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5 ans après la tragédie de L'Isle-Verte, la sécurité des aînés est devenue une priorité

Les mains d'un homme âgé assis sur son lit.

Depuis la tragédie de la Résidence du Havre, les normes imposées aux résidences pour personnes âgées ont été resserrées.

Photo : iStock

Julie Tremblay

Il y a cinq ans, la Résidence du Havre brûlait à L'Isle-Verte. 32 aînés y ont péri. Depuis cette tragédie, la sécurité des aînés est devenue une priorité. Mais alors que les services incendie sont mieux outillés et que les normes régissant les résidences pour personnes âgées ont été resserrées, il reste encore beaucoup de travail à faire pour éviter de telles tragédies.

Il y a plusieurs années, c'était tout le monde qui pouvait garder des aînés. Maintenant, il y a des normes pour les protéger, affirme la directrice générale adjointe du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Chantal St-Onge.

Selon elle, c'est l'une des principales choses qui a changé depuis la tragédie de L'Isle-Verte : la sécurité des aînés est devenue une préoccupation constante.

Le coroner et commissaire aux incendies, le défunt Cyrille Delâge, a mené 
la Commission d'enquête publique sur l'incendie de L'Isle-Verte.

Le coroner et commissaire aux incendies, le défunt Cyrille Delâge, a mené la Commission d'enquête publique sur l'incendie de L'Isle-Verte.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Depuis le rapport du coroner Delâge, en février 2015, Québec a investi dans la formation des pompiers, a incité les petits services incendie à se regrouper pour être plus efficaces (ils sont passés de 708 à 659 depuis 2014) et a obligé l'installation de gicleurs dans les résidences pour personnes âgées.

Toutefois, le gouvernement n'a jamais aboli la clause de droit acquis, dite clause grand-père, qui permet aux pompiers ayant été certifiés avant 1998 de ne pas actualiser leur formation. Selon le coprésident de l'Association des chefs en sécurité incendie du Québec, Jean Melançon, c'est entre autres pour ne pas priver les municipalités de ressources précieuses.

[Il y a ] 1200 municipalités, il y en a au-dessus de 1100 qui ont 5000 de population et moins. Quand t'es dans un service qui dessert 5000 de population ou moins, tu ne peux pas beaucoup te permettre de ne pas utiliser l'ensemble de tes ressources.

Jean Melançon, coprésident de l'Association des chefs en sécurité incendie du Québec

Malgré nos demandes, le ministère de la Sécurité publique n'a pas pu nous dire combien de pompiers bénéficiaient toujours de cette clause. Dans la MRC de Rimouski-Neigette toutefois, il n'en reste que quatre, soit la moitié moins que deux ans plus tôt. Le Ministère analyse toujours la possibilité d'abolir la clause grand-père.

Des gicleurs et du gardiennage, mais à quel prix?

Après la tragédie de L'Isle-Verte, Québec a exigé que des gicleurs soient installés dans toutes les résidences pour aînés certifiées d'ici décembre 2020. À près de deux ans de cette échéance, près de la moitié des résidences sont conformes.

Selon le RQRA, il est très peu probable que l'ensemble des résidences réussissent la ciblepuisque les résidences doivent financer 100 % des travaux avant d'obtenir la subvention, échelonnée sur 5 ans.

On a vu beaucoup de fermetures, on voit aussi des changements de vocation. [...] Si les petites résidences se transforment en immeubles locatifs, il n'y a plus de contrôle sur la sécurité.

Chantal St-Onge, directrice générale adjointe du RQRA

Depuis 2014, 323 résidences ont fermé leurs portes, notamment par manque de ressources financières. La majorité d'entre elles comptaient moins de 50 résidents, selon le RQRA.

Chantal St-Onge est directrice générale adjointe du Regroupement québécois des résidences pour aînés.

Chantal St-Onge est directrice générale adjointe du Regroupement québécois des résidences pour aînés.

Photo : Radio-Canada

En ce qui a trait au gardiennage, Québec exige une surveillance adaptée au nombre de résidents et à leur degré d'autonomie, ce que bon nombre de résidences ne peuvent toutefois pas s'offrir.

Si je rajoute une surveillance 24/7, ça fait environ 100 heures par semaine qu'il faut que je compte. Ça équivaut à 300 $ par mois par logement. J'ai plusieurs personnes qui gagnent en bas de 20 000 $ par année. Ils n'ont pas les moyens de payer cette hausse-là.

Nadia Thibault, directrice du Manoir Alphonse-Beaulieu, à Rivière-Bleue

Québec permet cependant que cette surveillance soit faite par un bénévole ou un résident. On a de la misère à trouver un bénévole pour faire une heure d'activités par semaine, de là à trouver 100 heures de nuit, je ne suis pas sûre de trouver, déplore Mme Thibault. Comme la moyenne d'âge des résidents du manoir qu'elle gère est de 85 ans, elle doute que de confier la surveillance à un résident soit approprié.

Apprendre des erreurs du passé

Alors qu'une dame de 93 ans a été retrouvée morte gelée à l'extérieur d'une résidence pour aînés de Montréal en début de semaine après une alerte incendie, le gouvernement caquiste s'est montré ouvert à faire les ajustements nécessaires pour assurer la sécurité des aînés.

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a aussi affirmé qu'il est primordial d'aider les petites résidences à se conformer aux normes. Selon elle, un programme pourrait être mis en place pour faire en sorte que les gens puissent rester dans leur communauté, et ainsi éviter la fermeture des petites résidences.

Ça va s'accélérer, c'est une de mes priorités. Je ne peux pas tout vous annoncer parce que le programme doit être approuvé par le Conseil du Trésor, a affirmé la ministre.

Avec la collaboration de Denis Leduc

Bas-Saint-Laurent

Prévention et sécurité