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Des milliers de chasseurs boudent le registre québécois

Au Québec, les armes d'épaule doivent être immatriculées avant le 30 janvier 2019.

Photo : Radio-Canada

Vincent Maisonneuve

À six jours de la date limite pour l'enregistrement des armes à feu au Québec, à peine 20 % des armes d'épaule en circulation au Québec ont été immatriculées. Malgré les risques d'amende et les assouplissements annoncés par le gouvernement pour les convaincre, les chasseurs persistent : pas question d'appuyer le registre.

Le magasin Ferland Sport de Roxton Falls est une référence pour les chasseurs. Situé entre Granby et Drummondville, c’est le point de rencontre des chasseurs, de l'Estrie jusqu’au Centre-du-Québec.

Et ceux qui s'y rendent sont clairement contre le registre québécois des armes à feu. « 100 % des gens sont en désaccord avec ça, raconte Benoit Ferland. Les gens ont un peu tous la même opinion. Ils disent que l'immatriculation des armes ne donnera rien au bout de la ligne. »

Derrière le comptoir qui nous sépare du présentoir d’armes de chasse, Lucie Ferland est elle aussi convaincue.

La loi a été mal faite. Elle sert politiquement, seulement. Elle sert à rassurer des gens qui sont mal informés.

Lucie Ferland, du magasin Ferland Sport

Lucie et Benoit Ferland nous répètent ce que des centaines de chasseurs leur ont dit depuis un an. Avec son système d’immatriculation des armes, Québec veut rassurer les gens de la ville en « frappant encore sur la tête des chasseurs ».

Des chasseurs prêts à défier la loi

Sur les réseaux sociaux, une vingtaine de propriétaires de magasins de chasse sont opposés au registre. Des chasseurs parmi les plus influents ont pris la parole pour dénoncer le système d’immatriculation. Certains ont même annoncé vouloir défier la loi.

Sur Facebook, le chasseur Louis Gagnon a dit : « Je n’enregistrerai pas d’arme le 29 janvier. Pas pour me rebeller contre le gouvernement, mais pour respecter mes croyances ». M. Gagnon ajoute que l’immatriculation obligatoire ne fait « qu’entretenir les doutes » de la population à l’égard des chasseurs, en plus de nuire à l’industrie.

De plus, une vingtaine de municipalités rurales ont adopté une résolution qui demande à Québec d'abolir le registre.

« J'espère que le gros bon sens va arriver à un moment donné », dit Philip Tétrault, le maire de Warden, qui a adopté la résolution le 9 janvier dernier.

Les millions que ça va coûter cet enregistrement-là. C'est pas le voisin, ce n’est pas l'Ontario qui va payer, c'est nos impôts. Pis on en paye déjà assez.

Philip Tétrault, maire de la municipalité de Warden

Résultat : à 6 jours de la date limite, 80 % des armes de chasse en circulation au Québec n'ont toujours pas été immatriculées. Ce niveau d’abstention préoccupe ceux qui militent en faveur du contrôle des armes.

« Ça nous inquiète », lance Louise Riendeau, du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. « Ces gens-là [qui boycottent l’immatriculation] veulent faire la preuve que le registre n'est pas utile du fait qu'il y a peu d'enregistrements ou que le système va être embourbé en raison des enregistrements de dernière minute. »

Les représentants des policiers aussi s'inquiètent. « J'ose espérer que les gens vont se sensibiliser à enregistrer leurs armes à feu », dit le président de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, Robin Côté.

On considère que c'est un outil essentiel dans le travail des policiers. Quand on sait que 96 % des armes au Québec sont des armes d'épaule, comment voulez-vous que les policiers fassent leur travail si on ne sait pas où et qui a des armes?

Robin Côté, président de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec

Malgré la promesse de Québec de simplifier le processus d'inscription, les chasseurs restent campés sur leur position. Présent au moment de l’annonce, le directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, Alain Cossette, a rappelé à la ministre de la Sécurité publique que son regroupement souhaitait toujours l’abolition du registre.

Lucie Ferland, de Ferland Sport, demeure convaincue : l’immatriculation des armes ne servira à rien. « Ça va durer cinq ans et après on va dire : “Eh bien, ce n'est pas bon, et ça n'a rien changé!” Mais on va avoir dépensé combien d'argent? » Elle ajoute : « Le fédéral l'a faite, la loi. Elle n'a pas servi et elle a coûté des millions. Cet argent-là, ils auraient pu la mettre à d’autres fins beaucoup plus profitables pour les femmes. »

Il faudra voir maintenant si la menace d'amendes, variant de 500 à 5000 $, suffira pour convaincre les chasseurs d’enregistrer leurs armes.

Armes à feu

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