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Une technologie verte saskatchewanaise pourrait-elle survivre grâce à la taxe carbone?

Bâtiment de l'Unité 3 e la centrale au charbone de Boundary Dam à Estevan.

L'unité 3 de la centrale au charbon de Boundary Dam à Estevan, en Saskatchewan, est la première au monde à avoir réussi l'implantation du captage et stockage de CO2.

Photo : Radio-Canada

Andréanne Apablaza

Alors que les provinces canadiennes sont divisées sur l'adoption d'une taxe sur le carbone, plusieurs experts s'entendent pour dire qu'une telle mesure faciliterait le développement du captage et de stockage de CO2 (CSC), une technologie indispensable, selon eux, pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris.

La centrale au charbon de Boundary Dam 3, près d’Estevan en Saskatchewan, a été la première à utiliser avec succès la technologie CSC. Depuis le début de ses opérations, la centrale a capté 2,5 millions tonnes de CO2, l’équivalent des émissions produites par plus de 615 000 voitures annuellement.

Après ses débuts en Saskatchewan, cette technologie est maintenant en croissance à travers le monde. Il y a 18 installations en activité et 25 autres sont en voie de le devenir.

Au Canada, quatre de ces projets sont déjà en activité ou en processus de développement.

Selon le vice-doyen de la faculté de Génie de l’Université de Regina Amr Henni, plus il y a de taxes sur le carbone, plus les projets de captage et de stockage du carbone deviennent rentables.

Les entreprises polluantes qui captent leurs émissions de CO2 au lieu de les rejeter dans l'atmosphère pourraient économiser des sommes considérables en évitant de payer une telle taxe. Cela inciterait les entreprises à investir dans le CSC et permettrait du même coup d’atténuer le manque d’investissements dans la technologie. Un des plus grands défis de ce type de projet, selon M. Henni.

« Plusieurs compagnies comme Shell, qui produisent du pétrole et du gaz, et qui ont des technologies de captage de CO2, sont vraiment intéressées à vendre la technologie à travers le monde, mais elles attendent qu’il y ait une décision, est-ce qu’il y aura une taxe carbone ou pas », explique le professeur.

Un homme en costume, assis à une table répond à un journaliste hors champs.

La baisse du prix du baril provient d'une surproduction inattendue, selon Amr Henni.

Photo : Radio-Canada / Patrick Foucault

En Alberta par exemple, le projet Quest de Shell, situé près d’Edmonton, a permis d’absorber 1,3 million de tonnes d'émissions de CO2 lors des 13 premiers mois d’opération grâce au CSC.

Le projet de 1,3 milliard de dollars, financé principalement par les deux paliers de gouvernement, sert à isoler les émissions provenant de l'usine de traitement de bitume et à les enfouir deux kilomètres sous la terre.

La pétrolière ne génère aucun revenu grâce à ce projet de CSC, mais elle économise en ne payant pas la taxe sur le carbone provinciale pour les émissions qui sont captées et enfouies.

Taxer le CO2 et le vendre?

Le Global CCS Institute, une organisation qui a comme objectif d’accélérer le déploiement et l'application commerciale de projets de CSC partage l’avis du professeur Henni.

« Pour réduire les coûts, rendre la technologie plus commerciale, nous devons déployer davantage de projets. Et à ce stade-ci, un incitatif est nécessaire. Cela peut être un prix sur le carbone, ou bien une valeur ajoutée au carbone », explique John Scowcroft, un conseiller au sein de cette organisation.

Certains projets de CSC, comme Boundary Dam 3, captent le CO2 et le vendent aux entreprises pétrolières. Celles-ci utilisent le CO2 pour fabriquer un solvant qui réduit la viscosité du pétrole et facilite son déplacement jusqu’aux puits.

Selon Amr Henni, le prix du pétrole canadien influence la demande en CO2.

« Si on augmente la capacité de production des compagnies pétrolières canadiennes, ça devrait augmenter le prix du pétrole canadien, et le besoin en CO2 », ajoute le professeur.

Il ajoute que moins les entreprises ont de revenus, moins elles investissent dans la recherche pour améliorer le CSC ou pour faire des avancées sur le plan des énergies renouvelables.

Une technologie de moins en moins coûteuse

Le pdg du Centre international de connaissances du CSC, Mike Monea, se fait plus prudent quant à l’influence de la taxe carbone sur la technologie.

« Dans de nombreux cas, nous voyons des résultats d’une taxe sur le carbone, mais chaque pays en a une version différente et c’est une cible mouvante. Cela doit être spécifique à un pays, une province ou un état », souligne-t-il. « Cela pourrait avoir un effet positif, mais les taxes peuvent avoir de nombreuses conséquences pour le public et pour l’industrie. »

John Scowcroft ajoute de son côté qu’une des raisons qui encouragent les pays et les entreprises à adopter la technologie est la lutte aux changements climatiques.

« Pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, le CSC sera un élément essentiel de la série de technologies et d'actions nécessaires pour faire face au changement climatique », dit le conseiller au Global CCS Institute.

Mike Monea va dans le même sens. « On a en quelque sorte besoin de tout. On a besoin d'une puissance de base, et on doit optimiser nos énergies renouvelables. On a besoin de vent, d'hydro-électricité, d’énergie solaire, on a besoin de tout, d’énergie fiable et bon marché », explique le pdg.

Il estime qu’il est faux de croire aujourd’hui que le CSC est trop coûteux et inefficace.

Selon une étude menée par le Centre international de connaissances du CSC, un nouveau projet de cette technologie pourrait être mis en place à l’usine Shand, une autre usine de SaskPower située dans le sud de la Saskatchewan. Ce projet pourrait être instauré au tiers du coût du projet de Boundary Dam 3. Il permettrait aussi de capter deux fois plus d’émissions que le premier projet saskatchewanais.

Un porte-parole du gouvernement a fait savoir lundi qu’une taxe sur le carbone n'est pas nécessaire pour stimuler l'innovation, que ce soit le CSC ou toute autre technologie.

« Si le gouvernement fédéral veut vraiment réduire les émissions, il devrait se tourner vers la technologie de captage et de stockage du CO2 de Boundary Dam 3 et sur la manière dont elle peut être implantée dans le monde entier pour réduire les émissions », a écrit l’agent des relations avec les médias, Dale Hunter.

La Saskatchewan se rendra en cour en février pour s’opposer à la taxe carbone du gouvernement fédéral.

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