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Les promoteurs du REM accusés de manquer de transparence

Un panneau
La station Canora sera située sur la ligne Deux-Montagnes du REM. Photo: Radio-Canada / Romain Schué
Marie-Eve Cousineau

Des voisins de la future station Canora du Réseau express métropolitain (REM) dénoncent les façons de faire du promoteur. Le chef de l'opposition à l'Hôtel de Ville de Montréal, Lionel Perez, les appuie.

« On est dans le néant! On n’a pas d’informations », affirme Geneviève Comeau, qui habite depuis dix ans rue Chambois, à deux pas de la gare Canora, dans l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Depuis l’été dernier, sa cour arrière donne sur un chantier : celui de la future station du REM. Un projet de transport durable auquel elle croit, mais qui est devenu une véritable source d’anxiété.

Geneviève Comeau, avec en arrière-plan les pieux de la future station Canora du REMGeneviève Comeau, avec en arrière-plan les pieux de la future station Canora du REM Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Cousineau

« On a l’impression qu'on va venir mettre un grand éléphant vitré dans notre cour, puis on va perdre toute notre intimité, dit Geneviève Comeau. On va subir une pollution visuelle, une pollution lumineuse 24 heures sur 24. »

Écoutez le reportage de Marie-Eve Cousineau à l'émission Le 15-18

La petite gare actuelle, située à la sortie du tunnel sous le Mont-Royal, se trouve dans une tranchée. La future station Canora, d’une longueur d’environ 140 mètres, s’élèvera à 5,5 mètres au-dessus du talus. Le bâtiment, vitré, fera une large place au bois. Les rails demeureront dans la tranchée. Plus de 500 trains y circuleront chaque jour, contre une cinquantaine actuellement.

Claude Lacasse, en compagnie de sa conjointe Claudette Lambert, dans son atelier de restauration de meublesClaude Lacasse, en compagnie de sa conjointe Claudette Lambert, dans son atelier de restauration de meubles Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Cousineau

Des résidents de la rue Chambois demandent au promoteur CDPQ-Infra (une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec) de rendre publics les plans détaillés et définitifs du projet. Jusqu’à présent, un plan en élévation de la gare et une vue préliminaire en trois dimensions ont été présentés aux résidents lors d’une séance du comité de bon voisinage mis sur pied par le promoteur pour répondre aux questions des citoyens et les tenir au courant des travaux aux gares Canora et Mont-Royal.

« On nous dit que les plans définitifs ne sont pas faits pour la gare, dit Claudette Lambert. Comment peut-on déjà installer les bases d'une bâtisse alors qu'on n'a pas les plans définitifs? […] On nous prend pour quoi, on nous prend pour qui? » Depuis le début des travaux, son conjoint, dont la petite entreprise de restauration de meubles a pignon sur rue à deux pas de la gare, a vu son chiffre d’affaires baisser de 15 %.

Une situation inacceptable, selon Lionel Perez

Le chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville de Montréal, Lionel Perez, dénonce aussi le « manque de transparence » du promoteur du REM. Le conseiller de ville dans le district de Darlington dit avoir eu beaucoup de difficulté à obtenir les plans préliminaires de la gare soumis à la Ville de Montréal. Les fonctionnaires qui y ont accès ont signé des ententes de confidentialité, indique Lionel Perez.

« Ce n'est pas quelque chose qui est inhabituel, précise-t-il. Ce qui a été assez surprenant, c'est lorsque j'ai demandé d'avoir accès à ces plans préliminaires, on me les a refusés initialement. On m'a dit qu'on n'avait pas le droit de les soumettre ni aux élus ni aux autres personnes. » Lionel Perez a finalement pu les consulter, sur une base confidentielle.

Lionel Perez s’étonne que les plans définitifs concernant l’aménagement n’aient pas encore été divulgués. « On ne connaît pas les matériaux, dit-il. Il n’y a pas eu de rapports éoliens, de luminosité, d’ombrage avec le soleil. »

L’élu croit que CDPQ-Infra a tout intérêt à fournir rapidement ces informations. « On va pouvoir éliminer certains doutes, dit-il. On va pouvoir crever l'abcès de l'opacité ou bien des préjugés qu'on pourrait avoir et, au contraire, ça va avantager la Caisse de dépôt. »

CDPQ-Infra se défend

Le directeur des relations média de CDPQ-Infra, Jean-Vincent Lacroix, souligne qu’un comité de bon voisinage tient régulièrement des rencontres afin de maintenir un « dialogue continu » avec les citoyens.

Lorsque Radio-Canada lui demande si les plans définitifs existent, il répond que le travail se fait en continu avec les municipalités.

« On travaille avec les firmes d'architecture, indique Jean-Vincent Lacroix. Le travail se fait en continu parce que, justement, on travaille avec les municipalités. On a des rencontres régulièrement. On veut s'assurer que quand on présente des plans, ils soient commentés. [...] En ce moment-là, on est en train de finaliser ces éléments-là. On intègre aussi les commentaires qui émanent de notre travail. »

Dans un compte rendu du comité de bon voisinage, CDPQ-Infra indique qu'il a adopté le mode conception-construction, ce qui signifie que les volumes des stations peuvent être établis sans que le design soit finalisé.

CDPQ-Infra assure que la future station Canora s’intégrera bien à son environnement et respectera la vie privée des résidents avoisinants. « Tout le développement de l'architecture de la station prend en compte qu’il y a des gens riverains », dit Jean-Vincent Lacroix.

Le verre utilisé et le trajet de déplacement des utilisateurs préserveront l’intimité des voisins de la gare, soutient CDPQ-Infra. « Les quais sont à la hauteur des rails, donc, ils sont beaucoup plus bas, indique Jean-Vincent Lacroix. [La plus grande part] de la station, où les gens vont circuler, ce n'est vraiment pas un point de vue où il pourrait y avoir une vue dans la cour arrière des gens. »

La prochaine séance du comité de bon voisinage sera tenue le 27 février. CDPQ-Infra indique qu’un groupe de travail, qui se penchera sur la phase « opération du REM », sera mis en place d’ici le printemps.

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