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Fracture profonde entre l’Ouest et le Québec, d'après les résultats d'un sondage

Une foule de manifestants brandit des pancartes indiquant en anglais: « we should be proud » et « I love oil and gas ».
Des manifestants propipeline à Calgary en novembre 2017. Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Marie-Christine  Bouillon

Un sondage de l'Institut Angus Reid démontre que les trois quarts des répondants de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba croient que le Québec est hostile à leur province. L'insatisfaction de ces provinces quant au traitement qui leur est réservé par le reste du pays est également proportionnellement plus élevée que dans les provinces de l'est. Quant au Québec, les résultats indiquent qu'il semble être plus isolé que jamais au pays.

Le taux de répondants qui considèrent le Québec comme une province alliée ne dépasse jamais 10 %, partout au Canada. Le sentiment que les relations sont tendues est encore plus présent en Alberta et en Saskatchewan, où respectivement 81 % et 74 % des répondants ont indiqué percevoir de l’hostilité de la part de la province francophone.

En Alberta et en Saskatchewan, la majorité des répondants ont indiqué qu'ils ressentaient de la frustration envers Ottawa et un sentiment de déconnexion par rapport au Québec. Si l’on en croit ce sondage, ce sont les divergences de visions concernant le secteur énergétique qui seraient au cœur de ce mécontentement. Six Canadiens sur 10  estiment que l’absence de nouveaux pipelines est la source d’une crise au pays.

Selon la majorité des participants à ce sondage, l’Alberta est, de loin, la province qui contribue le plus à la fédération canadienne, tout en recevant le moins.

Méthodologie

L’Institut Angus Reid a mené un sondage en ligne du 21 décembre 2018 au 3 janvier 2019 auprès d’un échantillon aléatoire représentatif de 4024 Canadiens adultes membres du forum Angus Reid. Le plan d’échantillonnage comprenait des échantillons plus grands que nécessaire dans certaines régions. Ces échantillons ont ensuite été pondérés afin de fournir un aperçu national. Les écarts dans ou entre les totaux sont dus aux arrondissements. Il est impossible de calculer une marge d'erreur sur un échantillon non probabiliste comme celui-ci. Le sondage est une initiative payée par l’Institut Angus Reid.

Un « sommet de mécontentement »

L’insatisfaction de nombreux Canadiens des provinces de l’Ouest envers Ottawa et le Québec se fait de plus en plus entendre. En 2018, des hommes d’affaires de l’Alberta ont créé un Comité d’action politique pour faire entendre leur voix. Le Projet Buffalo, nommé en référence à un projet de province unissant la Saskatchewan et l’Alberta dans les années 1900, vise à défendre les positions de la droite économique de l’Ouest. L’ancien premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, a contribué à la création de ce groupe. Il n’en est pas membre, mais agit comme conseiller et conférencier.

Malgré une certaine animosité envers le Québec, les membres du Projet Buffalo s’opposent à la séparation de la Belle Province, tout comme à l’indépendance des provinces de l’Ouest.

« Nous essayons de réparer un gâchis au sein de la fédération, et dans ce cadre, nous travaillons à rassembler les acteurs de la droite pour comprendre les défis et les difficultés. Mais il n’y a aucun doute, nous croyons que nous sommes plus forts en étant une seule et même nation », explique l’un des membres fondateurs de ce groupe, l’homme d’affaires albertain Bill Turnbull.

Il estime que le pays subit des changements importants et que la voix des acteurs économiques de l’Ouest doit se faire entendre.

« Chaque fois qu’il y a un premier ministre libéral francophone à Ottawa, il y a un énorme mécontentement dans l’Ouest, et il y a eu plusieurs exemples de cela dans l’histoire. On se trouve présentement probablement à un sommet de mécontentement. Et c’est encore la même chose : l’Ouest est laissé de côté », soutient-il.

Aliénation de l’Ouest

Selon le constitutionnaliste, professeur à l’Université d’Ottawa et ancien ministre au sein du gouvernement libéral du Québec entre 2003 et 2008 Benoît Pelletier, ce sentiment ne date pas d’hier. Il rappelle les fortes réactions dans l’ouest du pays lorsque le premier ministre Pierre Elliott Trudeau a mis en place le Programme énergétique national, entre 1980 et 1985.

« On se souviendra que l’Ouest avait très fortement et négativement réagi à la mise à place de ce programme. Et on a entendu dans les années qui ont suivi une expression qui semble revenir à l’avant-plan : aliénation de l’ouest », explique-t-il.

À l’émission Power and Politics, sur les ondes de CBC, mardi, le nouveau chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, n’a pas caché son indifférence face aux provinces productrices de pétrole.

« L’ouest du Canada a sa propre vision lorsqu’il est question d’énergie et de développement économique, et nous avons la nôtre. Faites vos affaires et nous ferons les nôtres », a-t-il lancé.

Quant au mécontentement de la Saskatchewan envers les politiques environnementales et énergétiques du Canada, il se fera entendre devant les tribunaux dans les prochaines semaines lors des audiences concernant la contestation du gouvernement de Scott Moe contre la taxe carbone imposée par le gouvernement de Justin Trudeau. Les séances doivent commencer le 13 février.

Avec des informations d'Adam Hunter de CBC

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