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Négligence d'enfants à Saint-Jean : un manque de suivi « inexplicable et inacceptable »

Portrait de Bernard Richard
Bernard Richard estime que le manque de suivi des travailleurs sociaux dans le cas de négligence d'enfants à Saint-Jean, au N.-B., est « inexplicable et inacceptable ». Photo: Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes
Jean-Philippe Hughes

Le cas de négligence sévère envers cinq enfants d'une famille à Saint-Jean a été dénoncé par le défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick, Norman Bossé, qui y voit une faillite générale du système de protection de l'enfance. Sans blâmer les travailleurs sociaux saisis du dossier, l'un des prédécesseurs de M. Bossé, Bernard Richard, croit que cette affaire soulève des questions fondamentales.

Enfants couverts d’excréments, dents cariées, sous-alimentation : la négligence qu’ont subie les cinq enfants défie l'entendement.

Les deux aînés avaient manqué plus de 80 journées d’école, mais les signalements auprès des services sociaux sont demeurés lettre morte.

Les travailleurs sociaux disent qu’ils sont trop occupés, mais les gens qui ont fait des signalements, y compris l’école, ils disaient qu’ils n’avaient pas l’impression que les signalements étaient pris au sérieux, remarque l’ancien défenseur des enfants du Nouveau-Brunswick, Bernard Richard. Les normes n’ont pas été rencontrées.

Au total, 26 signalements ont été enregistrés au ministère du Développement social en trois ans.

Le ministère du Développement social suivait la famille depuis 2012, mais à plusieurs reprises, les travailleurs sociaux ont tout simplement rebroussé chemin parce que personne ne répondait à la porte.

J’ai été étonné, vraiment très étonné, de lire que les travailleurs sociaux pensaient qu’ils n’avaient peut-être pas l’autorité d’entrer dans la maison si on ne répondait pas à la porte, dit M. Richard. Ça m’a estomaqué.

Les travailleurs sociaux devraient savoir qu’ils ont l’autorité, s’ils ont des raisons de croire qu’un enfant est à risque, d’aller chercher la police pour faire les vérifications nécessaires.

Bernard Richard

Dans le dédale bureaucratique du ministère du Développement social, le dossier est passé entre les mains d’une dizaine d’intervenants, travailleurs sociaux et superviseurs.

C’est inexplicable et inacceptable qu’on ait changé de travailleur social en travailleur social sans les suivis nécessaires, s’indigne M. Richard au sujet de ce dossier qui était pourtant bien documenté au ministère.

Il y a des normes de pratique assez fondamentales qui n’ont pas été respectées dans ce dossier-là.

Bernard Richard

M. Richard refuse de dire que les travailleurs sociaux ont failli à la tâche, mais il est d’avis que ces professionnels nécessitent une meilleure formation.

Il relève aussi des mécanismes structurels qui font en sorte que des intervenants inexpérimentés se trouvent en première ligne. Après quelques années sur le terrain, les travailleurs sociaux choisissent souvent un emploi moins exigeant.

Malgré tout, Bernard Richard refuse de qualifier de fautifs les travailleurs sociaux.

Le travail social c’est le travail plus difficile d’une société, soutient-il.

Deux agences pour la protection des enfants

Le défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick, Normand Bossé, a remis en question la présence de deux agences de protection de l’enfance distinctes au sein du ministère du Développement social.

Les Services d'appui à la famille (SAF) fournissent un appui aux parents tandis que la Protection de l'enfance est plus coercitive. Une agence centralisée aurait peut-être permis, selon lui, d’éviter que le dossier ne soit transféré entre une dizaine d’intervenants, sans suivis adéquats.

Au Québec par exemple, le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) est souverain en matière de prévention et de protection des enfants.

Plus on a des dédales administratifs, plus que les risques d’erreurs sont présents, croit Geneviève Rioux, présidente de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec.

Je suis surprise qu’il y a deux entités, admet-elle. Certains cas passent tout de même entre les mailles du filet de l'unique agence au Québec; elle a du mal à imaginer que deux agences mènent à un meilleur résultat.

Plus on met de gens, d’organisations, de systèmes de communication et de délais, [plus] on rallonge le temps de négligence, le risque et les erreurs.

Geneviève Rioux, présidente de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec

Deux rapports en une semaine

Les quatre recommandations de Normand Bossé arrivent une semaine après un autre rapport, celui du consultant George Savoury.

Le rapport Savoury s'est attardé à l'ensemble du système de protection de l'enfance. Certaines de ses 107 recommandations concernent la Loi sur les services à la famille, vieille d’une quarantaine d’années.

Ce que M. Bossé recommande peut se faire très rapidement, ce que M. Savoury recommande va prendre beaucoup plus de temps, croit Bernard Richard.

La Loi sur les services à la famille est désuète croit M. Richard.

On ne donne pas assez d’importance à la protection des enfants et des personnes les plus vulnérables de la province.

Nouveau-Brunswick

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