•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Archives
  • Rue Frontenac, le journal d’un lock-out

    Autocollant Rue Frontenac sur l'ordinateur portable d'un travailleur en lock-out du Journal de Montréal.
    Le site de nouvelles Rue Frontenac est né du lock-out au Journal de Montréal. Photo: Radio-Canada

    Il y a 10 ans, le Journal de Montréal déclenchait son premier conflit de travail en 45 ans d'existence. En guise de réponse, les travailleurs en lock-out ont fondé un site web d'information : Rue Frontenac. Nos archives témoignent de cette initiative née au cœur d'un climat de négociations tendu.

    Le 24 janvier 2009, 253 employés du Journal de Montréal se retrouvent en lock-out. Les dernières négociations entre le syndicat et l’employeur ont échoué. Québecor a décrété un lock-out, en vigueur depuis minuit.

    La nouvelle fait la une du Téléjournal ce soir-là.

    Alors que les syndiqués entament une première journée de piquetage, les cadres ont mis sous presse une édition du Journal de Montréal qui révèle leurs salaires.

    Une première salve est lancée.

    La journaliste Marie-Christine Valois revient sur les points sur lesquels les négociations ont achoppé.

    La direction de Québecor souhaite notamment augmenter la semaine de travail des employés, réduire leurs salaires, revoir leurs vacances annuelles et rendre possible un libre partage du contenu entre ses différents médias.

    Sur le virage numérique et la création d’un site web, le syndicat est accusé d’immobilisme.

    Afin de démontrer leur ouverture aux changements technologiques, les employés en lock-out envisagent ainsi de lancer un site de nouvelles.

    « Nous, on a l’intention de faire une guerre, on n’a pas l’intention de faire un journal », affirme Raynald Leblanc, président du Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal.

    Comme en témoigne cette annonce de la présentatrice Céline Galipeau au Téléjournal du 28 janvier 2009, RueFrontenac.com apparaît moins d’une semaine après le déclenchement du lock-out.

    Le site d’informations constitue un moyen de pression novateur.

    Il couvre d’abord et avant tout l’actualité et permet de garder bien occupés les travailleurs de l’information en lock-out. D’autre part, il vise à faire le point sur le conflit de travail et, puisqu’il s’annonce long, à le rappeler à l’esprit des gens.

    Avec son slogan évocateur, « Par la bouche de nos crayons! », Rue Frontenac se fera rapidement connaître. Le journal en ligne survivra tout au long du conflit.

    À partir de l’automne 2010, Rue Frontenac existera même sous une version papier gratuite, distribuée hebdomadairement à environ 50 000 exemplaires.

    Lendemains amers d'une fin de conflit

    Le lock-out au Journal de Montréal se termine le 26 février 2011.

    Étiré sur 25 mois, il s’agit du plus long conflit de travail dans l’histoire de la presse écrite au Canada.

    Signe que Rue Frontenac dérangeait, la direction de Québecor exigeait la fermeture du site d’information dans sa première offre de règlement, le 12 octobre 2010.

    Dans l’offre du 26 février 2011, la fermeture de RueFrontenac.com n’est plus exigée. L'offre patronale est acceptée dans une proportion de 64 %.

    C’est un peu l’atmosphère des lendemains d’une grande défaite.

    La journaliste Azeb Wolde Giorghis

    Le 28 février 2011, à la suite de l'annonce de la fin du lock-out, la journaliste Azeb Wolde Giorghis visite les locaux de Rue Frontenac pour Le Téléjournal/Montréal.

    Après plus de deux ans de conflit avec la direction, les journalistes interviewés ne se voient pas retourner au Journal de Montréal. Ils préféreraient demeurer au journal Rue Frontenac qu’ils ont mis sur pied et fait grandir durant cette période.

    L’équipe élabore un plan d’affaires afin d’évaluer si la survie du site est envisageable.

    La journaliste Azeb Wolde Giorghis rappelle que, ironiquement, le Journal de Montréal a été fondé en 1964 par Pierre Péladeau durant un conflit de travail à La Presse.

    Symbole d’une appartenance passée, une photo du fondateur du Journal de Montréal trône d’ailleurs sur un mur du quartier général de Rue Frontenac.

    C’est un choc, c’est clair, on y croyait beaucoup.

    Le journaliste David Patry-Cloutier

    Le 1er juillet 2011 marque la fin de l’aventure de Rue Frontenac.

    Comme l’explique le journaliste François Cormier au Téléjournal, c’est à regret que les artisans du site d’information mettent fin à leur collaboration.

    Rue Frontenac aura survécu quelques mois après la fin du lock-out du Journal de Montréal, mais son équipe d’une quarantaine de personnes travaillait bénévolement depuis deux semaines déjà.

    L’équipe serait passée à un cheveu d’une entente avec un acquéreur, mais n’aurait pas réussi à s’entendre sur un mode opérationnel.

    « À l’heure actuelle, ils [ les journalistes ] disent tous chercher un emploi et ils ne ferment pas la porte à créer un site Internet avec un autre modèle d’affaires », conclut le journaliste François Cormier en date du 1er juillet 2011.

    Encore plus de nos archives

    Archives

    Économie