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Walter Kleinschmit, l'homme de tous les combats communautaires

Walter Kleinschmit
Walter Kleinschmit continue de sillonner le Moyen-Orient comme conseiller à raison de quatre à cinq séjours par an. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Que ce soit pour s'opposer à la fermeture du bureau de poste ou à la démolition de l'ancien poste de police, Walter Kleinschmit est de toutes les batailles lorsqu'il s'agit de défendre des enjeux qui touchent la communauté francophone de Saint-Boniface au Manitoba.

Tranche de vie est une chronique signée Abdoulaye Cissoko

C'est dans son appartement au troisième étage d'un immeuble dans le quartier de Saint-Boniface, à Winnipeg, que nous retrouvons Walter Kleinschmit. L'homme est méticuleux. À la veille de notre rencontre, il s'était replongé dans les nombreux albums de la famille pour nous montrer des pans de son histoire.

Walter KleinschmitWalter Kleinschmit feuilletant l'album familial. Photo : Soumise : Wlalter Kleinschmit

Une histoire qui a commencé en Allemagne de l'Est, l'ancienne RDA. C'est en effet à Emersleben que Walter Kleinschmit est né un jour de 1944, en pleine Deuxième Guerre mondiale, d'un père soldat allemand et d'une mère française.

À la fin de la guerre, après l'arrivée de l'armée soviétique, mes parents se sont réfugiés en Allemagne de l'Ouest puis en France.

Walter Kleinschmit

Dans l'Hexagone, les Kleinschmit s'installent dans la petite commune de Sainte-Marguerite.

Tranche de vie est un rendez-vous mensuel auquel vous convie Abdoulaye Cissoko. Dans le cadre de cette chronique, il rencontre des Manitobains et se penche sur divers aspects de la vie au Manitoba.

Mais à cette époque, il ne faisait pas bon vivre en France avec un patronyme allemand, affirme Walter Kleinschmit, qui en garde des souvenirs amers.

« À l'école, ça n'allait pas très bien. On faisait des commentaires offensants à mon égard. Et ce n'est pas seulement les élèves. Certains enseignants s'acharnaient aussi contre moi. Au point que ma mère s'est rendue quelques fois sur place pour se plaindre. Mais ça n'a pas servi à grand-chose », se souvient-il.

Cette situation, combinée à celle de son père qui était détenteur d'un permis de travail temporaire, pousse la famille à aller vivre sous d'autres cieux.

Pourquoi le Manitoba

Ses parents font des demandes de visa auprès des autorités canadiennes, américaines, sud-africaines et australiennes. « Le Canada a été le premier pays à nous accorder un visa. C'est ainsi que nous avons déménagé ici en 1954 », explique-t-il.

La famille KleinschmitLes deux parents de Walter Kleinschmit en compagnie de leurs petite-fille Nicole Molin Photo : Soumise ; Walter Kleinschmit

C'est sur le conseil d'un fonctionnaire du consulat canadien que la famille Kleinschmit s'installe au Manitoba. « Cette personne avait dit à mes parents que c'était une province stable avec un faible taux de chômage. Et c'est bien tombé, parce que mon père a trouvé un emploi comme mécanicien-tourneur le lendemain même de notre arrivée dans la province », explique Walter Kleinschmit.

Avec leurs trois enfants, Walter, Philippe et Élisabeth, la famille s'installe à Saint-Boniface, rue Dumoulin. Le jeune Walter, âgé alors de 9 ans, fréquente l'école Provencher.

Les enfants KleinschmitLes jeunes Kleinschmit après leur arrivée au Manitoba. Photo : Soumise : Walter Kleinschmit

Selon lui, l'intégration se passe très bien. « À l'école Provencher, il y avait une certaine ouverture d'esprit. C'était une école multiculturelle », se remémore-t-il.

Mais selon lui, il y avait des limites. « Je ne pouvais pas fréquenter le Collège Saint-Boniface ou encore faire partie des scouts catholiques de ce quartier », dit-il.

Walter Kleinschmit devait donc se rendre dans le quartier de Norwood où le programme de scoutisme était offert en anglais. Ce qui, dit-il, lui a permis d'être bilingue.

Walter KleinschmitLe jeune Walter lors d'une de ses premières vacances au Manitoba. Photo : Soumise ; Walter Kleinschmit

Chez les Kleinschmit, le français est pourtant de rigueur, aidés en cela par leur mère, Simone Kleinschmit, bibliothécaire à Saint-Boniface et auteure de trois ouvrages dans la langue de Molière. « Avec mes parents, on a toujours parlé en français », indique-t-il.

Walter Kleinschmit tentera plus tard d'apprendre l'allemand, sans succès. Contrairement, dit-il, à son frère et sa soeur qui parlent la langue de Goethe.

Walter KleinschmitDes objets-souvenirs de ses 21 ans passés au Moyen-Orient. Photo : Radio-Canada

Après le secondaire, Walter Kleinschmit s'inscrit à l'Université du Manitoba où il étudie le commerce. Il décroche ensuite un emploi à Winnipeg, à la Compagnie de la Baie d'Hudson, avant de partir pour Montréal quelques années plus tard puis de s'installer à Toronto, où sa famille et lui vivront sept ans.

L'appel du désert

Comme d'autres hommes, Walter Kleinschmit n'échappe pas à la crise de la quarantaine. Lors d'une conférence à New York, il rencontre un groupe de personnes qui l'invitent à participer à un voyage pour une étude de marché au Qatar. « À cet âge-là, avec une jeune famille, l'idée d'aller à l'autre bout du monde était en soi attirante, même si je ne savais pas à l'époque où se trouvait le Qatar. »

Une fois sur place, Walter Kleinschmit décide d'y rester pour deux ans.

Mais il ne résiste pas à l'appel du désert.

Walter Kleinschmit et Al-Walid ben TalalWalter Kleinschmit en compagnie du prince et milliardaire saoudien, Al-Walid ben Talal (ph de droite). Photo : Soumise ; Walter Kleinschmit

La famille va vivre près de 22 ans dans la région, dont 11 années au sultanat d'Oman. Une période pendant laquelle Walter Kleinschmit participe au développement de plusieurs centres commerciaux.

Dans la capitale omanaise, Mascate, il est un membre actif de l'association des centres commerciaux internationaux.

C'est dans ce contexte qu'une occasion se présente et qu'il qualifie d'inattendu. Le prince et milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal lui propose de travailler pour lui.

Une autoroute et de nombreux bâtimentsLe Kingdom Centre (à gauche) est l'une des plus hautes tour de la capitale saoudienne. Photo : Reuters / Faisal Nasser

« J'ai passé sept ans avec le prince Al-Walid Ben Talal pour la conception, le développement, la construction et la commercialisation du Kingdom Centre. Ça me fait plaisir de voir que 20 ans plus tard, les gens que j'ai formés sont toujours dans la haute direction du centre », explique Walter Kleinschmit.

Après sa retraite, le Manitobain continue de sillonner le Moyen-Orient comme conseiller à raison de quatre à cinq séjours par an. Il compte pas moins d'une cinquantaine de clients en Arabie saoudite.

Son activisme

Lorsqu'il rentre au Manitoba à 62 ans, Walter Kleinschmit doit choisir entre deux options : rester confortablement chez lui à s'occuper de ses affaires, ou s'impliquer dans la communauté. Il choisit la seconde option.

J'ai toujours cru qu'il faut faire quelque chose en dehors de sa propre profession pour redonner à la communauté.

Walter Kleinschmit

Son premier combat a été de s'opposer à la destruction de la résidence Langevin, située au 210, rue Masson, dans Saint-Boniface. « On voulait démolir l'édifice pour y bâtir un immeuble à appartements de type Accueil colombien » pour les personnes âgées, se souvient-il.

Il s'en suivra beaucoup d'autres : la menace de fermeture du bureau de poste de Saint-Boniface, la vente de l'ancien poste de police de Saint-Boniface ou encore l'interdiction de camions sur le boulevard Provencher.

Des assemblées générales annuelles d'organismes francophones aux rassemblements, en passant par les couloirs de l'Hôtel de Ville pour défendre tel ou tel projet important pour la francophonie, Walter Kleinschmit est de tous les combats. Toujours avec le même engagement et le même franc-parler.

photo de Walter KleinschmitWalter Kleinschmit parle au nom du groupe de résidents de Saint-Boniface inquiets par un important projet résidentiel de 78 appartements. . Photo : Radio-Canada

« J'avais un privilège, j'étais un jeune retraité. Donc, je gérais mon temps. Pour ce qui est de la liberté de parole, elle vient du fait que je ne dépends de personne pour ma sécurité financière », affirme-t-il.

Une liberté qui ne lui a pas attiré que des amis. « Ça n'a pas élargi le nombre de personnes qui m'invitent pour une soirée, mais ça a élargi mon cercle de connaissances et on apprécie mutuellement ce qu'on fait ensemble. Un jour, je marchais sur Provencher lorsqu'une dame me dit : "c'est bien, continue ton travail!" Ça fait plaisir. D'autres n'aiment pas ce que je fais, mais ça ne me dérange pas », dit-il.

Walter Kleinschmit est membre fondateur de l'organisme Heritage Saint-Boniface aux côtés de David Dandeneau et de Yolande Freynet. Il a également été président de l'Association des résidents du Vieux Saint-Boniface. En ce moment, il assume la fonction de trésorier pour la coopérative de logement La Crèmerie.


Ce qu'il pense de la francophonie manitobaine

Walter Kleinschmit se réjouit de la place qu'occupe le français de nos jours. « Je trouve qu'on est plus à l'aise en français en public qu'il y a quelque temps. Lorsque je suis à la Plage Albert (la famille y possède un chalet), il y a beaucoup de familles où les gens parlent français », se réjouit-il.

Walter Kleinschmit nourrit aussi beaucoup d'espoir quant à l'engagement des jeunes francophones du Manitoba. « Si je regarde ce qui se passe au 100 NONS, à l'Université de Saint-Boniface et dans les manifestations, je trouve que les jeunes sont plus engagés et sur une gamme de sujets plus larges », souligne-t-il.

Il se félicite aussi l'élargissement de l'espace francophone grâce à l'immigration.

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