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« Ce n’est pas le moment d’avoir peur » : Guaido appelle les Vénézuéliens à manifester

Le président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido, s'adresse aux médias.

Encouragé par le soutien international, Juan Guaido cherche à fissurer la loyauté de l'armée, essentielle au maintien au pouvoir de Nicolas Maduro depuis 2013.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Agence France-Presse

Le président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido, a appelé à deux nouvelles manifestations, mercredi et samedi, pour faire basculer l'armée, principal soutien du président élu Nicolas Maduro, et accompagner l'ultimatum européen en faveur d'élections libres.

« Mercredi, de midi à 14 h, partout au Venezuela nous descendrons dans les rues [...] pour exiger des forces armées qu'elles se mettent du côté du peuple, et samedi [nous appelons à] une grande mobilisation dans tout le Venezuela et dans le monde pour accompagner le soutien de l'Union européenne et l'ultimatum », a déclaré dimanche soir le député de droite de 35 ans, chef du Parlement.

Six pays européens – Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Portugal, Pays-Bas – ont donné samedi à Nicolas Maduro huit jours pour convoquer des élections, faute de quoi ils reconnaîtront Juan Guaido comme président. L'ultimatum expirera dimanche.

L'Union européenne a brandi pour sa part une menace plus floue : elle « prendra des mesures « si des élections ne sont pas convoquées « dans les prochains jours », y compris concernant « la reconnaissance du leadership » dans le pays.

Samedi, « nous célébrerons ce soutien inédit du monde entier à notre cause, mais aussi en comptant sur le fait que l'ultimatum de l'Union européenne sera sur le point d'expirer, pour parvenir à la fin de l'usurpation, au gouvernement de transition et à la convocation d'élections libres », s'est félicité Juan Guaido.

Maduro ne flanche pas

Jusqu'à présent, Nicolas Maduro se montre inflexible. « Personne ne peut nous donner d'ultimatum », a-t-il déclaré à la chaîne CNN Turk.

Encouragé par le soutien international, Juan Guaido cherche à fissurer la loyauté de l'armée, essentielle au maintien au pouvoir de Nicolas Maduro depuis 2013.

Il offre donc l'amnistie aux fonctionnaires et aux militaires qui acceptent de le soutenir, dans une loi que ses partisans se sont chargés de distribuer dimanche aux centres de police et de l'armée du pays.

« Aujourd'hui, nous sommes allés tendre la main [...] Soldat du Venezuela, nous plaçons nos espoirs en toi et en ton engagement envers notre Constitution, a-t-il déclaré. Ce n'est pas le moment d'avoir peur. »

Face aux opposants qui leur remettaient le texte de loi, certains soldats ont toutefois brûlé ou déchiré le document, qui offre « toutes les garanties constitutionnelles » aux militaires et aux civils qui « collaborent à la restitution de la démocratie ».

La garde nationale vénézuélienne face à des manifestants près de l'un de leurs avant-postes à CaracasAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La garde nationale vénézuélienne face à des manifestants près de l'un de leurs avant-postes à Caracas

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

« L'armée est avec notre commandant en chef, Nicolas Maduro », a déclaré l'un d'eux.

Pendant ce temps, Nicolas Maduro supervisait des exercices militaires au Fort Paramacay, dans le nord du Venezuela.

« Genou à terre pour combattre le coup d'État, je le dis à toutes les forces armées bolivariennes : union maximale, discipline maximale, cohésion maximale », a-t-il lancé aux troupes.

Il les a aussi mises en garde : « Êtes-vous des putschistes ou respectez-vous la Constitution? [...] Traîtres jamais, loyaux toujours! »

Des dissensions commencent en effet à apparaître. Attaché militaire du Venezuela à Washington, le colonel José Luis Silva a annoncé samedi ne plus reconnaître M. Maduro comme président légitime et a exhorté ses « frères militaires » à faire de même.

« Soldat du Venezuela, je te donne un ordre : ne réprime pas les manifestations pacifiques [...] ne tire pas sur le peuple », a déclaré Juan Guaido, après une semaine de mobilisations qui s'est soldée par 29 morts et plus de 350 arrestations.

Le pape François a souhaité, dimanche, une « solution juste et pacifique pour surmonter la crise, en respectant les droits de l'homme ».

Mise en garde de Washington

Lors d'une réunion de l'ONU samedi consacrée à la crise vénézuélienne, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a demandé à tous les pays « d'être aux côtés des forces de liberté ».

Dimanche, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, a averti que « toute violence et intimidation » contre l'opposition et le personnel diplomatique américain sur place entraînerait une « réponse significative ».

La liste des soutiens internationaux de M. Guaido ne cesse de s'allonger : après Israël, c'est l'Australie qui a annoncé dimanche le reconnaître comme président par intérim « jusqu'à ce que des élections se tiennent ».

Caracas garde des amis à l'étranger, notamment la Russie, qui a exigé « la fin [d’une] ingérence cynique et non dissimulée dans les affaires d'un État souverain ».

Dans son camp se trouvent aussi la Chine, la Corée du Nord, la Turquie, le Nicaragua et Cuba notamment.

À Paris, le chef de file de La France insoumise (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon, a déclaré dimanche souhaiter que M. Maduro « tienne ».

Ce dernier continue d'accuser Washington d'agir en coulisses de ce qu'il considère comme un coup d'État et a rompu les relations diplomatiques.

Mais il veut garder un minimum de relations avec celui qui lui achète un tiers de son pétrole chaque année et négocie l'ouverture de « sections d'intérêts » dans chaque pays, a-t-il annoncé au moment où expirait le délai de 72 heures qu'il avait donné au personnel de l'ambassade américaine pour quitter le Venezuela.

Interrogé par l'AFP, le département d'État américain n'a pas confirmé ces discussions. Dimanche, Mike Pompeo a annoncé que l'opposant Carlos Vecchio serait le nouveau chargé d'affaires du Venezuela aux États-Unis.

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