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analyse

Le « deal maker » et la réalité du pouvoir

Poignée de main entre le président français Emmanuel Macron et le premier ministre du Québec, François Legault.
Le président français Emmanuel Macron accueille le premier ministre du Québec, François Legault, avant leur rencontre à l'Élysée à Paris, le lundi 21 janvier 2019. Photo: Associated Press / Rafael Yaghobzadeh
Sébastien Bovet

ANALYSE - Pour un premier ministre du Québec, une mission à l'étranger représente, d'une certaine façon, un moment de grâce. Quand il va en France, il est reçu avec tous les égards par le président. Quand il va à Davos, il respire le même air frais que l'élite économique mondiale. De quoi l'étourdir un peu. Mais pendant ce temps, ici, au Québec, la terre continue de tourner et la dure réalité du pouvoir attend François Legault au détour.

« J’ai rencontré M. Mittal, d’ArcelorMittal. On voit son nom à beaucoup d’endroits au Québec! » Impossible pour François Legault de cacher son émerveillement. Dans les salons feutrés des hôtels de Davos, le premier ministre ressemblait à un enfant dans un magasin de jouets.

Le « deal maker », comme il se décrit lui-même, était dans son élément dans les Alpes suisses, affairé à attirer des investissements au Québec plutôt que d’écouter les conférences des chefs d’État.

Il n’a pas annoncé d’entente, mais il a notamment été rassuré par les intentions de Siemens (centre d’approvisionnement pour le contrat de VIA Rail) et de Glencore (mine Raglan) à l’égard du Québec. Il a même eu des discussions avec Suncor, grand producteur « d’énergie sale » qui caresse, semble-t-il, des projets secrets dans les énergies propres.

La réalité du pouvoir

Pendant ce temps, au Québec, le choc de la réalité frappe le gouvernement. Premièrement, il nuance ses ambitions concernant les maternelles 4 ans. Elles ne seront pas implantées dans toutes les écoles et elles ne nuiront pas aux centres de la petite enfance. Ceux-ci craignaient en effet que les enfants de 4 ans ne les désertent. Les nouvelles classes de maternelle 4 ans et les CPE seront donc complémentaires.

Deuxièmement, si le gouvernement veut tenir sa promesse d’améliorer les soins à domicile, la facture sera salée : plus de 200 millions de dollars pour l’année à venir. Elle pourrait refroidir les ardeurs de la ministre de la Santé Danielle McCann, qui a affirmé qu’elle paierait la note, quelle qu'elle soit.

Ajoutez le plan d’intégration des immigrants, sérieusement perturbé par 18 000 dossiers non traités au fil des ans, et vous avez un gouvernement qui se gratte la tête et qui commence à se demander comment il va « livrer les résultats », comme il ne cesse de le dire depuis trois mois.

Gérer les attentes

Peut-être s’agit-il d’une coïncidence, peut-être pas; toujours est-il que ces nuances et ces difficultés dans la mise en œuvre du plan caquiste font surface maintenant, au début d’une année où l'on commencera à juger l’arbre à ses fruits.

La volonté de François Legault de tenir ses engagements est ferme et maintes fois affichée. Il sera intéressant de voir si le premier ministre, frappé par le choc de la réalité, recadrera son discours. Il a gonflé les attentes depuis trois mois, il devra peut-être maintenant les gérer.

Vivre un moment de grâce, en pleine lune de miel, ça ressemble probablement au septième ciel! Mais quand François Legault descendra d’avion, non seulement notre météo en folie lui pincera-t-elle le visage, mais il sentira aussi un courant d’air frais souffler sur ses grandes ambitions.

Sébastien Bovet est chef du Bureau parlementaire de Radio-Canada à l’Assemblée nationale

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