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Le projet Royalmount « doit être revu », estime Valérie Plante

Valérie Plante a commenté le rapport Ryan sur Royalmount vendredi matin au salon Maisonneuve de l'hôtel de ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Jérôme Labbé

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, se rallie aux recommandations de la commission consultative sur les impacts du projet Royalmount, qui réclame « un temps d'arrêt » afin de repenser le projet de fond en comble. Elle demande aux promoteurs de retourner à la table à dessin.

À l'instar du rapport présenté jeudi par le président de la commission, Richard Ryan, Mme Plante estime que le projet immobilier doit être redéfini pour qu'il puisse bénéficier d'une acceptabilité sociale.

« Les Montréalaises et les Montréalais se sont exprimés de façon très claire : il y a un consensus et je m'engage à défendre ce consensus », a-t-elle promis en point de presse vendredi matin.

Le mégacentre commercial de 2 milliards de dollars doit voir le jour en 2022 à l'intersection des autoroutes 15 et 40. On y prévoit la construction de cinq hôtels, plusieurs tours de bureaux, 160 commerces, 75 restaurants, un parc aquatique, un aquarium, un cinéma, deux salles de spectacle et, depuis peu, une composante résidentielle.

Même si les travaux de démolition ont déjà commencé, la mairesse pense qu'il faut repenser le projet, ne serait-ce qu'en matière de transports, afin d’améliorer la qualité de vie des résidents du secteur.

« Si on veut que ça se fasse bien, si on veut que ce projet-là soit accepté socialement, il faut penser à l'offre commerciale, il va falloir évaluer comment on ne viendra pas cannibaliser tout autour; la question des accès, comment on va circuler dans le secteur; la question également de créer un milieu de vie... Si on veut faire de l'habitation, oui, mais on a bien entendu les commissions scolaires dire qu'on ne peut pas penser offrir 5000 unités sans réfléchir à ce qui est nécessaire pour les citoyens qui vont venir s'y installer! », s'est-elle exclamée.

Un pas de recul est nécessaire.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Concernant les moyens juridiques évoqués dans la première recommandation du rapport pour bloquer le projet s'il ne répond pas aux besoins de toutes les parties concernées, Mme Plante a dit espérer « ne pas [se] rendre là ». Elle dit vouloir procéder par étapes, à commencer par une rencontre avec le promoteur, la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec, et ce, même si la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau, a déclaré mardi qu'elle préférait pour l'instant rester à l'écart du dossier.

La réunion pourrait avoir lieu aussi tôt que la semaine prochaine. « Cette rencontre-là va nous amener à faire un diagnostic de l’état des travaux – où on en est dans le projet dans son ensemble – [...] partager clairement des préoccupations et demander au promoteur, entre autres choses, ce qui va être fait », a expliqué la mairesse.

Les arrondissements devront aussi être consultés, a ajouté Mme Plante. Le projet a été présenté comme local, mais ses impacts sont régionaux et majeurs, a-t-elle souligné, rappelant que le projet aura besoin d’infrastructures publiques pour se déployer.

Une maquette du projet.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Royalmount changera complètement le visage du « Midtown de Montréal ».

Photo : Carbonleo

Réagissant par communiqué, vendredi midi, Carbonleo a dit accepter l’invitation de la mairesse, ajoutant que « l’opinion favorable de cette dernière sur l’ajout d’un volet résidentiel offre de nombreuses et emballantes possibilités ».

« Nous saluons la volonté de la mairesse d’intensifier la concertation et de bonifier un projet qui possède un potentiel extraordinaire pour Montréal », écrit le promoteur. « L’ouverture de la mairesse est à notre avis un signal positif pour doter Montréal d’un nouveau quartier et d’une nouvelle destination qui fera l’envie de grandes métropoles. »

Dissidence

En désaccord avec « le tiers » des recommandations de la commission, le maire de Montréal-Est, Robert Coutu, a rappelé vendredi à Gravel le matin pourquoi il avait voté contre l'adoption du rapport, de pair avec son collègue Alex Bottausci, maire de Dollard-des-Ormeaux.

La première recommandation, selon lui, est particulièrement problématique.

« Un temps d'arrêt, c'est quoi? », a-t-il demandé, laissant sous-entendre que la suspension réclamée pourrait s'étirer dans la durée. « Et puis, le deuxième volet de la première recommandation, c'est d'utiliser tous les outils légaux requis pour imposer une suspension du projet. Là, on est complètement en désaccord. On n'a pas besoin d'aller là. »

Le maire de Montréal-Est, qui est aussi vice-président de la commission, déplore aussi que la Ville de Montréal souhaite « rouvrir le schéma d'aménagement » de l'île de Montréal et qu'elle tente de « gérer les revenus de taxations de la Ville » de Mont-Royal. Il craint que le promoteur n'entame des poursuites judiciaires, voire qu'il abandonne son projet, tout simplement.

Ainsi, MM. Coutu et Bottausci rédigeront un rapport de dissidence qui sera soumis au conseil d'agglomération le 27 février.

L'Association des municipalités de banlieue, dont ils font partie, a par ailleurs fait valoir ses arguments par voie de communiqué, vendredi midi, rappelant que le projet Royalmount respectait « parfaitement » le schéma d'aménagement. Celui-ci « est le résultat d’un large consensus des élus de toutes les villes liées, et il est regrettable que la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation suggère de réécrire les règles du jeu lorsque le résultat n’est pas satisfaisant aux yeux de certains élus », écrit son président, Beny Masella, qui est aussi maire de Montréal-Ouest.

M. Roy en point de presse à l'hôtel de ville de Mont-Royal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le maire Philippe Roy a rappelé vendredi que la Ville de Mont-Royal travaillait sur ce projet depuis plusieurs années.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Le maire de Mont-Royal, Philippe Roy, a repris les mêmes arguments lors d'un point de presse accordé vendredi après-midi. « Le campus de l'Université de Montréal, il va nous impacter grandement, il va créer du trafic sur le viaduc Rockland et [sur l'avenue] Beaumont; pourtant, il n'y a jamais personne qui est venu nous demander notre avis! », a-t-il souligné. « Pour une fois qu'il y a un projet majeur qui se situe [sur le territoire d'une ville liée], tout d'un coup, il faudrait changer les règles du jeu? Moi, je veux bien. Mais si on est pour changer les règles du jeu [...] changeons-les dans les deux sens. »

M. Roy a par ailleurs indiqué à Radio-Canada que sa municipalité venait tout juste de délivrer les permis à Carbonleo pour que le promoteur puisse procéder au coulage du béton dès l'arrivée du printemps.

Lionel Perez en entrevue dans la hall principal de l'hôtel de ville de Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef par intérim d'Ensemble Montréal, Lionel Perez.

Photo : Radio-Canada

Les élus de la Ville de Montréal restent toutefois unis à l'égard du rapport adopté jeudi soir. Il s'agit, après tout, d'un « enjeu apolitique », a fait valoir vendredi Lionel Perez, le chef de l'opposition officielle au conseil municipal. « Ce qu'on ne veut pas, par contre, c'est que ce temps d'arrêt demandé fasse tomber le projet », a-t-il ajouté, affirmant que, par le passé, le parti de la mairesse, Projet Montréal, « a été farouchement opposé à ce projet sous n'importe quelle forme ».

« Aujourd'hui, on entend un autre discours » de la part de la mairesse et de son cabinet, a admis le chef par intérim d'Ensemble Montréal. Mais « on espère que ce n'est pas une façon indirecte de faire ce qu'ils ne peuvent pas faire directement », a-t-il ajouté.

« Ils auront besoin de nous », dit Bonnardel

De son côté, le ministre des Transports, François Bonnardel, s'est prononcé pour la première fois sur le projet de Carbonleo, vendredi matin, en marge de la première rencontre du comité de suivi de la Politique de mobilité durable de son gouvernement.

Il a convenu que Royalmount risquait de causer une « congestion encore plus importante » et que, « présentement, dans le secteur de la 40 et de la 15, c’est extrêmement difficile ».

« Si jamais on a un projet comme celui-là, […] je veux réduire le temps dans l’auto », a-t-il affirmé, précisant que son ministère était disposé à s'asseoir avec les promoteurs et la Ville de Montréal.

« Ils auront besoin de nous, c’est indéniable », a insisté le ministre. « Ma collègue Chantal Rouleau devra travailler conjointement avec la Ville, s’asseoir et trouver des pistes de solution. »

« Maintenant, il y a un coût à tout ça », a-t-il néanmoins ajouté, énigmatique.

QS se réjouit

Le parti Québec solidaire (QS), qui avait proposé un moratoire sur Royalmount durant les consultations de la commission, s'est dit pour sa part « heureux » d'apprendre que ce « projet désuet » soit « remis en question ».

« Les seuls qui veulent de ce projet, ce sont les grands lobbys commerciaux et les promoteurs immobiliers », a-t-il déclaré dans une réaction écrite transmise vendredi après-midi.

« Si Mme Rouleau veut faire du développement économique du 21e siècle, ce n’est pas en se voilant les yeux et en laissant aller un méga centre d’achats au coin de deux autoroutes qu’elle va y arriver », a écrit la députée Ruba Ghazal, porte-parole de QS en matière de transition économique et énergétique.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine et Jean-Sébastien Cloutier

Grand Montréal

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