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Se politiser pour lutter contre l’antibilinguisme

Environ 200 personnes ont participé à la discussion sur l'antibilinguisme au Nouveau-Brunswick. Parmi la foule, on comptait des sénateurs, des députés et des dirigeants d'associations et de groupes d'intérêt.
Environ 200 personnes ont participé à la discussion sur l'antibilinguisme au Nouveau-Brunswick. Parmi la foule, on comptait des sénateurs, des députés et des dirigeants d'associations et de groupes d'intérêt. Photo: Radio-Canada / Catherine Allard
Catherine Allard

Que faire contre l'antibilinguisme au Nouveau-Brunswick? Un panel d'experts rassemblés à Moncton, mardi, croit que le respect des droits des francophones passe par la politique et l'action citoyenne.

Spécialistes des droits linguistiques, politologues, sociologues et historiens ont tenté de trouver des solutions à l'antibilinguisme qui sévit dans la province, lors d'un forum public à l'Université de Moncton.

Huit panélistes ont échangé entre eux et avec le public, devant une foule attentive d’environ 200 personnes, composée notamment de sénateurs, de députés, de dirigeants d’associations et de groupes d’intérêts, de professeurs, d’étudiants et de membres du public.

Le sociologue Joseph Yvon Thériault a affirmé, dès les premières minutes de la discussion, que les Acadiens doivent refaire de la question linguistique une question politique.

La discussion rassemble huit panélistes experts en différents domaines, dont les droits linguistiques, la science politique, la sociologie et l’histoire.La discussion rassemble huit panélistes experts en différents domaines, dont les droits linguistiques, la science politique, la sociologie et l’histoire. Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

L'idée de politiser l’enjeu des droits linguistiques pour faire avancer les choses est revenue à plusieurs reprises dans le discours des panélistes.

Selon eux, il n’est pas nécessaire de former un parti politique, mais il est crucial de mener des actions citoyennes plus fortes.

Un appel à la mobilisation

La politologue Stéphanie Chouinard a appelé les Acadiens à se prévaloir aussi de leurs droits autres que linguistiques, comme la liberté d’expression et d’association ou le droit de vote. Pensons à d'autres lieux de pouvoir, où les Acadiens peuvent faire avancer leur cause, a-t-elle dit.

La politologue Stéphanie Chouinard en entrevue à Radio-Canada Acadie.La politologue Stéphanie Chouinard en entrevue à Radio-Canada Acadie. Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Comme ses collègues, le politologue Christophe Traisnel croit que les francophones doivent s’imposer davantage dans la sphère publique.

On ne peut pas faire une société avec des droits qui sont octroyés par la majorité. On doit se prendre en charge et se politiser. On doit frapper du poing sur la table et hausser la voix, parce que d’autres haussent la voix pour nous dénier.

Christophe Traisnel, politologue
Le politologue Christophe Traisnel croit que les Acadiens et les francophones peuvent se faire entendre davantage dans la sphère publique. Le politologue Christophe Traisnel croit que les Acadiens et les francophones peuvent se faire entendre davantage dans la sphère publique. Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Son intervention n’a laissé personne indifférent. Le nationaliste acadien Jean-Marie Nadeau a notamment pris la parole lorsque le public a été invité à poser des questions. Il a dénoncé, avec le sourire toutefois, le fait que ça nous prenne un “ maudit français ” pour nous rappeler que le terme “ acadien ” n'apparaît dans aucun texte de loi, en parlant du politologue Christophe Traisnel, originaire de France.

Le militant acadien Jean-Marie Nadeau a pris la parole lors de la discussion publique. Selon lui, les termes comme « minorité » sont réducteurs. « Je ne suis pas minoritaire, je suis égalitaire. »Le militant acadien Jean-Marie Nadeau a pris la parole lors de la discussion publique. Selon lui, les termes comme « minorité » sont réducteurs. « Je ne suis pas minoritaire, je suis égalitaire. » Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

L’historien Maurice Basque a pour sa part dénoncé le fait qu’on oublie trop souvent l’Acadie du quotidien, et qu’on préfère investir des millions de dollars dans des festivals tous les cinq ans, comme le Congrès mondial acadien. Selon lui, il est primordial d’investir davantage dans la sphère politique.

Le bilinguisme est-il le problème des francophones?

Les experts ont souligné que le bilinguisme est souvent perçu et traité comme une affaire de francophones. Selon eux, la situation pourra seulement réellement évoluer lorsque les Acadiens arriveront à convaincre la majorité anglophone de l’importance du bilinguisme officiel.

La politologue Stéphanie Chouinard croit qu’il y a une certaine incompréhension chez les anglophones au sujet de l’importance des droits linguistiques. Nous n'avons jamais réussi à faire comprendre que ce n'est pas une question de compétences, mais une question de culture et d'identité.

Depuis le début, le bilinguisme est l'affaire des Acadiens. Ce n'est pas comme l'environnement, qui est l'affaire de tout le monde. Est-ce qu'il faut se rendre compte, après un demi-siècle de bilinguisme officiel, que c'est notre problème?

Maurice Basque, historien

Mais à qui revient la responsabilité de faire comprendre l’importance du bilinguisme à la majorité anglophone? Les participants à la discussion étaient divisés sur la question, autant parmi les experts que le public. Certains croient que cette responsabilité revient aux francophones, alors que d’autres pensent que c’est au gouvernement de mener cette bataille.

Une foule attentive écoute les discussions du panel d'experts sur les droits linguistiques, au bar Le Coude à l'Université de Moncton.Une foule attentive écoute les discussions du panel d'experts sur les droits linguistiques, au bar Le Coude à l'Université de Moncton. Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Pourquoi une discussion sur l’antibilinguisme?

L'élection récente de trois députés d’un parti réfractaire au bilinguisme officiel, le débat sur le bilinguisme des ambulanciers, les critiques à l'endroit du commissaire aux langues officielles ou des exigences linguistiques pour certains postes de la fonction publique : les enjeux liés au bilinguisme officiel ne manquent pas au Nouveau-Brunswick.

À la suite de l’élection d’un gouvernement mené par un premier ministre unilingue anglophone, avec un seul député francophone, plusieurs craignent un recul des acquis linguistique et un retour en force de l'antibilinguisme.

L’événement était organisé par l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, l’École des hautes études publiques et le réseau international des chaires Senghor de la Francophonie.

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