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Le refroidissement éolien, un concept très discuté

L'écran d'un téléphone portable.

Certains météorologues estiment que la mesure du refroidissement éolien n’est pas une mesure utile ni précise.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Radio-Canada

Selon certains météorologistes, le refroidissement éolien est un concept subjectif, imprécis, trompeur, qui devrait être remplacé. Le refroidissement éolien décrit la sensation de refroidissement causée par l'effet combiné de la température et du vent.

Longtemps, les Winnipégois ont enduré le froid et les hivers longs. Et puis, ils ont appris à les célébrer.

Chaque fin de semaine, des milliers de personnes prennent d'assaut les patinoires et les sentiers aménagés le long de la rivière Assiniboine. Les sentiers de ski de fond autour de la ville sont très fréquentés et il n'est plus rare de voir des cyclistes dans les rues.

Mais, avant d'accepter l'hiver, les Winnipégois restent encore attachés à certains mythes au sujet du froid extrême à Winnipeg et qui ont la peau dure.

Dans leur célèbre chanson Prairie Town, les deux rockers winnipégois Randy Bachman et Neil Young parlaient de l'intersection Portage et Main, où il faisait « -50 » (degrés Celsius). Une telle température n'a pourtant jamais été enregistrée dans la capitale manitobaine.

Le plus froid que la ville a connu de la mémoire des météorologistes est de -47,8 °C, le 24 décembre 1879. Durant cette période, les nuits à -40 °C n'étaient pas rares pendant les hivers du sud du Manitoba.

Depuis 45 ans, ces nuits sont toutefois devenues rares. Selon le scientifique en chef de la société winnipégoise de prévisions météo Weatherlogics, Scott Kehler, la température n'a chuté sous les -40 °C que six fois à Winnipeg depuis 1974.

La dernière fois remonte au 5 février 2007 lorsque le mercure a atteint -41,7 °C.

« La fréquence des jours à -40 degrés est passée d'environ un par an, à environ un tous les huit ans, ce qui représente un changement important pour nous », explique le météorologiste Scott Kehler.

Mais qu'en est-il du refroidissement éolien?

De nombreux météorologues considèrent que le refroidissement éolien n’a aucune utilité.

« Le refroidissement éolien n'est pas réellement mesurable », estime Scott Kehler. « Il n’existe pas de capteur de refroidissement éolien. C’est une formule qui utilise d’autres éléments que nous pouvons mesurer, comme la température et la vitesse du vent », explique-t-il.

Un piéton marche dans le froid dans une rue de Winnipeg.

Un piéton marche dans une rue de Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Trevor Brine

Jusqu'en 2001, les météorologistes canadiens exprimaient le refroidissement éolien en calculant la vitesse à laquelle une surface de peau humaine exposée perd de l'énergie ou se refroidit.

L'indice du refroidissement éolien a été exprimé en watts par mètre carré et a été évalué entre 900 et 2600.

Un indice de refroidissement éolien de 1200 signifie qu'une personne pouvait supporter le froid extérieur en portant un chapeau, des gants et un manteau. Une valeur de 1800 signifiait que les écoles élémentaires garderaient probablement leurs élèves à l'intérieur pendant la récréation.

Et une note de 2400 provoquerait un avertissement de froid extrême, la peau humaine exposée pouvant geler en quelques minutes.

C'était un système efficace, mis à part le fait que peu de Canadiens qui travaillaient en dehors du monde complexe des sciences météorologiques en comprenaient la signification.

Un homme porte une parka sous la neige.

«Le refroidissement éolien n'est pas réellement mesurable», a déclaré le météorologue Scott Kehler.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Pour rendre le refroidissement éolien plus compréhensible, le Canada a changé la donne en 2001. Le refroidissement éolien est depuis exprimé en nombre censé représenter ce que serait la sensation de l'air extérieur si une personne exposait un peu de peau.

Depuis lors, les bulletins de nouvelles à travers le pays utilisent ce système, qui s'appuie sur la « sensation » et que certains météorologues considèrent comme non seulement subjectif, mais aussi inexact.

« Le système de refroidissement éolien actuel ne donne pas nécessairement une bonne idée de ce qu'on ressent réellement, car il suppose beaucoup de choses, comme le fait qu'on se trouve au milieu d'un champ ouvert », explique Scott Kehler, ajoutant que ce système s'appuie sur les mesures du vent et de l’air prises à l’aéroport international Richardson.

« Si on est une zone protégée, le refroidissement éolien dont on entend parler ne correspond pas vraiment à ce qu'on vit », indique-t-il.

Pour sa part, Natalie Hasell, une météorologue d'Environnement Canada affirme que la formule fonctionne bien.

« La grande majorité de notre rétroaction est vraiment positive par rapport à l'indice de refroidissement éolien », indique-t-elle, soulignant que l'ancien système avait lui aussi ses détracteurs.

Vers une nouvelle mesure?

Selon le météorologiste de CBC Manitoba, John Sauder, les Canadiens pourraient être mieux informés grâce à un nouveau système de refroidissement éolien qui combinerait la précision scientifique de l'ancien système avec l'accessibilité du nouveau.

Il propose d'exprimer le refroidissement éolien en nombre de minutes qu'il faut pour que la peau humaine gèle.

« Je préférerais que le nombre évoque le temps moyen qu'il faut pour que la peau exposée gèle parce que, en réalité, lorsqu'il s'agit du refroidissement éolien, il ne concerne que la peau exposée », dit-il. « Pourquoi ne pas utiliser une valeur, disons de 20, qui voudrait dire que la peau gèle en 20 minutes? »

Scott Kehler soutient cette idée.

« De cette façon, nous ne combinerions pas une mesure réelle comme la température de l'air à une valeur toute faite comme le refroidissement éolien », explique-t-il.

« Je pense que c'est quelque chose que nous devrions peut-être poursuivre à l'avenir », conclut-il.

Manitoba

Météorologie