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Investissements étrangers dans les pêches : pas de risque immédiat, selon d'anciens ministres

Un pêcheur ouvre un casier rempli de homard.

En 2018, les Canadiens ont exporté en Chine du homard pour plus de 260 millions de dollars, selon Statistique Canada.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Pierre-Philippe LeBlanc

L'achat d'usines de transformation de produits marins par des investisseurs étrangers peut devenir préoccupant si ces derniers franchissent certains seuils, selon deux anciens ministres des Pêches au Nouveau-Brunswick.

Des investisseurs asiatiques, par exemple, ont acheté ou construit au moins une dizaine d'usines de transformation de produits marins dans les Maritimes au cours des cinq dernières années seulement.

L’ancien ministre Bernard Thériault craint la perte d’emplois à l’échelle locale si l’industrie exporte de plus en plus de homards non transformés.

Je pense que là où on a raison de s’inquiéter, c’est dans ce développement des marchés asiatiques pour du homard vivant parce que ça aura probablement des conséquences en fin de route de réduire considérablement les emplois dans nos usines, dit-il.

Des travailleuses dans une usine décortique du homardAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les usines de transformation de produits marins dans les Maritimes emploient des milliers de personnes, pour la majorité des Acadiens.

Photo : Radio-Canada / Pierre Richard

L’ancien ministre Paul Robichaud estime que la situation peut devenir préoccupante si elle mène à une baisse des prix offerts aux pêcheurs.

À long terme si on se retrouve avec un genre de monopole ou un genre de consortium où ce sont les mêmes intérêts qui sont propriétaires de plusieurs usines, il se pourrait qu’on puisse contrôler le prix. Ça, ça pourrait devenir inquiétant d’une perspective de vendeur, au niveau des pêcheurs. Et aussi, ça pourrait être très préoccupant pour l’avenir de la transformation des produits de la mer au Nouveau-Brunswick, explique Paul Robichaud.

Les deux anciens ministres ne croient pas qu’il faut réduire l’accès d’investisseurs étrangers à l’industrie de la transformation des produits marins. Paul Robichaud rappelle que l’industrie des Maritimes exporte la grande majorité de sa production. Le Nouveau-Brunswick ne pourrait pas demander aux pays étrangers d’ouvrir leurs portes à ses produits tout en leur fermant les siennes, explique-t-il.

Les pêches négligées par le Nouveau-Brunswick?

Bernard Thériault reproche aux gouvernements récents d’avoir négligé les pêches en ne consacrant plus à cette industrie un ministère distinct.

Le gouvernement ne s’occupe pas de l’industrie de la pêche. Il n’y a plus d’expertise. Dans les années 80 et 90, on avait encore une commission de prêts aux pêcheurs qui nous donnait un contrôle. On avait des experts en construction navale, des experts en mise en marché, des experts en droit constitutionnel pour s’assurer que nos intérêts sont protégés. Il n’y a plus rien de cela. On a tout mis ça dans un gros pot qui s’appelle le développement économique, et ça ne joue pas à l’avantage de notre industrie, soutient Bernard Thériault.

Bernard Thériault en entrevue dans sa maisonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Bernard Thériault a été ministre des Pêches dans le gouvernement de Frank McKenna.

Photo : Radio-Canada

Les investissements étrangers prouvent au contraire, selon Paul Robichaud, que l’industrie se porte bien, peu importe la structure du ministère.

Le Nouveau-Brunswick, nous sommes les champions de la transformation, de la valeur ajoutée. Nous avons énormément de transformation de produits de la mer qui nous viennent même d’autres provinces et jusqu’à un certain point même d’autres pays. À ce niveau-là, je ne pense pas que c’est la structure du ministère des Pêches actuel qui handicape de quelque façon que ce soit le secteur de la transformation. Au contraire, on a vu que c’est un secteur en pleine expansion, affirme Paul Robichaud.

Paul Robichaud en entrevueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Paul Robichaud a été ministre de l'Agriculture, des Pêches et de l'Aquaculture dans le gouvernement de Bernard Lord.

Photo : Radio-Canada

Les deux anciens élus estiment qu’il serait approprié pour tous les membres de l’industrie et les gouvernements de se rassembler et de se poser des questions.

Peut-être que l’industrie de la transformation elle-même devrait commencer à se regarder dans un miroir et dire: “Qu’est-ce qui se passe? Plusieurs de nos partenaires sont [en train de] vendre leur usine. Quelle est la raison pour laquelle on vend?” Et les gouvernements également peuvent être interpellés et regarder s’il n’y a pas de collusion, s’il n’y a pas d’acquisition qui se fait de façon déloyale et qui pourrait en fin de compte désavantager non seulement l‘industrie de la transformation, mais l’industrie de la pêche en général, et par ricochet l’économie de la province du Nouveau-Brunswick, conclut Paul Robichaud.

Avec des informations de Michelle LeBlanc

Nouveau-Brunswick

Industrie des pêches