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Washington demande formellement à Ottawa d'extrader Meng Wanzhou

Une femme asiatique porte une oreillette et regarde vers sa droite. Elle est vêtue en noir.
La directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, a été arrêtée le 1er décembre 2018 lors d'une escale à l'aéroport de Vancouver. Photo: Reuters / Alexander Bibik
Sophie-Hélène Lebeuf

Les États-Unis ont déposé formellement 23 chefs d'accusation contre le géant chinois des technologies Huawei et sa directrice financière, Meng Wanzhou, arrêtée au Canada en décembre dernier. Le ministère canadien de la Justice a confirmé lundi soir que les autorités américaines avaient officiellement réclamé son extradition.

En point de presse, lundi, le procureur général des États-Unis par intérim, Matthew Whitaker, a inculpé Huawei Technologies, dont le siège social est en Chine, trois de ses filiales, Huawei Device, Huawei Device USA et Skycom Tech, ainsi que Meng Wanzhou dans deux dossiers distincts : violation des sanctions contre l'Iran et vol de secrets commerciaux.

La poursuite touche « deux dizaines de crimes », a-t-il précisé.

Dans le premier dossier, les 13 chefs d'accusation déposés sont notamment liés à la fraude bancaire, à la fraude électronique, au blanchiment d'argent, à l'obstruction à la justice et à plusieurs complots en vue de commettre des fraudes.

M. Whitaker a accusé Huawei d'avoir menti sur ses liens avec Skycom, qui exerce des activités d'affaires en Iran. Selon l'acte d'accusation, Huawei contrôlerait l'entreprise à laquelle elle a vendu, en 2007, ses intérêts dans Skycom, présentée comme sa « filiale iranienne de longue date ».

Le fournisseur de technologies de télécommunications est aussi accusé d'avoir détruit des preuves matérielles et déployé des efforts pour soustraire des témoins à la juridiction américaine.

Pour marquer le coup, M. Whitaker était flanqué de plusieurs hauts responsables de l'administration américaine, dont la secrétaire de la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, et son homologue au Commerce, Wilbur Ross, ainsi que du directeur du FBI, Christopher Wray.

« Huawei et sa directrice financière ont enfreint la loi américaine et se sont livrés à un stratagème financier frauduleux qui nuit à la sécurité des États-Unis », a soutenu la secrétaire Nielsen. Elle les a accusés d'avoir réalisé des transactions totalisant des millions de dollars, en contournant les sanctions américaines contre l'Iran.

« Depuis des années, les entreprises chinoises enfreignent nos lois sur l'exportation et contournent les sanctions, se servant souvent des systèmes financiers américains pour faciliter leurs activités illégales », a renchéri M. Ross.

Les autorités américaines ont du même coup annoncé qu'elles réclamaient officiellement l'extradition de MmeMeng, qui est actuellement en résidence surveillée au Canada dans l’attente de son éventuelle extradition aux États-Unis.

Tard lundi soir, le réseau CBC a pu confirmer avec le ministère canadien de la Justice qu'il avait bien reçu la demande officielle d'extradition de la part des États-Unis.

Comparution mardi

Meng Wanzhou comparaîtra mardi devant le tribunal pour y discuter de changements qui seront apportés aux conditions de sa remise en liberté sous caution, selon les horaires de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, a confirmé CBC.

Les États-Unis ont d'ailleurs remercié le Canada. « Nous sommes très reconnaissants envers le gouvernement du Canada pour sa collaboration et son engagement inébranlable envers l'État de droit », a déclaré M. Whitaker.

Le gouvernement canadien s'est malgré lui retrouvé en pleine tourmente diplomatique depuis l'arrestation de Meng Wanzhou à Vancouver, en décembre dernier, à la demande des États-Unis.

La poursuite intentée par la justice américaine survient dans la foulée du congédiement de l'ambassadeur canadien en Chine, John McCallum, par Ottawa.

Ironiquement, le gouvernement Trudeau a montré la porte à son diplomate après qu'il eut soutenu que Meng Wanzhou avait de bons arguments à faire valoir contre son extradition aux États-Unis, puis il a affirmé que l'abandon de la demande d’extradition serait une bonne chose pour le Canada.

Après l'arrestation de la dirigeante directrice financière de Huawei, Pékin a arrêté les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, détenus depuis le mois de décembre. Les autorités chinoises les ont accusés d’avoir mis en danger la sécurité nationale.

Accusations de vol de secrets commerciaux

Deux filiales de Huawei sont en outre inculpées de tentative de vol de secrets commerciaux au détriment de la compagnie américaine de téléphonie cellulaire T-Mobile, de complot pour vol de secrets commerciaux, de fraude électronique et d'obstruction à la justice.

Les actes qui leur sont reprochés auraient été commis entre 2012 et 2014. Ils sont passibles d'amendes totalisant plusieurs millions de dollars.

Un acteur méconnu, mais important au Canada

Deux femmes passent devant un magasin du géant chinois Huawei.Joueur discret sur le marché canadien des téléphones intelligents, Huawei occupe toutefois une position de choix en matière d'équipements de télécommunications. Photo : Associated Press / Ng Han Guan

Huawei a toujours été un important fournisseur d'équipements pour l'industrie canadienne des télécommunications et le gouvernement fédéral.

Considérée comme une menace à la sécurité non seulement par les États-Unis, mais aussi par plusieurs autres alliés du Canada, l'entreprise fabrique des téléphones intelligents pour les réseaux sans fil actuels vendus au Canada par Bell, Rogers, Telus et Vidéotron sous leurs principales marques ainsi que sous certaines marques secondaires comme Virgin Mobile, Fido et Koodo.

Elle travaille également avec Bell et Telus pour mettre au point des équipements qui serviront aux réseaux sans fil 5G, qui devraient devenir de plus en plus importants pour les entreprises de télécommunications canadiennes et leurs clients au cours de la prochaine décennie.

Avec les informations de La Presse canadienne

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