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Venezuela : impasse diplomatique au Conseil de sécurité

Des manifestants anti-guerre devant la Maison-Blanche

Des manifestants contre une intervention américaine au Venezuela se sont rassemblés samedi devant la Maison-Blanche.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Radio-Canada

Les États-Unis ont pressé samedi tous les pays à mettre fin au « cauchemar » vénézuélien et à soutenir le leader de l'opposition, Juan Guaido, tandis que la Russie a accusé l'administration Trump de tenter de « préparer un coup d'État » contre le président Nicolas Maduro.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a indiqué samedi, dans le cadre d'une rencontre d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies réclamée par Washington, qu'il était plus que temps de soutenir le peuple vénézuélien alors qu'il tente de se libérer de ce qu'il a qualifié d'« État mafieux illégitime » du président Maduro, et d'appuyer M. Guaido.

Le jeune leader de l'opposition s'est autoproclamé président par intérim, arguant que la réélection de M. Maduro était illégitime.

L'ambassadeur russe aux Nations unies, Vassili Nebenzia, a toutefois souligné que le Venezuela ne menaçait pas la paix et la sécurité mondiales et a accusé les « opposants extrémistes » du gouvernement Maduro de choisir la voie de la « confrontation maximale », y compris la création artificielle d'un gouvernement parallèle. Il a aussi pressé M. Pompeo d'indiquer si les États-Unis pourraient employer la force.

Je ne spéculerai pas sur ce que les États-Unis choisiront ou non de faire.

Mike Pompeo, secrétaire d'État des États-Unis

Les profondes divisions présentes au Venezuela se sont transposées au sein du Conseil de sécurité, samedi, alors que les cinq membres permanents, dotés d'un droit de veto, n'ont pas été en mesure de s'entendre sur une déclaration commune sur la situation en Amérique du Sud, présentant plutôt des textes largement différents.

Les leaders de deux de ces pays membres permanents, la France et le Royaume-Uni, ont joint leurs forces à celles de l'Espagne et de l'Allemagne en affirmant qu'ils se joindraient aux États-Unis et à d'autres pays, dont le Canada, pour reconnaître M. Guaido, à moins que Caracas ne déclenche de nouvelles élections présidentielles au cours des huit prochains jours.

Ottawa, par la voix de son représentant aux Nations unies, l'ambassadeur Marc-André Blanchard, a réitéré son appui « à la seule institution démocratiquement élue du Venezuela, l'Assemblée nationale » dont M. Guaido est le président.

« Nous avons fermement rejeté les revendications illégitimes du président Nicolas Maduro », a poursuivi M. Blanchard, en évoquant des « élections frauduleuses », avant d'affirmer que « le régime Maduro n'a aucune légitimité pour gouverner le pays ».

Rejet sans appel de Caracas

« Personne ne va nous donner des délais ni nous dire si des élections doivent être convoquées ou non », a rétorqué le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Jorge Arreaza.

Qui êtes-vous pour donner un ultimatum à un gouvernement souverain? C'est de l'ingérence, c'est infantile.

Jorge Arreaza, ministre vénézuélien des Affaires étrangères
Mike Pompeo devant le Conseil de sécurité des Nations uniesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo tentera d'avaliser la reconnaissance de la légitimité du président intérimaire du Venezuela.

Photo : Reuters / Brendan McDermid

« Nous ne permettrons pas à quelque gouvernement que ce soit, ou à quelque pays que ce soit de violer notre souveraineté, et donner un prétexte à Donald Trump pour déclencher une guerre », a encore ajouté M. Arreaza.

Cela n'a toutefois pas suffi à calmer les ardeurs du secrétaire Pompeo, qui s'en est aussi pris à la Russie et à la Chine, accusant Moscou et Pékin de « soutenir Maduro alors qu'il est en fin de course... dans l'espoir de récupérer des milliards de dollars mal dépensés dans des investissements et de l'aide offerte au fil des ans ».

Il a toutefois réservé ses attaques les plus cinglantes à l'intention de Cuba, soutenant qu'aucun autre pays n'en avait fait plus pour soutenir « les conditions cauchemardesques vécues par le peuple vénézuélien ».

La Chine et la Russie ont toutes deux vivement rejeté les accusations des États-Unis.

Selon l'ambassadeur Nebenzia, la réunion de samedi, à laquelle il s'était opposé, avait été utile, puisqu'elle avait démontré à Washington qu'une majorité de pays étaient en faveur de la souveraineté du Venezuela, de son indépendance territoriale et de la non-ingérence dans ses affaires internes.

« N'aggravons pas les tensions autour du Venezuela », a-t-il indiqué à la fin de la rencontre d'une durée de six heures. « Cessons de faire usage de menaces et d'évoquer l'utilisation de la force contre ce pays. Rejetons les ultimatums ridicules de huit jours. »

Sursis pour les membres de l'ambassade américaine

En fin de journée, le président Maduro est revenu sur sa menace d'expulser tout le personnel de l'ambassade américaine au Venezuela, qu'il faisait planer depuis mercredi.

Le chef d'État avait alors donné 72 heures aux diplomates américains pour quitter le pays. Les États-Unis avaient toutefois refusé d’obéir à la demande de Maduro, arguant qu’il n’était plus le président légitime du Venezuela.

Dans un communiqué publié à l'issue de la rencontre au Conseil de sécurité de l'ONU, le ministre Arreaza a indiqué que le gouvernement accorderait un sursis de 30 jours aux membres de l'ambassade afin de permettre à Washington et à Caracas de négocier les termes d'un nouveau « bureau américain » en sol vénézuélien, et vice versa.

Le département d'État américain n'a pas confirmé cette annonce, se contentant d'indiquer que la sécurité de ses ressortissants demeurait une priorité. Jamais il n'a été question de fermer l'ambassade au Venezuela, a-t-il réitéré.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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