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Les pompiers de Montréal à bout de souffle

Benoît Martel, Service des incendies de Montréal
Benoît Martel, chef aux opérations, Service des incendies de Montréal Photo: Vincent Rességuier
Vincent Rességuier

Depuis 10 ans, toutes les casernes du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) disposent d'une unité de pompiers premiers répondants. Avec l'implantation de ce service, le nombre d'interventions a presque triplé, mais les moyens humains demeurent sensiblement les mêmes et les pompiers s'épuisent.

Arrêts cardiaques, surdoses, crises d'allergies, accouchements... dès qu'un accident majeur survient, il y a de bonnes chances que les pompiers soient les premiers sur les lieux avec tout l'équipement nécessaire pour donner les soins préhospitaliers d'urgence. Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

Avant 2007, seuls les pompiers de huit casernes agissaient comme premiers répondants. Fin 2009, la totalité des casernes offraient ce service. Un changement historique pour les soldats du feu, dont l’activité principale n’est plus d’éteindre les incendies. En 2017, 64,4 % des 131 673 interventions du SIM ont été effectuées en tant que premiers répondants. En comparaison, les incendies ont représenté à peine 13 % de leurs activités.

Autrement dit, en moyenne, sur les 350 interventions quotidiennes, 230 sont effectuées en tant que premiers répondants, avec des pics par exemple pendant les périodes de canicules ou de froid polaire.

Avec ses 67 casernes réparties sur l’île de Montréal, le SIM offre la garantie de pouvoir intervenir en moins de quatre minutes en cas d’une « urgence vitale ». Le chef aux opérations, Benoît Martel, rappelle que c’est pour cette raison que la direction du SIM a choisi de développer ce service en appui au partenaire et principal intervenant, Urgences-santé.

On sait qu’on fait la différence, on sait qu’on sauve des vies. Il y a des gens qui viennent en caserne pour féliciter les pompiers.

Benoît Martel, chef aux opération, Service incendie de Montréal

Selon Benoît Martel, ce service est « un très grand bénéfice » pour la population, d’autant plus qu’Urgences-santé est régulièrement débordé par le volume d’appels.

Forte hausse des activités, mais pas des effectifs

Si entre 2007 et 2017 le nombre d'interventions du SIM a grimpé en flèche, les effectifs des pompiers demeurent stables. Le vice-président de l'Association des pompiers de Montréal, Richard Lafortune, souligne que les compressions des dernières années ont conduit à une légère diminution du personnel.

Il précise que la pression est très forte dans les quartiers centraux, plus densément peuplés. En 2018, le SIM a mené des discussions avec Urgences-santé pour limiter les sorties des pompiers. Ils ont été soulagés d'environ 2000 appels qui auraient pu atterrir dans leur cour.

Le contrat entourant la mission de premiers répondants fait actuellement l'objet de négociations entre les pompiers, les ambulanciers et le gouvernement. M. Lafortune espère que le domaine d'intervention du SIM sera limité, sinon il prévoit qu'avec la population vieillissante, les membres de son syndicat seront confrontés à un « cocktail explosif ».

Sur les quelque 2500 pompiers et cadres du SIM, plus de 1700 ont reçu la formation pour être premiers répondants. Un effectif tout juste suffisant, selon Benoît Martel, qui précise que ses collègues répondent à « presque toutes les demandes ».

Comme dans n’importe quel domaine, si on était le double, ce serait mieux, mais on y arrive.

Benoît Martel, chef aux opérations, Service incendie de Montréal

Les pompiers victimes de leur efficacité

Selon plusieurs témoignages, des Montréalais abusent régulièrement de la ponctualité des pompiers. Lorsque les ambulanciers sont débordés, des personnes simulent parfois une situation d’urgence vitale pour forcer l’intervention des pompiers qui normalement se chargent seulement des cas les plus critiques.

Il y a des gens qui profitent. Ils ont compris que les pompiers arrivent plus rapidement chez eux.

Benoît Martel, chef aux opérations, Service incendie de Montréal

Certains n’hésitent pas à feindre ou à exagérer des douleurs thoraciques ou des problèmes respiratoires. « C’est quelque chose qui vient nous chercher », s’indigne Benoît Martel. Il invite ces personnes à prendre conscience que leur impatience prive peut-être des cas urgents de profiter du service. En 2017, le SIM a comptabilisé 9318 fausses alertes ou annulations.

Il faut admettre que des personnes ont trouvé le moyen de contourner les différentes balises qui nous permettraient de filtrer les appels. On le constate quasiment tous les jours.

Richard Lafortune, vice-président de l'Association des pompiers de Montréal

Épuisement psychologique

Les pompiers suivent la formation de premier répondant sur une base volontaire. Tout le monde n’a pas la vocation d’intervenir face à la détresse humaine et ceux qui ont fait ce choix peuvent garder des séquelles de leurs interventions.

On parle d’urgence vitale, c’est toujours très émotif. On travaille avec tout le monde, des enfants, des adolescents, des personnes âgées, et certaines interventions peuvent nous toucher plus que d’autres.

Benoît Martel, chef aux opérations, Service incendie de Montréal

Personne n’est à l’abri. Benoît Martel explique que les premiers répondants doivent se remettre rapidement de leurs émotions après une intervention difficile afin de répondre à l’appel suivant. À la longue, une fatigue psychologique s'installe dans les rangs.

Nous avons de plus en plus plus de pompiers qui souffrent de dépression et de chocs post-traumatiques, non seulement en lien avec un événement, mais plusieurs événements.

Richard Lafortune, vice-président de l'Association des pompiers de Montréal

Selon des données obtenues par Radio-Canada auprès de l’Association des pompiers de Montréal (ADPM), le nombre de troubles de stress post-traumatique des pompiers est passé de 6 en 2013 à 22 en 2018. Richard Lafortune précise que ce problème fera l'objet de discussions approfondies durant le processus de renouvellement de la convention collective qui est sur le point de recommencer.

Défis logistiques

Avec la responsabilité de premiers répondants, Benoît Martel affirme que les pompiers doivent plus que jamais faire face à de multiples situations en peu de temps et que « ça demande toute une logistique ».

Afin d’optimiser l’utilisation des camions, une centrale des communications assure continuellement la répartition des véhicules grâce à un système informatique complexe. Si une caserne est débordée par les appels, des véhicules sont envoyés en renfort. Une organisation qui permet de couvrir en permanence l’ensemble du territoire.

Lors de la campagne électorale municipale de 2014, plusieurs candidats avaient évoqué l’hypothèse d’équiper les pompiers avec des véhicules légers pour répondre à leur mission de premiers répondants. « Pas nécessaire », selon Benoît Martel, car les camions sont assez rapides et possèdent l’avantage d’avoir à bord le matériel pour couvrir la majorité des interventions.

Benoît Martel explique qu’avec les camions actuels, à la fin d’une intervention, le véhicule et l’équipe à bord sont disponibles immédiatement pour se rediriger vers une nouvelle mission, quelle que soit la mission et sans passer par la caserne. Et selon lui, cette méthode permet aux pompiers de gagner de précieuses minutes dans leur course contre le temps.

Grand Montréal

Prévention et sécurité