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Embâcle sur le Saint-Laurent : Ottawa a-t-il failli à ses obligations?

Un vraquier se faufile à travers les glaces sur le fleuve Saint-Laurent.

Un vraquier navigue à travers les glaces sur le fleuve Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Radio-Canada

L'interruption du trafic sur le fleuve Saint-Laurent montre à quel point le transport maritime peut facilement être victime des aléas de l'hiver. Mais la Garde côtière canadienne (GCC), qui a le mandat d'assurer la fluidité du commerce sur ce corridor stratégique, se retrouve sur la défensive, tout comme le gouvernement fédéral.

Un texte de Marc Godbout

La direction de la Garde côtière passe un mauvais quart d’heure. Le téléphone sonne, le gouvernement demande des comptes.

Ottawa sent la pression. L’industrie maritime, les ports et certains grands joueurs de l’économie l’interpellent. Ils avaient à maintes reprises agité des drapeaux rouges en réclamant la construction de brise-glaces. La grogne vient à nouveau de s'installer, alors que le gouvernement était convaincu d’avoir calmé le jeu et pensait pouvoir naviguer plus calmement à l’approche de la campagne électorale.

La GCC devait savoir que le temps froid allait s’installer. Elle dispose d’une expertise et d’outils pour planifier et prévenir : météorologues, experts en glace, hélicoptères et caméras de surveillance. Autant de ressources pour optimiser le déploiement de ses brise-glaces.

Le problème n’est pas les outils, mais le manque de capacité en brise-glaces pour offrir un service optimal.

Un pilote et son copilote dans leur cabine

Un hélicoptère de la Garde côtière canadienne effectue une patrouille de surveillance des glaces sur le fleuve Saint-Laurent

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Déshabiller Pierre pour habiller Paul

Pendant que le blitz se déroule à la hauteur du lac Saint-Pierre, les événements des dernières heures permettent de faire ressortir la vulnérabilité du système.

Les normes de la Garde côtière prévoient que « lorsque l’état des glaces est moyen », un brise-glace « doit être sur les lieux dans un délai de cinq heures ». Ce délai d’intervention s’applique spécifiquement au fleuve Saint-Laurent et à la rivière Saguenay.

Or, depuis lundi, aucun brise-glace n’est disponible pour permettre le passage des vraquiers sur le Saguenay. Celui qui assurait le service a été envoyé en renfort pour briser l’embâcle sur le lac Saint-Pierre. Résultat : trois navires ne peuvent quitter les installations de Rio Tinto. Ils doivent attendre l’arrivée du CCGS Louis S. St-Laurent, stationné à Terre-Neuve. Le brise-glace n'arriverait pas avant vendredi.

Des employés sont assis devant des moniteurs.

Le centre opérationnel des glaces de la Garde côtière canadienne à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Depuis le retour des libéraux au pouvoir, trois ministres ont dirigé la GCC. Ils se sont fait rappeler, dans leurs cahiers de breffage, les risques économiques associés au manque de capacités en brise-glaces. Un exemple survenu en janvier en 2014 est cité :

Les ressources limitées en brise-glaces de la GCC ont nui à la capacité du port de Montréal d’exporter les céréales canadiennes. Les pertes pour l’industrie maritime et les partenaires commerciaux étrangers engendrées par l’arrivée tardive de l’aide de la Garde côtière ont été estimées à plus de 100 000 $ par navire pour chaque tranche de 24 heures de retard.

Extrait du cahier de breffage, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne

La grogne de l’industrie maritime s’explique aussi par le fait que, depuis la fin des années 1990, elle paie pour avoir droit aux services de brise-glace de la mi-novembre à la fin de mai, en vertu d’une entente avec Ottawa.

« Tous les navires battant pavillon national ou étranger qui effectuent un transit dans une zone de glaces sont assujettis au même taux de 3100 $ par transit », prévoit la Loi sur les océans.

Une photo en gros plan du brise-glace

Le brise-glace Des Groseilliers au quai de Trois-Rivières, en janvier 2018.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Mesures provisoires, la recette pour gagner du temps

Le gouvernement n’a toujours pas dit quand il allait investir dans des brise-glaces neufs. Il a plutôt opté pour des solutions provisoires, comme la conversion de trois brise-glaces commerciaux usagés, achetés en Europe.

Voici ce que précisait le communiqué lors de l’annonce l'été dernier : « Ils remplaceront les navires de la Garde côtière lorsque ceux-ci font l’objet de travaux d’entretien, de remise en état et de prolongation de la durée utile. »

Pourtant, Ottawa a déjà reconnu que les besoins continuent d’augmenter. Dans ses propres documents internes, une phrase revient régulièrement : « Ces dernières années, la Garde côtière fait face à une augmentation de la demande pour ses services de déglaçages dus aux conditions climatiques changeantes, aux plus longues saisons de glaces ainsi qu'à une augmentation globale de la demande en service de déglaçage. »

L’incident du lac Saint-Pierre est la chronique d’un problème annoncé.

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