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Maxime Bernier et Derek Fildebrandt se font hérauts de la colère albertaine

Derek Fildebrandt et Maxime Bernier, en février 2017 Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Sébastien Tanguay

L'un convoite le pouvoir à Ottawa, l'autre désire prendre les rênes en Alberta. Maxime Bernier et Derek Fildebrandt, les deux porte-étendards de la nouvelle droite libertarienne canadienne, ont uni leur voix ce samedi à Calgary, lors d'un rassemblement où le slogan « égalité ou séparation » faisait office de cri de ralliement.

Malgré leurs trajectoires politiques différentes, Maxime Bernier et Derek Fildebrandt s'entendent comme larrons en foire.

Tous deux estiment que le Canada traite injustement l'Alberta. Tous deux veulent que le fédéral réforme le système de péréquation. Tous deux, enfin, demandent à Ottawa d'imposer les projets d'oléoduc qui n'ont jamais quitté, pour l'instant, la table à dessin en raison de l'opposition des provinces.

« Êtes-vous prêts à vous tenir debout et à vous battre pour l'Alberta? », martèle Derek Fildebrandt devant une centaine de partisans, majoritairement masculins, qui l'applaudissent chaudement.

L'ennemi à combattre, c'est l'apathie de la Confédération canadienne à l'égard des déboires albertains. Derek Fildebrandt et Maxime Bernier le répètent tour à tour à la tribune : le Canada ne traite pas la province avec respect.

L'aliénation de l'Ouest

Donald Trump affiche la silhouette de Rambo et un lance-roquette sur ce T-shirt porté par un partisan.Certains partisans de Derek Fildebrandt et de Maxime Bernier n'ont pas hésité à afficher leurs affinités avec les politiques musclées de Donald Trump. Photo : Radio-Canada / Anis Heydari

Ces propos trouvent écho auprès de l'auditoire, où apparaissent quelques gilets jaunes et une casquette arborant le slogan de campagne de Donald Trump Make America Great Again (« Rendre sa grandeur à l'Amérique »).

« Alors que l'Alberta traverse un des moments les plus difficiles de son histoire, le reste du pays lui met des bâtons dans les roues », lance le Calgarien Rob Hutchinson.

L'homme d'une quarantaine d'années a grandi à Calgary. Selon lui, sa province natale a de tout temps fait les frais de la Confédération.

Rob Hutchinson évoque les injustices subies par l'Alberta au temps où son père avait son âge. Le premier ministre de l'époque, Pierre Elliott Trudeau, avait imposé une politique énergétique que plusieurs, dans l'ouest, ne lui ont jamais pardonnée. Son fils, Justin, répète la même histoire, selon Rob Hutchinson.

« Notre argent s'envole vers la Confédération, mais qu'est-ce que nous avons pour ce que nous payons? », demande-t-il. « J'aimerais que le pays fonctionne, mais j'ai très peu d'espoir que nous soyons entendus. »

Selon lui, la solution est claire. Si Ottawa continue de faire la sourde oreille face à la colère des Albertains, il faudra que la province fasse cavalier seul et quitte le Canada.

Cette idée, Derek Fildebrandt l'a placée au coeur de sa plateforme politique.

Derek Fildebrandt affiche un air stoïque et concentré alors qu'il écoute attentivement Maxime Bernier.Derek Fildebrandt écoute Maxime Bernier prononcé un discours, lors d'un rassemblement tenu à Calgary. Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

« Je veux une Alberta forte au sein d'un Canada fort », affirme l'ancien élu du Parti conservateur uni qui a décidé, après avoir été expulsé du caucus, de fonder sa propre maison politique, le Parti conservateur libre.

« Le fédéralisme actuel accorde parfois trop de pouvoirs aux provinces, tout en empiétant sur les compétences qui, normalement, relèvent de ces dernières. »

Aux prochaines élections, Derek Fildebrandt entend bouleverser l'échiquier politique albertain dans l'espoir de l'obliger à se réformer, un peu comme l'a fait, au sud du 49e parallèle, un certain Donald Trump.

Changer la donne à Ottawa

Dans cette foule qui affiche ici et là ses affinités avec l'actuel locataire de la Maison-Blanche, Maxime Bernier possède l'aura d'une vedette.

Dans l'auditoire, une casquette « Make America Great Again » s'élève, parfois, quand ce n'est pas un Donald Trump muni d'un lance-roquette et affichant la silhouette de Rambo qui apparaît sur un T-shirt.

Le fondateur du Parti populaire du Canada y jouit d'une popularité similaire à celle de Justin Trudeau. À travers les demandes d'autographes et les égoportraits, le candidat défait à la chefferie conservatrice atteint enfin les journalistes.

Maxime Bernier, tout sourire, prend la pose entourée par des partisans.Maxime Bernier prend un bain de foule avec ses partisans, en marge d'un rassemblement politique à Calgary. Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

« Il faut vraiment faire des changements majeurs au niveau du fédéral », lance-t-il d'emblée.

Dans son discours, deux mots ressortent clairement : péréquation et pipelines. Ils font mouche auprès d'un public visiblement frustré par le statu quo.

« Il faut changer un système qui est inefficace et qui est surtout injuste pour les provinces les plus riches », ajoute Maxime Bernier. « Il faut qu'Ottawa utilise les pouvoirs qui sont les siens pour imposer sa volonté et construire les oléoducs. »

Selon l'ancien chef de la diplomatie de Stephen Harper, le fédéral a tous les droits nécessaires pour que ces projets se réalisent.

Une affiche affichant Freedom Conservative Party of Alberta dépasse de l'audience, lors du rassemblement politique.Un partisan du Parti conservateur libre de Derek Fildebrandt a apporté une affiche du parti au rassemblement organisé conjointement avec Maxime Bernier. Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

« Nous ne pouvons pas laisser une poignée de groupes d'intérêt décider du sort de projets qui sont dans l'intérêt national », croit Maxime Bernier. « Ottawa doit invoquer l'article 92 (10) de la Constitution », ajoute-t-il en invoquant l'article relatif les infrastructures pancanadiennes.

La centaine de partisans applaudit à tout rompre. Le plus Albertain de tous les Québécois, comme s'est déjà présenté Maxime Bernier, a beau être à la tête d'une formation encore marginale, il n'en demeure pas moins que le Parti populaire semble faire son nid au sein de la droite albertaine.

Avec les informations d'Axel Tardieu et d'Anis Heydari

Alberta

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