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Le rat-taupe nu, nouvelle vedette de la recherche biomédicale

Un rat-taupe nu
Le rat-taupe nu n'est pas très beau, mais il gagne en popularité auprès des scientifiques. Photo: Antoine Morin
Gaëlle Lussiaà-Berdou

Il est sourd et aveugle. Sa peau est complètement glabre et toute plissée. Ses longues incisives, qu'il utilise pour creuser le sol, transpercent ses lèvres au lieu d'être cachées dessous. Bref, le rat-taupe nu n'est pas très beau, à tel point qu'on le compare parfois à un doigt ou à une saucisse à quatre pattes. Ça ne l'empêche pourtant pas d'être de plus en plus populaire auprès des scientifiques.

Originaire de la Corne de l’Afrique, ce petit rongeur fouisseur est en train de se frayer un chemin dans les laboratoires de par le monde. Après la souris, la mouche drosophile ou le poisson-zèbre, le rat-taupe nu s’ajoute désormais à la liste des animaux chouchous des chercheurs qui voient en lui un modèle unique en son genre.

Il faut dire qu’il n’est pas banal. De la taille d’une souris, il vit sous terre en colonies de plusieurs dizaines d’individus. Un peu comme chez les abeilles, une seule femelle, la reine, se reproduit et le reste de la colonie prend soin de ses rejetons. Il bat aussi des records de longévité, pouvant vivre jusqu’à 30 ans, contre 4 pour une souris. Malgré ce grand âge, il ne semble pas être sujet au cancer ni aux maladies neurodégénératives. Et ce n’est pas tout; il ne ressent apparemment pas certaines formes de douleur.

Mais c’est encore une autre particularité des rats-taupes nus qui intéresse Matthew Pamenter, biologiste à l’Université d’Ottawa. À l’état sauvage, ces petits rongeurs ne mettent quasiment jamais le nez hors de leurs galeries souterraines. Dans ces espaces confinés, l’oxygène se fait rare.

Les rats-taupes nus sont les mammifères les plus résistants à l’hypoxie [le manque d’oxygène, NDLR] connus à ce jour.

Matthew Pamenter, biologiste
Matthew Pamenter tient un rat-taupe nu entre ses mains. Le biologiste Matthew Pamenter Photo : Antoine Morin

Dans une étude publiée en 2017, des chercheurs des États-Unis et d’Allemagne ont constaté que les rats-taupes nus pouvaient survivre 18 minutes sans aucun oxygène. Des souris soumises aux mêmes conditions sont mortes en une minute.

Matthew Pamenter a mené des expériences semblables dans son laboratoire. Il a constaté qu’à des niveaux très bas d’oxygène (3 % au lieu des 18 % de l’atmosphère terrestre), les rats-taupes nus s’adaptent en réduisant leur activité. « Ils diminuent leur température corporelle très rapidement pour économiser leur métabolisme, explique le chercheur, et peuvent réduire le fonctionnement de leurs mitochondries [les centrales énergétiques des cellules, NDLR] jusqu’à 90 %. »

Après un certain temps, les rongeurs tombent dans un état léthargique… avant de revenir à eux comme si de rien n’était quand l’oxygène revient!

Étudier les maladies humaines

Un rat-taupe nu.Les rats-taupes nus sont les mammifères les plus résistants au manque d’oxygène. Photo : Antoine Morin

Matthew Pamenter croit que ces adaptations à un environnement limité en oxygène font du rat-taupe nu un bon modèle pour étudier certaines maladies humaines. « L’hypoxie est centrale dans plusieurs pathologies, que ce soit la maladie pulmonaire obstructive chronique, l’anémie, l’AVC, l’infarctus... Ce sont toutes des maladies dans lesquelles le manque d’oxygène est un élément clé », précise-t-il.

« Au lieu d’utiliser des souris et de leur faire faire un AVC au laboratoire pour voir ce qui ne s’est pas bien passé, nous pouvons faire faire cet AVC à un animal tolérant à l’hypoxie et voir comment il s’en sort. [...] Par exemple, nous induisons des crises cardiaques chez des rats-taupes nus et nous regardons comment ils arrivent à régénérer leur fonction cardiaque après cet infarctus », explique le chercheur.

Les travaux de Matthew Pamenter en sont encore à leurs débuts, mais il n’est pas le seul à s’intéresser à ces animaux hors du commun. Le nombre de publications scientifiques concernant les rats-taupes nus est en croissance.

« Les ressources et l’intérêt qu’on leur porte augmentent de manière exponentielle. Peu importe le problème médical qu’on pose, ils semblent s’être adaptés pour le tolérer, que ce soit le vieillissement, le cancer, l’infarctus. [...] C’est un modèle fantastique et je crois que l’intérêt qu’il suscite ne peut que croître », dit le biologiste.

Le reportage de Gaëlle Lussiaà-Berdou a été diffusé à l’émission Découverte, à ICI Radio-Canada Télé.

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