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analyse

Mobilité durable : la cohérence est-elle au rendez-vous?

Des voitures et des camions sur la route.
Circulation intense sur le réseau autoroutier montréalais. Photo: Radio-Canada / Simon-Marc Charron
Gérald Fillion

ANALYSE - « Sur toutes les routes qu'on souhaite construire ou élargir au Québec, il doit y avoir de la mobilité durable », a dit le ministre des Transports François Bonnardel, qui annonce vouloir poursuivre le déploiement de la politique adoptée sous le gouvernement précédent. L'intention est bonne, mais la cohérence est-elle au rendez-vous?

La question se pose pour le ministre Bonnardel qui doit jongler entre les engagements électoraux de son parti et les impératifs de la mobilité durable. Il le sait, il soupèse tout cela dans toutes ses réponses.

« Quand je dis qu’on va élargir telle route ou on pense en construire une nouvelle, a dit le ministre vendredi matin, c’est impensable que je sois devant vous et que je vous dise : “Un nouveau pont, une nouvelle autoroute, ce sera seulement pour l’auto solo”. L’objectif qu’on a, c’est de réduire l’auto solo. Alors, en quelque part, ça prend plus de transport collectif et ça prend une vision aussi à long terme. »

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec (CAQ) a promis l’élargissement de l’autoroute 50 en Outaouais, le prolongement de l’autoroute 19 jusqu’à Bois-des-Filion, l’élargissement de l’autoroute 30 à trois voies entre les autoroutes 10 et 20, et la mise en chantier du 3e lien à Québec.

La CAQ a aussi promis des voies réservées, l’implantation d’un tramway jusqu’à Pointe-aux-Trembles, le projet de service rapide par bus sur le boulevard Pie-IX et l’expansion du Réseau express métropolitain (REM) vers le nord et le sud.

La politique de mobilité durable, que la CAQ va poursuivre, s’est donné une dizaine de cibles. François Bonnardel en a cité quatre, vendredi matin, qu’il juge importantes :

  • donner accès à au moins 4 services de mobilité durable à 70 % de la population;
  • réduire de 20 % les temps de déplacement entre le travail et la maison;
  • diminuer de 20 % les déplacements en auto solo;
  • réduire de 20 % les dépenses de ménage allouées au transport.

La politique a également pour cible de réduire les coûts associés à la congestion pour les entreprises dans les régions métropolitaines de Montréal et de Québec.

Royalmount, ligne rose, 3e lien

Tout en évoquant les solutions et les cibles désignées dans la politique de mobilité durable, le ministre continue de parler de la construction et de l’élargissement de routes. Il continue d’éviter les questions sur le projet de ligne rose de la mairesse Plante, ne se prononce pas sur les risques supplémentaires de congestion liés au projet Royalmount, affirmant prudemment qu’il est disposé à discuter du projet, mais son gouvernement maintient son intention de construire un troisième lien à Québec.

Ces projets ont leurs forces et leurs faiblesses. Mais qu’on soit pour ou contre, il est primordial que ces projets s’inscrivent dans la politique de mobilité durable du Québec. Le gouvernement de François Legault, qui affirme aujourd’hui que les questions environnementales représentent une priorité, doit être cohérent.

Il doit donc évaluer les projets en fonction de leur apport aux objectifs de la politique de mobilité durable, soit la baisse des temps de déplacement, la réduction de l’auto solo, la diminution des dépenses des ménages pour le transport et la décongestion routière.

Ainsi, posons la question : est-ce que l’immense projet Royalmount, au confluent des autoroutes 15 et 40 à Montréal, dans l’état actuel des choses, est en phase avec les cibles de la politique? Pas tellement, dirait la dame du débat des chefs de l’automne dernier! Le projet va générer, selon le plan actuel, 140 000 déplacements quotidiens, essentiellement automobiles.

Autre question : est-ce que le troisième lien à Québec respecte les cibles de mobilité durable? Ça reste à démontrer. Si ce lien permet de réduire la congestion et les temps de déplacement, jusqu’à quel point permettra-t-il de réduire l’utilisation de l’auto solo? Est-ce que ce projet entraînera une hausse des déplacements en auto dans la région et des émissions de gaz à effet de serre supplémentaires?

Ce projet a créé une véritable polarisation dans la population, où certains s’amusent à séparer les choses en deux clans distincts : les écologistes d’un bord, le vrai monde de l’autre! Or, les choses sont plus nuancées que ça. Il est clair, là encore, que le gouvernement Legault doit étudier le mérite de ce projet avec sa politique de mobilité durable sous le bras.

Et chaque fois qu’on évoque la ligne rose à Montréal, le premier ministre ou son ministre des Transports répondent invariablement : ligne bleue, SRB, tramway, ligne jaune, restant évasifs sur le projet de la mairesse Plante. Mais le ministre doit répondre à la question suivante : est-ce que la mobilité durable est favorisée si l’expansion des lignes bleue et jaune vient engorger davantage la ligne orange et le carrefour Berri-UQAM?

Est-ce que la ligne rose serait un projet plus en phase avec les objectifs de la politique de mobilité durable du Québec? N’est-il pas du devoir du gouvernement de s’y intéresser?

La mobilité durable, c'est quoi?

Dans une étude publiée en 2014, le professeur Gérard Beaudet rappelle, en citant d’autres chercheurs, que la mobilité durable est définie comme une « mobilité peu polluante, peu consommatrice d’énergie et d’espace ». Il faut « réduire la nécessité de se déplacer, encourager le transport modal vers les transports collectifs et actifs, réduire la distance parcourue et améliorer l’efficacité des systèmes de transport », était-il écrit dans l’étude.

François Bonnardel a du pain sur la planche. Il doit mettre en application une politique de mobilité durable cohérente en intégrant à la fois les engagements électoraux, les nécessaires gestes à poser pour réduire la congestion routière et l’obligation collective de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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