie étaient surtout militaires, avec de grosses commandes de tanks, de fusils Kalachnikov, d'avions Soukhoï. La Russie a accordé des prêts pour financer ces achats militaires. Puis se sont tissés des liens dans le domaine du pétrole », explique à l'AFP Serge Ollivier, historien spécialiste du Venezuela, enseignant-chercheur à l'Université Panthéon-Sorbonne à Paris.

Au total, le Venezuela a acheté pour 11 milliards de dollars d'armes russes depuis 2005, selon les calculs de plusieurs médias russes, ce qui fait de la Russie le premier fournisseur d'armes du pays.

Certains médias ont affirmé que des sociétés militaires privées russes étaient présentes dans le pays en soutien au président Maduro, ce que le Kremlin dément.

Moscou entend défendre ses intérêts

Le Kremlin a qualifié mardi « d’illégales » et d’« ingérence » les nouvelles sanctions américaines décrétées contre la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne PDVSA.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a par ailleurs prévenu que Moscou comptait « avec d'autres membres responsables de la communauté internationale, faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir le gouvernement légitime du président Maduro ».

Les États-Unis « ont pris la voie directe du renversement des autorités légitimes du Venezuela », a déclaré M. Lavrov, estimant que les sanctions américaines « sapent gravement les derniers vestiges de confiance dans le système monétaire et financier international, basé sur la prééminence du dollar ».

« Nous allons défendre nos intérêts dans le cadre du droit international, en utilisant tous les mécanismes à notre disposition », a pour sa part ajouté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a averti que Moscou ferait « tout ce qui est en [son] pouvoir » pour soutenir le président Maduro. Le Kremlin a averti qu'il comptait « défendre [ses] intérêts dans le cadre du droit international ».

« La Russie se battra pour ses contrats et ses dettes », soutient Vladimir Rouvinski, spécialiste des relations entre la Russie et l'Amérique latine à l'Université colombienne de Cali.

Mais « le Kremlin a admis qu'il pouvait également avoir une conversation avec d'autres forces au Venezuela, à condition que le transfert du pouvoir soit légitime ».

Les mines et le pétrole

Un puits de pétrole au Venezuela.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le pétrole est la principale ressource naturelle du Venezuela.

Photo : AFP/Getty Images / AFP

Dans le domaine des hydrocarbures, la Russie a investi des milliards de dollars notamment par le biais de son pétrolier semi-public Rosneft, dirigé par l'influent Igor Setchine, proche de Vladimir Poutine, qui multiplie les visites à Caracas.

Rosneft participe à plusieurs projets d'exploration et de production pétrolière et gazière au Venezuela en partenariat avec le groupe pétrolier vénézuélien PDVSA, désormais sanctionné par Washington.

Une partie de la dette vénézuélienne, à hauteur de plusieurs milliards de dollars, envers Moscou est remboursée en hydrocarbures par des accords entre PDVSA et Rosneft.

Des prêts que la Russie a accepté de rééchelonner à plusieurs reprises.

Vulnérabilité de Caracas

Des policiers à moto.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des policiers à moto lors d,Une manifestation de l'opposition contre le président Maduro, à Caracas.

Photo : AFP/Getty Images / YURI CORTEZ

« En fermant Wall Street à Caracas en 2017, Trump a poussé Caracas davantage dans les bras de Moscou et de Pékin pour trouver des financements. Maduro n'a plus eu le choix que de solliciter davantage la Russie, qui en a profité pour obtenir des deals très intéressants, bien que très risqués », affirme Serge Ollivier.

« Les Russes ont profité de la vulnérabilité de Caracas », selon l'historien, « mais ils n'arrivent pas à être payés à hauteur des promesses » à cause de « l'état catastrophique de l'infrastructure pétrolière du pays et de la déliquescence de PDVSA ».

« Dans les négociations internationales à venir, la seule possibilité pour la Russie d'accepter une transition politique au Venezuela serait d'obtenir des garanties sur ses actifs », indique-t-il.

À la télévision publique russe, la crise à Caracas a été comparée au soulèvement populaire en Ukraine en 2014 qui a renversé le président prorusse, provoquant la colère de Moscou.

Selon Daniel Rozental néanmoins, « l'approche pragmatique prévaut en Russie », et « des relations de travail peuvent se poursuivre » avec Caracas même en cas d'arrivée au pouvoir de l'opposition: « se brouiller avec la Russie n'est simplement pas raisonnable » pour le Venezuela.

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