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Suicidaire, il est expulsé de sa résidence universitaire

Silhouette d'un jeune devant un cours d'eau.

Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les personnes de 15 à 24 ans, après les accidents.

Photo : getty images/istockphoto / stevanovicigor

Simon-Pierre Poulin

À l'automne 2016, un étudiant de l'Université de l'Alberta âgé d'à peine 18 ans tente de s'enlever la vie. À sa deuxième sortie de l'hôpital en moins d'un mois, l'administration universitaire le rencontre. Au lieu de lui offrir l'aide nécessaire, un membre du personnel lui remet un avis d'expulsion : il doit quitter sa résidence étudiante sur-le-champ en raison de la violation de son contrat.

Vous avez avoué avoir tenté de vous mutiler. Par conséquent, vous ne respectez pas votre contrat, lequel exige que le résident ne mette pas en danger des personnes et n'endommage pas la propriété. Votre geste n'a pas sa place dans un milieu académique, et c’est pourquoi vous êtes expulsé de votre résidence, immédiatement.

Extrait de la lettre remise à Eric par l’Université de l’Alberta

« Je n’y croyais pas, raconte l'étudiant. J’étais puni pour ma détresse alors que je n’ai mis personne d’autre que moi-même en danger. » Celui que nous appellerons Eric, pour protéger son identité et sa réputation, souffrait alors de dépression.

Entraîné depuis plusieurs mois dans « une spirale de désespoir », il avait tenté de s'enlever la vie une première fois dans sa résidence. La police était intervenue juste à temps. À sa sortie de l'hôpital, l'Université lui avait remis une liste de numéros de téléphone et lui avait fait promettre de contacter ces personnes en cas de besoin.

« Je n’ai pas appelé, admet-il. Ça se fondait sur la prémisse que quelqu’un qui veut mettre fin à ses jours ne souhaite pas réellement le faire, mais qu’il veut simplement discuter au téléphone. » Quelques jours plus tard, la mort l'habitait toujours. L'étudiant essaie à nouveau de s'enlever la vie. Cette fois, l'Université sévit.

La détresse d’Eric n'est pas rare : près d'un étudiant canadien sur sept souffre de dépression, selon une enquête menée l'an dernier. Plus préoccupant encore, une minorité d'entre eux cherchent de l'aide, selon l'étude de l'American College Health Association.

Une décision qui s’explique mal

L'Université de l'Alberta peine aujourd’hui à expliquer comment une telle expulsion a pu être approuvée. Le doyen aux affaires étudiantes, André Costopoulos, maintient que son administration n’expulse jamais des étudiants « parce qu’ils ont des pensées suicidaires. »

Le doyen refuse de commenter le cas spécifique d'Eric, mais laisse entendre que la décision aurait pu être fondée sur une mauvaise information. L'Université a depuis tenté de contacter Eric, mais le mal était fait.

Pour l’association des étudiants, la situation est inadmissible. Le vice-président aux affaires étudiantes, Andre Bourgeois, soutient que les universités ont le devoir d’offrir des soins aux étudiants qui ont des problèmes de santé mentale. Il regrette que les services d'aide disponibles sur le campus soient de plus en plus centralisés, de plus en plus loin des étudiants.

En tentant de simplifier le système, l'Université se nuit. La complexité des soins en santé mentale exige une approche plus flexible qu'un simple guichet unique.

Andre Bourgeois, vice-président aux affaires étudiantes, Association des étudiants de l'Université de l'Alberta

Mara Grunau est du même avis. Celle qui dirige le Centre de prévention du suicide de Calgary souligne que les enjeux de santé mentale ont toujours plusieurs causes. Elle observe souvent chez les étudiants une pression pour parvenir à tout prix au succès. Elle explique aussi que les symptômes de nombreuses maladies mentales ne se révèlent qu'à la fin de l'adolescence.

Dans ce contexte, il importe que les étudiants aient confiance qu’ils recevront l'aide nécessaire quand ils la demandent.

Mara Grunau, directrice, Centre de prévention du suicide de Calgary

Entre-temps, les corridors de l'Université de l'Alberta sont tapissés de slogans réconfortants : « Apprends à t'aimer », « Prends une pause », « Trouve ton équilibre ».


Depuis 2017, cinq étudiants de l'Université de l'Alberta se sont enlevé la vie.

Eric espère que son histoire réduira ces sombres statistiques. Toujours aux études, il lutte encore contre sa dépression.

Si vous ou un de vos proches luttez contre des idées suicidaires, vous pouvez rejoindre en tout temps et sans frais le service de crises du Canada au 1 833 456-4566.

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