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Sexe et autisme peuvent faire bon ménage, assure une chercheuse

Un jeune garçon autiste se confie à une intervenante, sous un tableau rempli de dessins montrant des héros et des princesses.
Les enfants autistes ont parfois de la difficulté avec les contacts corporels, ce qui impose une approche différente et délicate de la sexualité. Photo: Getty Images / MARTIN BUREAU
Radio-Canada

C'est une discussion qui effraie bien des parents : celle d'expliquer la sexualité à son enfant. Comment le faire, lorsque son enfant souffre d'autisme? C'était l'un des thèmes abordés vendredi à Edmonton, dans lors de la 11e conférence sur l'autisme.

Christine Hrudey a trois enfants de 4, 6 et 9 ans. Tous souffrent du trouble du spectre de l'autisme.

« Nous n'avons pas d'enfants ''neurotypiques''... Notre normalité, c'est l'autisme », explique-t-elle.

Elle compose à tous les jours avec le trouble de ses enfants.

Parfois, celui-ci provoque un besoin extrême de silence dans la maison. À d'autres moments, c'est plutôt la cacophonie qui prend le dessus, dépendamment de l'humeur de ses petits.

Christine Hrudey a une quarantaine d'années, a de longs cheveux blonds et de grands yeux bleus.Christine Hrudey a trois jeunes enfants, tous aux prises avec le spectre de l'autisme. Photo : Radio-Canada / Léna Marjak

« Ils sont créatifs, ils sont vraiment intenses et énergiques, mais je dirais que ce qui les définit le mieux, c'est ''extrêmes'' », dit Mme Hrudey à propos de ses enfants. « Lorsqu'ils ont besoin de calme, ils ont vraiment besoin d'énormément de calme. Lorsqu'ils sont bruyants, ils sont incroyablement bruyants. »

La mère compose à tous les jours avec l'autisme de ses enfants. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit prête à tout pour autant.

« Mon plus vieux approche de la puberté... et... oui, ça me fait un peu peur », admet-elle.

Parmi ses appréhensions, il y a la fameuse discussion entourant la découverte du corps et du plaisir, cette inévitable discussion sur la sexualité qui effraie bon nombre de parents.

« J'ai peur qu'ils développent des conceptions erronées sur la sexualité », indique-t-elle, à propos de son aîné. « J'ai peur qu'il soit honteux ou qu'il ne se sente pas confortable dans son corps. »

Comme toutes les mères, Christine Hrudey désire offrir à son enfant une vie épanouie et riche, y compris dans sa sexualité. Comme beaucoup de parents, elle ignore toutefois comment aborder la question avec son garçon au seuil de la puberté.

La clé : communiquer

« C'est possible pour les personnes autistes d'avoir une vie sexuelle complètement normale! », affirme d'emblée Stephanie Mitelman.

Cette chercheuse et professeure de l'Université Concordia étudie la sexualité chez les jeunes autistes.

Selon elle, la clé, pour aborder cette délicate question avec ces enfants qui décodent parfois avec plus de difficulté les conventions sociales, c'est la communication.

« Il faut apprendre aux personnes [autistes] à connaître leur corps et à discuter avec un partenaire, maintient-elle. Il faut aussi, comme dans n'importe quelle vie amoureuse, trouver la bonne personne. »

Stephanie Mitelman donne un atelier où les parents peuvent partager leurs appréhensions quant à l'éveil sexuel que s'apprête à vivre leur enfant.Stephanie Mitelman étudie la sexualité chez les personnes atteintes d'autisme à l'Université Concordia de Montréal. Photo : Radio-Canada / Léna Marjak

Ce bien-aimé ou cette bien-aimée devra faire preuve de patience, explique la chercheuse.

« Parfois, les personnes autistes éprouvent plus de difficulté avec les contacts physiques. Il importe de leur demander si nous pouvons les toucher, et quelle sorte de contact ils aiment », poursuit Stephanie Mitelman.

Établir ses limites, apprendre à dire « non » et surtout, inculquer l'important du consentement constituent également des apprentissages nécessaires, selon la chercheuse.

« Les personnes différentes sont normalement plus vulnérables aux abus, explique-t-elle. Les enfants autistes ne perçoivent pas toujours les risques et les dangers. Ils auront plus de difficulté à décoder des expressions du visage ou des intentions malveillantes. »

Même si elle craint l'arrivée de la fameuse discussion, Christine Hrudey assure que ses enfants, malgré leur différence, savent aimer.

C'est là l'essentiel, ajoute Stephanie Mitelman, rappelant l'importance d'avoir un coeur et de le laisser battre à son rythme, dans les élans de l'amour.

Alberta

Santé physique et mentale