•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Plus forts que la différence d’âge et les probabilités

Un couple sourit en regardant la caméra alors que le l'homme tient un bébé dans ses bras.

Michel Bourgeois et Élyse Dubois présentent leur fils Louis.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Radio-Canada

Poussette sous le bras, Michel esquisse un sourire en entendant la sempiternelle plaisanterie de son voisin : « Tu as quel âge, déjà? ». Il a 49 ans et sa belle Élyse, 32. Ils sont les parents de Louis, leur « bébé miracle », né d'une vasectomie renversée et, surtout, d'un amour qui dure depuis une dizaine d'années maintenant.

Un texte de Christelle D’Amours pour Les malins

Lorsqu’il a fait la rencontre d’Élyse Dubois, en 2008, Michel Bourgeois est immédiatement tombé sous le charme de la jeune femme de 22 ans.On a connecté très fort au départ, puis, pour moi, l’âge ce n’était pas ça. Je n’ai même pas posé de question là-dessus , raconte-t-il.

Âgé de 38 ans à l’époque, il était déjà le papa de la petite Noémie, 9 ans, et était vasectomisé depuis quatre années.

L’idée d’enfants, à cette époque-là, ce n’était vraiment pas juste loin, ce n’était même pas dans le décor.

Michel Bourgeois
Un homme vêtu d'un imperméable jaune est accroupi à côté d'une poussette dans laquelle est assis un bébé vêtu de rose pâle.

Michel Bourgeois en 2000 avec sa fille Noémie, aujourd'hui âgée de 19 ans.

Photo : Courtoisie de Michel Bourgeois

Ce contexte n’embêtait pas du tout la jeune Élyse, toujours aux études à ce moment-là. J’étais en amour avec cet homme-là, mais en même temps, je ne pensais pas encore à la maternité trop, trop. C’est venu quelques années après, explique-t-elle.

Lorsque l’horloge biologique s’est mise à résonner chez Élyse, les incertitudes et les questionnements ont commencé pour son conjoint. J’ai pensé à ça immédiatement : "Est-ce que je pars pour la laisser avoir un enfant avec quelqu’un d’autre?" , confie Michel.

Alors que lui ne souhaitait pas freiner le projet de sa douce, Élyse, quant à elle, ne voulait pas que son amoureux se sente forcé de devenir père une deuxième fois seulement pour lui faire plaisir. Serait-elle partie s’il avait décidé qu’il ne voulait pas d’autre enfant? Probablement, avoue-t-elle.

Une femme aux cheveux foncés tient un bébé dans ses bras.

« La fameuse cloche de la maternité était pas mal en train de sonner », raconte la maman du petit Louis.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Je voulais qu’on ait un enfant pour les bonnes raisons, ensemble, pour faire une famille. Que ce soit l’amour qui crée l’enfant et non pas : '' OK, je ne veux pas te décevoir '' ou bien '' Je veux te garder ''.

Élyse Dubois

Au fil du temps, le couple a mûri son projet d’avoir un enfant, tout en décidant d’un commun accord de le repousser de quelques années encore. Pourtant, le temps pressait puisque Michel devait mettre toutes les chances de son côté pour retrouver sa fertilité. On sait que plus tu attends, moins les chances sont bonnes que ça réussisse, explique Élyse.

Contre toutes attentes

Huit ans après la première intervention chirurgicale qui devait l’empêcher de procréer, Michel repasse sous le bistouri pour subir une vasovasostomie, l’opération qui vise à raccorder les canaux déférents.

Les premiers tests ne sont pas concluants, mais après un deuxième contrôle, viable celui-là, on indique à Michel qu’il n’y a aucune garantie de succès.

Comme il n'est toujours pas prêt à accueillir un bébé, le couple Dubois-Bourgeois décide de laisser le projet sur la glace. Il attend encore six ans avant de vérifier si l’opération a bel et bien réussi.

Il y a eu beaucoup de discussions, d’incertitudes, puis ça a pris du temps avant qu’on soit certains d’aller vers ça. Ça a été un long processus.

Élyse Dubois

C’est en 2018 qu’on s’est dit : '' OK, je pense que c’est le temps '', raconte Élyse. Son conjoint, alors âgé de 48 ans, lui parle donc de son chiffre magique :  Si on s’essaye pendant plusieurs années et que ça ne fonctionne pas, il va falloir que je me ''requestionne'' à 50 ans, lui mentionne-t-il alors.

Un homme fait une entrevue radio assis dans une cuisine, un poupon dans les gras. Une femme assise à côté le regarde.

« Ceux qui n’ont pas d’enfants encore, ils vont avoir les mêmes craintes que quelqu'un à 50 ans : c’est l’inconnu », confie Michel Bourgeois.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Surprise! Après seulement deux mois d’essai, la trentenaire apprend qu’elle sera maman pour la première fois. On est restés plusieurs minutes juste à se regarder, émerveillés, se rappelle Michel Bourgeois.

Honnêtement, il faut que je dise que j’avais des doutes parce que tout était contre nous autres là-dedans. Tout! Les statistiques, mon âge, le test...

Michel Bourgeois

Quand je suis allé voir mon médecin après, je lui ai dit : '' Je pense qu’il faut que tu notes ça quelque part pour la statistique '', raconte le papa en riant, un peu de fierté dans la voix. Louis, ça a été un petit bébé miraculé quand on pense qu’il y a eu 14 ans depuis l’intervention [ NDLR depuis la vasectomie de Michel à l’âge de 34 ans ].

Une deuxième paternité, près de 20 ans après

Noémie, la fille de Michel maintenant âgée de 19 ans, a été l’une des premières personnes à apprendre la grossesse d’Élyse.

Une jeune femme sourit à la caméra en tenant un petit garçon dans ses bras.

Noémie Bourgeois, 19 ans, et son petit frère Louis, 5 mois.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Je pense que ça a été un choc [pour Noémie], parce qu’on a été très privés sur la décision d’avoir un enfant, relate le papa, qui a toutefois tenu à impliquer sa fille dans la grossesse et l’accouchement. De participer à ce processus-là, ça l’a impliquée directement et puis je sens que ça lui a donné un certain lien avec son frère, avec nous autres, avec la famille.

Même 19 ans après être devenu papa pour la première fois, Michel s’est vite rendu compte que certains réflexes et instincts ne se perdent pas.

Tout de suite, ça embarque. Il y a comme quelque chose qui se déclenche, l’instinct de prendre soin, puis d’être là, est revenu tout de suite à l’avant-plan pour moi.

Michel Bourgeois

Il prenait le lead par lui-même, il est extraordinaire. Je n’avais pas besoin de lui demander quoi que ce soit. C’est là que l’expérience était palpable, tu sais. Il était sûr de lui, il allait de l’avant. On dirait que c’est comme faire du vélo : à un moment donné, ça revient!, affirme Élyse en tournant des yeux pleins d’admiration vers son conjoint.

Une femme qui tient un bébé regarde son conjoint, qui parle au micro durant une entrevue radio.

« Je pense qu’un enfant ça garde jeune, ça t’amène à bouger, à être vif et actif », croit Élyse Dubois.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

« Ça y est, l’aventure est partie! »

Le petit Louis a maintenant cinq mois. Ça fait 10 ans que je suis avec Élyse, on s’aime, ça va bien, c’est une belle continuité de notre relation , se réjouit le papa.

Selon Michel, sa deuxième paternité fait rejaillir de bons souvenirs enfouis depuis longtemps, mais lui permet aussi d’en créer de nouveaux, qu’il compte bien graver dans sa mémoire.

Il y a des détails dont je ne me souviens pas du tout. Donc là, j’essaie d’emmagasiner le plus que je peux. Je suis gaga, c’est certain , dit-il avec un grand sourire.

Un homme sourit en tenant son fils dans ses bras.

« Le sentiment d’être confiant, d’être solide. Forcément, la vie c’est ça : vieillir, c’est la beauté, comme on dit, la sagesse. C’est ce que je souhaite démontrer », indique Michel à l'intention de son fils.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Bien sûr, certaines insécurités persistent.Quand il aura 10 ans, j’aurai tel âge, quand il aura 20 ans... Puis là, on fait toute cette mathématique-là, glisse notre interlocuteur.

Lorsqu’il se compare avec le jeune homme qu’il était lorsqu’il est devenu papa à la fin de la vingtaine, Michel se trouve néanmoins beaucoup plus calme, mais surtout plus disposé à en profiter. Comme il l'explique, il n’est plus en début de carrière ou en train de réfléchir à l’achat de sa première maison.

L’énergie c’est une chose, mais je pense que, justement, parce que je suis beaucoup plus établi et, évidemment, beaucoup plus '' relax '', il y a moins de pression, affirme Michel Bourgeois. Je suis à une meilleure place personnellement et physiquement pour ça.

Là, je peux profiter du moment et je le sais que c’est tellement précieux.

Michel Bourgeois

À l’aube de la cinquantaine, le papa compte faire le plein de bonheur, entouré de sa petite famille.

Ce qu’il y a de beau avec ça, c’est qu’un enfant, ça te ramène forcément à l’essentiel, puis à ce qui est vraiment important dans la vie, rappelle une Élyse comblée.

Un couple sourit à la caméra en tenant leur fils dans leurs bras.

« La réalité, c’est qu’il y a beaucoup de familles reconstituées, donc je pense que c’est quelque chose qu’on va voir de plus en plus et qui est vraiment d’actualité », affirme le père de famille.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Ottawa-Gatineau

Société