•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Juan Guaido « président par intérim » du Venezuela, reconnu par Washington et Ottawa

Le récit d’Azeb Wolde-Giorghis

Le président de l'Assemblée nationale du Venezuela, Juan Guaido, s'est déclaré président par intérim du pays à la place de Nicolas Maduro, devant des dizaines de milliers de ses partisans en liesse, mercredi, à Caracas. Alors que plusieurs pays, dont les États-Unis, ont immédiatement reconnu la légitimité de M. Guaido, Nicolas Maduro a aussitôt rompu les liens avec Washington.

Depuis une tribune érigée dans la capitale, Juan Guaido a prêté serment de façon symbolique devant ses partisans : « Je jure d'assumer formellement les compétences de l'exécutif national comme président en exercice du Venezuela pour parvenir [...] à un gouvernement de transition et obtenir des élections libres ».

C'est le seul moyen de sauver le pays de la dictature, a-t-il soutenu, défiant ainsi le président Maduro, dont la réélection est contestée par la communauté internationale.

« Nous savons que cela aura des conséquences », a crié le politicien de 35 ans, peu avant de disparaître dans un lieu tenu secret, en raison des spéculations d’une arrestation prochaine.

Des partisans de l'opposition participent à un rassemblement contre le gouvernement du président vénézuélien, le 23 janvier 2019.Des partisans de l'opposition participent à un rassemblement contre le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro et à la commémoration du 61e anniversaire de la fin de la dictature de Marcos Perez Jimenez à Caracas, le 23 janvier 2019. Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

La reconnaissance de sa légitimité par plusieurs pays de la région, mais aussi par les États-Unis et le Canada, n'a pas tardé, M. Maduro dénonçant pour sa part un coup d'État devant ses partisans.

M. Guaido avait appelé les Vénézuéliens à manifester dans les rues du pays le 23 janvier, date anniversaire d’un soulèvement populaire qui a entraîné le renversement du dictateur Marcos Perez Jimenez, en 1958.

Selon les autorités, sept manifestants anti-Maduro ont été tués.

Un porte-parole de l'opposition a précisé que quatre personnes avaient été tuées par balles dans la ville de Barinas, dans le sud-ouest du pays. Un porte-parole du bureau de la protection civile de l'État de Tachira a indiqué que le nombre de morts à San Cristobal était passé à trois.

Un officier de la police nationale tire des balles en caoutchouc lors d'une manifestation contre le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas au Venezuela, le 23 janvier 2019.Un officier de la police nationale tire des balles en caoutchouc lors d'une manifestation contre le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas au Venezuela, le 23 janvier 2019. Photo : Reuters / Stringer .

Les violentes manifestations de 2017 contre le président Maduro, qui ont fait 125 morts, restent gravées dans toutes les mémoires.

M. Maduro a invité l'armée à maintenir son unité et sa discipline, une réaction à la promesse du Parlement d'accorder une « amnistie » aux militaires qui refuseraient de reconnaître son nouveau mandat.

L'appel semble avoir été entendu, puisque l'armée vénézuélienne a rejeté l'autoproclamation de Juan Guaido. « L'armée défend notre Constitution et est garante de la souveraineté nationale », a affirmé le ministre de la Défense, Vladimir Padrino.

Washington appuie Guaido, Maduro rompt les liens avec les États-Unis

Le président américain, Donald Trump, a annoncé, dans un communiqué publié en début d'après-midi, qu'il reconnaissait officiellement M. Guaido comme président par intérim du pays. L'Assemblée nationale est « la seule branche légitime du gouvernement », y mentionne-t-il.

Prié un peu plus tard d'indiquer s'il pourrait envoyer des soldats américains au Venezuela, M. Trump a répondu : « Nous n'avons rien prévu, mais toutes les options sont envisagées ».

Le peuple du Venezuela a courageusement parlé contre Maduro et son régime, et a exigé la liberté et l'État de droit. Je continuerai à utiliser toute la puissance économique et diplomatique des États-Unis pour faire pression en faveur du rétablissement de la démocratie vénézuélienne.

Donald Trump, président des États-Unis

L’administration américaine pourrait d'ailleurs imposer des sanctions sur le pétrole vénézuélien dès cette semaine, selon des sources de l’agence Reuters.

Des centaines de personnes vêtues de rouge écoutent le président Maduro.Nicolas Maduro s'adresse à ses partisans depuis le balcon du palais présidentiel, à Caracas. Photo : Getty Images / LUIS ROBAYO

M. Maduro a répliqué en rompant les relations diplomatiques avec les États-Unis. Il a donné 72 heures au personnel diplomatique américain pour quitter le pays.

J'ai décidé de rompre les relations diplomatiques et politiques avec le gouvernement impérialiste des États-Unis. Dehors! Qu'ils s'en aillent du Venezuela; ici, il y a de la dignité, voyons!

Nicolas Maduro

Nicolas Maduro n'a pas l'autorité pour rompre les relations diplomatiques du Venezuela avec les États-Unis, a réagi le département d'État américain dans un communiqué.

M. Guaido a pour sa part pressé, par voie de communiqué, les ambassades de garder leurs diplomates dans le pays.

D'autres soutiens pour Guaido, dont celui du Canada

Dans un communiqué, la grande majorité des pays membres du Groupe de Lima, dont le Canada, ont également exprimé leur soutien au président intérimaire autoproclamé.

Créé en 2017 pour trouver une sortie de crise pacifique à la situation vénézuélienne, le Groupe de Lima rassemble des pays d'Amérique latine et le Canada.

Le Canada, le Brésil, la Colombie, l'Argentine, le Paraguay, le Pérou, le Chili, le Guatemala, le Costa Rica, le Honduras et le Panama ont réclamé de nouvelles élections « dans les plus brefs délais, avec la participation de tous les acteurs politiques et avec les garanties et les normes internationales nécessaires à un processus démocratique ».

Les 11 pays ont en outre demandé que soient garantis « le respect de la règle de droit, les droits fondamentaux de la population et la paix sociale ».

Depuis Davos, en Suisse, où elle participe au Forum économique mondial, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait quelques heures auparavant reconnu la légitimité de Juan Guaido, exprimant le « soutien complet » du Canada.

L'Organisation des États américains (OEA), basée à Washington, et le Conseil européen, qui représente les 28 États membres de l'Union européenne (UE), ont eux aussi salué l'arrivée de M. Guaido à la tête du pays.

Le Mexique, la Bolivie et Cuba ont cependant exprimé leur soutien à Nicolas Maduro.

Selon Mexico, qui fait aussi partie du Groupe de Lima, une solution démocratique doit être trouvée au terme d'un dialogue entre Vénézuéliens.

Une déclaration attendue

L'autoproclamation de M. Guaido, élu président de l'Assemblée nationale vénézuélienne au début du mois de janvier, était prévue.

Au lendemain de l'assermentation de Nicolas Maduro pour un second mandat de six ans, il avait dit être prêt à remplacer M. Maduro à titre de président du pays, ouvrant la voie à une nouvelle confrontation entre le pouvoir et l'opposition. Il a été brièvement détenu deux jours plus tard.

L'opposition considère que le mandat de Nicolas Maduro, qui dirige le pays depuis la mort d'Hugo Chavez, n'est pas légitime, puisqu'il a été élu lors d'un scrutin frauduleux boycotté par l'opposition.

M. Guaido avait toutefois prévenu qu'il lui fallait obtenir l'appui du peuple vénézuélien, de l'armée et de la communauté internationale pour réussir.

La Cour suprême du Venezuela, composée de fidèles du président Maduro, a ordonné une enquête pénale contre les membres de l'Assemblée nationale, en les accusant d'usurper les prérogatives du président vénézuélien.

Les chefs de l'armée vénézuélienne sont eux aussi considérés comme loyaux à M. Maduro, mais un groupe de 27 militaires s'est brièvement soulevé lundi dans une caserne située au nord de Caracas, en lançant des appels à l'insurrection. Ils ont été arrêtés.

Une trentaine d'émeutes ont eu lieu dans la foulée dans des quartiers populaires, traditionnellement acquis à M. Maduro. Des chars anti-émeutes ont même patrouillé dans les rues de la capitale dans la nuit de mardi à mercredi.

Une Assemblée nationale privée de pouvoirs

Des personnes participent à une manifestation alors que la police monte la garde à Caracas au Venezuela, le 23 janvier 2019.Des personnes participent à une manifestation alors que la police monte la garde à Caracas au Venezuela, le 23 janvier 2019. Photo : Reuters / Social Media

Le pays entre en territoire inconnu, avec la possibilité d’une opposition se retrouvant à la tête d’un gouvernement parallèle reconnu comme légitime sur la scène internationale, mais sans contrôle sur l’appareil de l’État.

L’Assemblée nationale vénézuélienne, dominée par l’opposition, a été dépouillée de tous ses pouvoirs par une Assemblée constituante dominée par des partisans du président Maduro, élu à l’été 2017 au terme d’un vote discrédité.

Le Venezuela est aujourd'hui un pays exsangue que ses citoyens fuient par centaines de milliers, en raison de la situation politique, mais aussi des conditions économiques désastreuses, marquées par des pénuries de produits de base.

Cette spirale a été accélérée par l'effondrement des cours du pétrole, qui compte pour 95 % des revenus du pays.

Selon le Fonds monétaire international, le PIB du Venezuela a chuté de 18 % l'an dernier et l'inflation atteindra 10 000 000 % en 2019.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

Amériques

International