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Signes religieux : « Il n'y a pas eu de demande de recensement », insiste le ministre Roberge

Une enseignante arborant un voile donne des explications à une élève.

Photo : iStock

Radio-Canada

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, affirme que son ministère n'a jamais demandé à des commissions scolaires de récolter des données sur le nombre d'enseignants portant des signes religieux.

Il reconnaît que son ministère, à la demande de celui de l’Immigration, a demandé à quelques commissions scolaires si de telles données existaient, mais sans plus.

« Il n’y a pas eu de demande de recensement, de grands sondages, n’en déplaise à des gens qui aimeraient monter aux barricades. On s’est juste demandé : si l’information existe, on veut l’avoir [...] La réponse, semble-t-il que c’est non », a-t-il dit en entrevue avec l’animateur de Midi info, Michel C. Auger.

On n’a pas donné de consigne : faites ce grand recensement, faites des demandes, passez des formulaires; ce n’est pas arrivé.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation

Il a par ailleurs poursuivi en affirmant que son gouvernement a toujours l’intention d’aller de l’avant avec son projet de loi sur la neutralité qui interdira notamment le port de signes religieux aux enseignants, en plus des policiers, des juges, des procureurs de la Couronne et des gardiens de prison.

« On veut que 100 % des enseignants ne portent pas de symboles religieux », a-t-il dit, ajoutant que ceux qui refuseraient de s’en départir en milieu de travail seraient assignés à d’autres tâches. « Ces gens ne perdront pas de revenus et ne seront pas à la rue », a-t-il ajouté.

Aider à rédiger le projet de loi

Le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette, qui a comme tâche de rédiger le projet de loi caquiste sur la laïcité de l'État, a largement repris à son compte les déclarations de son collègue à l'Éducation.

« Ce que nous avons demandé aux commissions scolaires, c'est [d'indiquer] si l'information était disponible » à propos des enseignants portant des signes religieux distinctifs.

« Ce que nous constatons aujourd'hui, c'est que les commissions scolaires ne possèdent pas cette information-là. »

Pour M. Jolin-Barrette, la demande s'inscrit dans le processus de rédaction de la loi sur la laïcité, « afin que la CAQ puisse livrer son engagement électoral » en la matière.

Le ministre rejette les allégations de discrimination envers les enseignants portant des signes religieux.

« Il est clair que si cette information existait, elle devait être portée à mon attention », dit encore M. Jolin-Barrette, qui réclame la collaboration des commissions scolaires dans le cadre de la rédaction du projet de loi.

Le ministre refuse toutefois de préciser si le gouvernement aurait utilisé ces données si elles avaient été disponibles.

Il n'est pas question d'identifier [des enseignants] ou d'effectuer un recensement.

Simon Jolin-Barrette, ministre responsable du dossier de la laïcité

Pendant la campagne électorale et depuis son élection, le premier ministre François Legault n'a cessé de maintenir qu'il n'y aura pas de droit acquis en matière de port de signes religieux ostentatoires.

Questionné à ce sujet à l'émission En direct avec Patrice Roy, le ministre Jolin-Barrette n'a pas voulu dire si le gouvernement allait maintenir la ligne dure sur cette question.

« Je ne vous cacherai pas qu'il y a des discussions en ce moment. Nous allons déposer le projet de loi durant l'actuelle session [parlementaire] et vous serez les premiers informés » au moment du dépôt dudit projet de loi, a-t-il déclaré.

« Nous sommes dans une approche de modération, de collaboration », a assuré le ministre, qui dit souhaiter « faire les choses dans l'ordre, de façon méthodique ».

Entrevue avec Simon Jolin-Barrette

Un appel du bureau de la sous-ministre

Plus tôt ce matin, en entrevue à RDI, la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel Bourdon, a confirmé que sa commission avait reçu vendredi un appel du bureau de la sous-ministre de l'Éducation qui demandait si elle possédait des statistiques sur le nombre de ses employés arborant des signes religieux.

Les commissions scolaires de la Pointe-de-l'Île (CSPI) et de Laval (CSDL) auraient aussi reçu des demandes similaires, selon La Presse, qui a d'abord révélé l'histoire.

Selon Catherine Harel Bourdon, cette démarche était un coup d'épée dans l'eau, puisque ces statistiques n'existent tout simplement pas à la CSDM. Une telle collecte de renseignements serait illégale de la part d'un employeur, précise-t-elle.

« J’aimerais bien que notre ministre de l’Éducation explique ce qui est arrivé vendredi passé. C’est assez aberrant », a dénoncé la présidente de la CSDM sur les ondes d'ICI RDI.

Évidemment, on ne fait pas ça, on ne fait pas de dénombrement, puisque ça va à l’encontre de la Charte des droits de la personne, qui prévoit que les gens ont la liberté de religion et de croyance.

Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal

« Ça serait discriminatoire de poser cette question-là dans un formulaire à titre d’employeur », a-t-elle affirmé.

« La seule chose qu’on recense, c’est lorsque les gens nous demandent des congés pour motifs religieux parce qu’il y a une absence, mais cela ne veut en rien dire qu’ils portent des signes religieux », précise Catherine Harel Bourdon.

En fait, la seule question qui est posée à ce sujet aux candidats qui postulent à la CSDM vise à savoir s’ils viennent d’un programme d’accès à l’égalité en emploi, explique la présidente de la CSDM, qui ajoute que sa commission scolaire est l’un des employeurs qui engagent le plus de gens de toutes origines à Montréal.

Bannière

Le président Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Alain Fortier, dit avoir été « étonné » par la démarche du ministère de l'Éducation.

« Nous, on l’a appris quand les commissions scolaires appelées par le Ministère nous ont appelés en disant : "Qu’est-ce qu’on fait avec ces demandes-là?", parce qu’elles ressentaient un malaise », a-t-il dit en entrevue à RDI.

Il assure par ailleurs que sa fédération ne détient aucune donnée correspondant à la demande faite par Québec, puisqu’une telle démarche auprès du personnel serait en contravention avec la Charte des droits et libertés.

M. Fortier croit qu’il revient maintenant au ministre de s’expliquer sur les intentions qu’avait son ministère en posant de telles questions sur les signes religieux à certaines commissions scolaires. Il lui rappelle au passage que la FCSQ est l’interlocutrice appropriée lorsqu’on souhaite s’adresser aux commissions scolaires.

Entrevue avec Nadia El-Mabrouk et Alain Fortier

L'opposition se questionne sur les priorités de la CAQ en éducation

Des enfants assis sur leur chaise dans la classe lèvent la main.

Une enseignante devant sa classe.

Photo : Radio-Canada

Cette nouvelle a bien entendu suscité des réactions dans les rangs de l’opposition, à commencer par la députée libérale de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, qui a invité sur Twitter le ministre de l’Éducation à s’expliquer sur cette démarche qui relève, selon elle, du « profilage ».

A-t-il consulté son collègue Simon Jolin-Barrette sur la légalité d’une telle directive? Quel est l’objectif du gouvernement? Comment fera-t-il parler ces chiffres?

Marwah Rizqy, députée libérale de Saint-Laurent

Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, a de son côté invité le gouvernement Legault à se prononcer clairement sur le maintien ou non de droits acquis pour les enseignants visés par l’interdiction de signes religieux.

« Plutôt que de se lancer dans une opération de collecte de données, la CAQ devrait enfin donner l’heure juste […] On attend depuis plus de 100 jours », a déclaré le chef péquiste sur Twitter.

En entrevue sur les ondes de l’émission Gravel le matin, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a rappelé que les véritables priorités en éducation sont les professeurs et les classes.

Ils ont la tâche tellement lourde qu’ils ne savent plus par où donner de la tête; nos bâtiments tombent encore en ruine [...] alors je pense que, honnêtement, la question de dénombrer le nombre de personnes qui portent des signes religieux, je me dis : "Dans quel monde il vit?"

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

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