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  • Envoyé spécial
  • En Amérique du Sud, une crise migratoire sans précédent

    Des organismes d'aide offre un repas simple à des Vénézuéliens qui ne gagnent bien souvent plus assez d'argent pour s'offrir ce genre de nourriture.

    Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

    Jean-Michel Leprince

    Depuis 2015, plus de 2 millions et demi de Vénézuéliens ont quitté leur pays pour refaire leur vie au Pérou, en Équateur, mais surtout, pour la moitié d'entre eux, en Colombie, le pays voisin. C'est un fardeau énorme que le pays gère tant bien que mal, sans trop d'incidents violents jusqu'ici. Et même si les récents événements pourraient changer la situation politique au Venezuela, le flot de réfugiés ne diminue pas, et il constitue une crise migratoire sans précédent dans les Amériques.

    C’est le 5 juin que la Casa de Paso de la Divine providence a ouvert, à 1 km du pont Simon Bolivar, le plus important point de passage du pays, pour donner à manger aux migrants venus du Venezuela qui n’avaient pas d’argent ou qui avaient de l’argent totalement dévalué d’un pays où l’hyperinflation a atteint 1 million % en 2018.

    Le Padre David Cañas a commencé dans la rue avec un chaudron de nourriture. Depuis, des ONG catholiques et internationales laïques l’ont aidé à aménager une auberge qui utilise les services de 900 volontaires ou membres du personnel d’ONG pour servir 4000 repas du midi tous les jours, sauf le dimanche.

    Au Venezuela, quelqu’un qui travaille fort gagne l’équivalent de 3 $ par mois. Nous offrons à nos frères migrants du Venezuela un bon repas bien équilibré qui nous coûte de 2 $ à 3 $, inaccessible à un Vénézuélien chez lui.

    Padre David Cañas
    Des migrants vénézuéliens recevant des indications sur le bord d'une route

    Fuyant le Venezuela avec leurs maigres possessions, les Vénézuéliens en exil se déplacent bien souvent à pied.

    Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

    Il n’y a pas si longtemps, ce sont les Colombiens qui quittaient leur pays en masse pour se réfugier au Venezuela. Pour fuir la violence, la guérilla et les paramilitaires, mais aussi parce que le Venezuela était le pays le plus riche de l'Amérique du Sud, et les Colombiens allaient y chercher du travail. Aujourd’hui, la Colombie rend la pareille à ses frères Vénézuéliens.

    Ce qui facilite l’arrivée des migrants, c’est que la moitié des familles des départements frontaliers colombiens ont de la famille au Venezuela. Mais un tel nombre crée des problèmes.

    Juan Carlos Cortes Arias, responsable des affaires frontalières du Département de Santander (Cucuta), dit qu’il arrive chaque mois 100 000 Vénézuéliens en Colombie, l’équivalent d’une ville moyenne respectable.

    Avec des problèmes : criminalité, drogue, concurrence commerciale déloyale, besoin d’écoles pour 6000 élèves vénézuéliens pour la rentrée scolaire en cours… Un phénomène puissant, la xénophobie, fait aussi son apparition. Jusqu’à présent, la Colombie n’a pas eu à déplorer d’incidents violents comme en Équateur ou au Brésil.

    Des messages écrits par des exilés vénézuéliens

    Messages d'espoir, messages de colère contre le gouvernement Maduro... Les exilés vénézuéliens laissent des traces de leur passage dans les pays voisins.

    Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

    La caminata

    Au début, ce sont les professionnels qui se sont exilés pour refaire leur vie au Pérou, en Équateur, ou au centre de la Colombie, dans leur champ d’expertise. Mais depuis l’été 2018, la situation s’est tellement dégradée que des gens très pauvres décident de repartir à pied. La Colombie ne tolère pas de camps de réfugiés, ce qui les empêche de se regrouper et les oblige à prendre la route.

    Des familles entières, un millier de personnes par jour, prennent la route de Cucuta vers l’intérieur du pays (la « caminata ») et espèrent se rendre à Cali, Medellin, Bucaramanga, et même à Lima, au Pérou. Ils sont mal équipés et mal chaussés; ils auront froid dans la campagne.

    À une vingtaine de kilomètres de Cucuta, il y a une halte. À cette halte, ils laissent des messages sur des billets de banque qui ne valent plus rien. Des messages de foi et d’espoir. On veut aussi laisser la trace de son passage.

    Certains autres messages s’en prennent au président Nicolas Maduro. L'un d'entre eux dit : « Notre pays a été détruit à cause de la révolution de Maduro, avec ses voleurs corrompus et ses misérables militaires. Un jour, ils vont payer. »

    Amériques

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