•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La façon dont la fièvre combat l'infection expliquée

Une mère prend la température de son fille malade.
La fièvre est définie par une température supérieure ou égale à 38 °C. Photo: iStock / Sasha Suzi
Alain Labelle

La fièvre modifie certaines protéines à la surface des cellules immunitaires afin de les rendre plus aptes à voyager dans les vaisseaux sanguins pour atteindre une région infectée. Explications.

L’augmentation anormale de la température constante du corps (au-delà de 38 °C) est une réponse conservée au cours de l'évolution qui confère des avantages de survie pendant une infection, mais les mécanismes impliqués restaient mystérieux.

C’était avant les travaux du Pr JianFeng Chen et de son équipe de l’institut de biochimie et de biologie cellulaire de Shanghai, en Chine, qui ont réussi à mieux les expliquer.

La médecine savait déjà que pour atteindre le site d’une infection, les lymphocytes (cellules immunitaires) adhèrent aux vaisseaux sanguins pour ensuite transmigrer dans les tissus malades.

Une cellule lymphocyte T.Représentation artistique d'une cellule lymphocyte T. Photo : Radio-Canada

Durant cette étape, des molécules d'adhésion cellulaire appelées intégrines sont exprimées à la surface des lymphocytes. Ces molécules contrôlent en quelque sorte le trafic des lymphocytes pendant l'inflammation.

La fièvre favorise le trafic de lymphocytes vers le site de l'infection, de sorte qu'il y aura plus de cellules immunitaires dans la région infectée pour lutter contre l'agent pathogène.

Pr JianFeng Chen

L’équipe chinoise a découvert que :

  • La fièvre augmente l'expression de la protéine de choc thermique 90 (Hsp 90) dans les lymphocytes T. Cette protéine se lie à un type d'intégrine (α4) sur les lymphocytes qui favorise l'adhésion des lymphocytes aux vaisseaux sanguins et, en fin de compte, mène à une migration accélérée vers le site de l'infection.
  • La Hsp90 induite par la fièvre se lie à l'intégrine et induit son activation.
  • Une Hsp90 peut aussi se lier à deux intégrines, ce qui conduit à un regroupement d’intégrines sur la surface des lymphocytes. Résultat : les grappes d’intégrines activent une voie de signalisation qui favorise la transmigration des lymphocytes.

Nos résultats montrent que ce mécanisme s'applique non seulement aux lymphocytes, mais aussi aux cellules immunitaires innées comme les monocytes.

Pr JianFeng Chen

« Nous avons découvert que la Hsp90 ne peut être induite qu'à une température supérieure à 38,5 degrés Celsius. Un mécanisme ciblé et efficace, mais aussi réversible », explique le Pr Chen.

Les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Immunity (Nouvelle fenêtre) (en anglais) pensent également que d'autres types de stress que la fièvre peuvent induire l'expression de la Hsp90.

Nous pensons que dans différentes situations, telles que les maladies auto-immunes et le cancer, cette voie de l'intégrine Hsp90 — α4 peut être impliquée.

Pr JianFeng Chen

« Dans les maladies auto-immunes, la circulation anormale de cellules immunitaires vers différents organes ou tissus peut mener à la maladie. Or, si cette voie est bloquée, le trafic des cellules immunitaires peut être inhibé lors d'inflammations chroniques ou de maladies auto-immunes », conclut le chercheur.

Médecine

Science