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Le nouveau Guide alimentaire dur à avaler pour les producteurs laitiers

Des fromages

L'industrie laitière a fait part de ses désaccords après la diffusion du nouveau Guide alimentaire canadien.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Romain Schué

Écartée des consultations menées par Santé Canada pour l'élaboration du nouveau Guide alimentaire, qui recommande notamment de consommer moins de lait, l'industrie laitière s'émeut des conseils fournis par l'organisme public, qui n'a pas souhaité tenir compte des études qu'elle avait financées.

« C’est sûr, ce n’est pas une bonne nouvelle pour le secteur laitier », indique François Dumontier, directeur adjoint des Producteurs de lait du Québec, un regroupement affilié à l’Union des producteurs agricoles.

Ce dernier évoque un décalage entre les études scientifiques menées par sa profession « et les orientations du Guide », qui est utilisé entre autres pour élaborer des menus dans les milliers d’écoles et d'établissements de soin du pays.

Économiquement parlant, l’orientation prise par Santé Canada est aussi perçue comme un coup dur pour les Producteurs laitiers du Canada (PLC).

En début d’année, ces derniers craignaient « un effet » négatif « sur un secteur qui continue d’être affecté par les concessions accordées dans les récents accords commerciaux [de libre-échange] », qui ont ouvert la porte à l’importation de produits laitiers provenant de l’Union européenne, mais aussi des États-Unis et du Mexique.

Pour « une alimentation saine et équilibrée », il demeure « capital » de consommer des produits laitiers, a fait savoir le regroupement dans un communiqué mardi.

« La recherche continue de confirmer que les produits laitiers sont particulièrement importants pour la croissance et le développement optimaux des enfants et la préservation des os et des muscles chez les personnes âgées », peut-on également lire.

Désormais, dans le nouveau Guide alimentaire canadien, qui a supprimé sa recommandation de boire quotidiennement du lait, l’ancien groupe intitulé « lait et substituts » est intégré dans celui des « aliments protéinés ». Celui-ci regroupe ainsi les lentilles, les viandes maigres, le poisson ou encore le yogourt, symbolisant les produits laitiers.

Cette décision « préoccupe » Isabelle Neiderer, directrice du département nutrition et recherche pour les PLC.

« Tous les aliments de cette catégorie n’ont pas le même profil nutritionnel. Ça va mêler les gens, c’est mon inquiétude », assure-t-elle, en mentionnant la « richesse des produits laitiers en calcium et en vitamine D ».

« C’est ce qui manque dans l’alimentation d’une majorité de Canadiens », ajoute-t-elle.

Si quelqu’un disait de ne manger que des produits laitiers, ce ne serait pas optimal. Mais c’est la même chose pour les autres aliments protéinés. En ne prenant que d’autres sources de protéines, il y aura des manques de potassium et de calcium chez les consommateurs.

Isabelle Neiderer, directrice du département nutrition et recherche

Une indépendance saluée

Les nutritionnistes et spécialistes de la santé interrogés par Radio-Canada se montrent quant à eux ravis de l’orientation prise par Santé Canada, qui « a su garder son indépendance et ne pas céder à la pression des industries du lait et des transformations alimentaires  », juge Corinne Voyer, directrice de Coalition poids.

Si le lobbying pressant autour du Guide a régulièrement été dénoncé au fil des années et des nouvelles versions de ce document de référence, la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas-Taylor, a certifié qu’aucune guerre n’est lancée contre les produits laitiers.

« Nous reconnaissons absolument que les produits laitiers sont une bonne source de calcium et de vitamine D », a-t-elle déclaré au cours d’une conférence de presse mardi matin.

Une partie de la population ne consomme pas de produits laitiers. On veut s’assurer de rencontrer tout le monde.

Ginette Petitpas-Taylor, ministre de la Santé
La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas-Taylor

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas-Taylor, se félicite d'avoir « simplifié » la compréhension de ce Guide alimentaire.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Le lait n’est « pas essentiel », selon des nutritionnistes

Bien que l’eau soit désormais mentionnée comme « la boisson de premier choix », il est noté, en complément de ce Guide de deux pages, que « des options de boissons non sucrées […] peuvent comprendre le lait le plus faible en gras, les boissons végétales, le café et le thé ».

Les produits laitiers restent des aliments qui demeurent intéressants, mais ils ne sont pas essentiels à la santé.

Catherine Lefebvre, nutritionniste

Comprenant qu’une absence de recommandation claire pour consommer des produits laitiers puisse « choquer », la nutritionniste Catherine Lefebvre s’étonne plutôt de la place prise par ces conseils lors de versions précédentes du Guide.

Entrevue avec Catherine Lefebvre, nutritionniste, et Louise Lambert-Lagacé, diététiste clinicienne

« Ce qui est surprenant, c’était de voir, encore en 2007, que le lait était un groupe alimentaire à part et que l’on recommande de prendre deux à quatre portions par jour. La marge est énorme », ajoute-t-elle, tout en ouvrant la porte à une consommation modérée.

« Si les gens mangent moins d’aliments transformés et de boissons sucrées, ce sera plus bénéfique que de se priver de quelques morceaux de fromage de temps en temps. Le fromage demeure une option, mais on n’est pas obligé d’en manger tous les jours. »

Au fil des années, « l’offre alimentaire a changé », rappelle la nutritionniste Hélène Laurendeau. « D’autres options sont là maintenant, comme des boissons végétales. Même au sein des produits laitiers, il y a une grande variabilité de produits qui n’existaient pas avant. »

Mercy For Animals félicite Santé Canada

Mercy For Animals, une organisation internationale de défense des animaux d’élevage, félicite Santé Canada d'encourager les citoyens « à consommer plus de protéines végétales ». « Ces recommandations vont non seulement améliorer les résultats pour la santé des Canadiens, mais aussi atténuer les effets néfastes de l’élevage industriel sur notre environnement et sur les animaux », a indiqué Courtney Dobbin, responsable des projets spéciaux chez Mercy For Animals au Canada, dans un communiqué.

Des « proportions » saluées

Le choix d’éliminer la notion de portions à consommer a également été salué, tout comme l’abandon des catégories d’âge et de sexe.

Selon Hélène Laurendeau, qui évoque « une révolution » avec la mise à jour de ce Guide, « les portions et ce côté comptable de la nutrition, ça amenait de la confusion pour les gens qui ne comprenaient pas et ne se sentaient pas impliqués ».

« Les besoins ne sont pas les mêmes pour moi ou pour une autre personne de mon âge qui est athlète olympique. Parler désormais de proportions permet d’être plus à l’écoute de notre faim et de notre sentiment de satiété », explique Catherine Lefebvre.

« Historiquement, ajoute-t-elle, le concept des groupes alimentaires et des portions, c’était pour prévenir des carences nutritionnelles. L’objectif de ce Guide, maintenant, n’est plus le même ».

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