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Whistler s'acclimate aux changements climatiques

Le téléphérique Peak 2 Peak de la station de ski Whistler Blackcomb survole les sapins sous la neige
Le téléphérique Peak 2 Peak de la station de ski Whistler Blackcomb Photo: Radio-Canada / Philippe Moulier
Francis Plourde

Températures de plus en plus incertaines, diminution de la surface enneigée, saisons plus courtes... Les risques s'accumulent pour plusieurs stations de ski à travers le monde. Face à ces défis, la station de Whistler Blackcomb, en Colombie-Britannique, fait figure de modèle d'adaptation.

Les petits-enfants de Ken Melamed ne connaîtront pas le plaisir de skier en été sur un glacier. Ni, peut-être, celui de skier le long des 11 kilomètres de piste allant du sommet de Whistler jusqu’à Creekside, tout en bas d’une des montagnes à la plus haute dénivelée d'Amérique du Nord.

Pour l’ancien maire de Whistler, patrouilleur à la retraite, la menace posée par les changements climatiques est bien réelle.

 Une fois que la moyenne de température au village sera au-delà de zéro degré, la réalité est qu’il n’y aura pas de ski dans la partie près du village. 

La station de ski la plus populaire d’Amérique du Nord, située à moins de deux heures de route de Vancouver, accueille environ 2 millions de visiteurs par an. Elle est aux premières loges pour observer les changements du climat et leur impact sur l’industrie.

Selon les modèles d’analyse (Nouvelle fenêtre) (en anglais) commandés par la Municipalité de Whistler, la région connaîtra une hausse moyenne de 3 degrés Celsius en 2050, comparativement aux moyennes récentes.

Le reportage de Francis Plourde est diffusé le 27 janvier à l’émission Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première.

Le glacier de Whistler a cessé d'être accessible pour le ski en été en 1985. Le glacier de Whistler a cessé d'être accessible pour le ski en été en 1985. Photo : Whistler Museum

Quant au glacier Horstman, situé sur Blackcomb, et qui sert à l’entraînement des athlètes en été, ses jours sont comptés. Sa masse diminue d'un demi-million de mètres cubes par année, l'équivalent de 200 piscines olympiques qui se vident tous les ans.

« Nous voyons que ça se passe en Europe. Il y a beaucoup de stations de ski à basse élévation qui ferment », souligne Ken Melamed, maire de Whistler 2005 à 2011 et président du Parti vert du Canada.

Aux États-Unis, les stations de ski californiennes sont particulièrement vulnérables. Mais d’autres régions sont aussi à risque.

Dans les scénarios les plus pessimistes, des endroits comme New York, le Connecticut et le Maine seraient aussi à risque. Les températures ne seront pas assez basses pour faire de la neige.

Daniel Scott, directeur du Centre sur les changements climatiques de l’Université de Waterloo

Au Canada, même selon les scénarios les plus optimistes, des stations de la côte ouest comme le mont Cypress, à proximité de Vancouver, pourraient voir leur avenir compromis, indique l'Alpine Club of Canada (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Dans l’est du pays, la réduction du nombre de jours d’enneigement et une météo de plus en plus incertaine pourraient aussi menacer la viabilité économique de certaines stations de ski.

Les nouvelles télécabines de Blackcomb, inaugurées en décembre dernier.Le nouveau téléphérique de Blackcomb, inauguré en décembre dernier, fait partie d'un investissement de 66 millions de dollars. Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Whistler Blackcomb: la station modèle

Daniel Scott, aussi trésorier de l’organisation Protect Our Winters, cite souvent Whistler Blackcomb comme modèle en matière d’adaptation aux changements climatiques.

« Ils ont diversifié leurs revenus, ils ont investi dans des canons à neige en haute et basse altitude. Avec les gondoles et le Peak 2 Peak, ils ont fait en sorte qu'on peut skier et se déplacer entre les montagnes sans avoir à aller jusqu’en bas, explique-t-il. Et ils cherchent à réduire leur empreinte écologique! »

En décembre, Whistler Blackcomb a ainsi inauguré des télécabines qui permettront de se déplacer du village jusqu’à son chalet de Blackcomb, le Rendez-vous. L’investissement de 66 millions de dollars - le plus important de l’histoire de la station - visait à améliorer les infrastructures pour accéder à la montagne à l’abri des éléments, et ce, à longueur d’année.

Allana Williams, responsable du développement durable à Whistler Blackcomb (Vail Resorts).Allana Williams, responsable du développement durable à Whistler Blackcomb (Vail Resorts) Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Sur la montagne, Allana Williams est la responsable de l’objectif que s’est donné Whistler Blackcomb : « Zéro déchet, zéro carbone, zéro émission. »

« Nous utilisons la même quantité d’électricité qu’en 2005, explique-t-elle. Nous en sommes fiers, étant donné notre croissance depuis ce temps-là. »

Pour atteindre cet objectif, Whistler Blackcomb a notamment travaillé à la construction d’une minicentrale hydroélectrique le long de la rivière Fitzsimmons, qui passe entre les montagnes de Whistler et de Blackcomb.

Allana Williams a aussi mis en place de nombreuses mesures d’économie d’énergie et à l’achat de canons à neige consommant de 10 à 30 % d’énergie de moins que les canons traditionnels.

Le premier mercredi du mois, des résidents de Whistler se rassemblent à l'occasion de Green Drinks, une discussion sur l'environnement autour d'un verre. Chaque premier mercredi du mois, des résidents de Whistler se rassemblent à l'occasion de Green Drinks, une discussion sur l'environnement autour d'un verre. Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Une station de ski pas si verte?

Malgré le discours optimiste tenu par Whistler Blackcomb, certains comme Mélanie Tardif, présidente d’AWARE, un regroupement de résidents de Whistler pour l’environnement, affichent un certain scepticisme.

« Whistler Blackcomb va dire qu’elle est carboneutre. Mais ça ne se peut pas. Avec tout le monde qui vient à Whistler, il faut penser aux voyages en avion, dans les hôtels il faut laver les couvertures, il y a la neige artificielle, les téléphériques », énumère-t-elle.

La jeune femme, rencontrée à l’occasion de Green Drinks, une rencontre mensuelle où les résidents discutent d’environnement et de réduction de leur empreinte écologique, est consciente de la trace écologique laissée par une industrie où la clientèle vient de plus en plus loin pour profiter de Whistler Blackcomb.

Un risque économique important

Au Canada, l’industrie du ski génère plus de 1 milliard de dollars de revenus par année et des dizaines de milliers d’emplois.

Toutes les stations de ski n’ont pas le profil de Whistler, mais dans plusieurs cas, elles vivent le même genre de réalité.

« Bon nombre de ces emplois se retrouvent dans des communautés de montagne isolées. Des communautés en transition qui vivaient auparavant de l’extraction de ressources naturelles, explique Daniel Scott. C'est pourquoi il est vraiment important que le secteur du ski soit durable. C’est le futur de ces communautés. »

Les canons à neige: des outils nécessaires pour les stations de ski. Les canons à neige: des outils nécessaires pour les stations de ski. Photo : Radio-Canada / Francis Plourde


Pour qu'elle soit rentable, il est généralement accepté qu’une station demeure ouverte une centaine de jours dans l’année. Un autre facteur est l’achalandage durant les Fêtes, période où les stations de ski génèrent le quart de leurs revenus annuels.

En raison des changements de température, la capacité de faire de la neige artificielle est devenue nécessaire. Or, l’enneigement artificiel augmente les frais d’exploitation des stations de ski.

Des endroits comme Whistler ont plus de chance, car ils ont diversifié leurs revenus. Il y a des piscines, des terrains de golf, des centres de congrès… Leur modèle d’affaires est plus viable que les stations de ski indépendantes qu’on retrouve à certains endroits.

Daniel Scott, directeur du centre sur les changements climatiques de l'Université de Waterloo

Whistler Blackcomb jouit d'un autre avantage.

En 2016, la multinationale Vail Resorts, établie au Colorado, a acquis la station pour la somme de 1,4 milliard de dollars.

Whistler Blackcomb a ainsi rejoint le réseau de montagnes créé par la compagnie américaine et accédé à un financement important dans un secteur où l’incertitude est grande.

Des planchistes sortent du point d'arrivée du téléphérique de Whistler.La première journée de ski à Whistler, saison 2018-19 Photo : Mitchell Winton

La transaction, qui a fait la une des journaux locaux à l’époque, était la dernière en date dans une industrie où les analystes observent, depuis plusieurs années, un mouvement de consolidation.

Vail Resorts, qui compte aujourd’hui 19 stations de ski sur trois continents, minimise ainsi les risques associés à un secteur d’activité qui dépend de la température et offre aux détenteurs d’abonnement annuel un accès à différentes zones géographiques.

Une transformation qui ne plaît pas à tous

L’acquisition par Vail Resorts a aussi changé l’atmosphère sur la montagne, au grand dam de nombreux amateurs de ski.

La station est maintenant envahie par une clientèle aisée, venue surtout des États-Unis, conséquence de la mise en place d’une carte d’abonnement annuelle valable pour les 19 stations de ski de la multinationale.

Le prix des billets journaliers a quant à lui explosé, atteignant en 2018-2019 jusqu’à 169 $ par jour. Les gens du coin qui veulent skier à rabais doivent maintenant acheter leurs billets avant le début de la saison, assumant ainsi une partie des risques associés à une température incertaine.

Sur Twitter, ces changements ont mené à un nouveau mot-clic #FailVail.

Un début de journée achalandé à Whistler Blackcomb.Un début de journée achalandé à Whistler Blackcomb. Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Depuis son arrivée à Whistler, en 1976, Ken Melamed a vu la station changer de main au gré des cycles économiques.

Depuis ses débuts, Whistler Blackcomb a notamment compté comme propriétaires Intrawest et Power Corporation.

« Dans ce cas-ci, on peut dire que c’est un peu mieux parce qu’avant c’était un hedge fund de New York qui ne connaissait rien à l’industrie du ski. Apparemment (les gens de Vail Resorts) tiennent beaucoup à une approche de l’industrie qui respecte l’environnement et qui va réduire les gaz à effet de serre, souligne-t-il. Parce qu’eux, ils connaissent bien les risques! »

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