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Dispute avec la Chine : Ottawa a multiplié les démarches pour obtenir le soutien d'alliés

Justin Trudeau et Chrystia Freeland
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont mené une offensive diplomatique pour faire pression sur la Chine. Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le premier ministre Justin Trudeau et la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland ont tenu une vingtaine de discussions de haut vol avec des chefs d'État, des ministres et des diplomates pour tenter d'obtenir le plus d'appuis possible en faveur des Canadiens détenus en Chine.

Un texte de Peter Zimonjic et de Katie Simpson, de CBC News

Selon le gouvernement libéral, M. Trudeau a effectué neuf appels téléphoniques, y compris auprès du président américain Donald Trump, du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, de la chancelière allemande Angela Merkel et du président du Conseil européen Donald Tusk.

De son côté, Mme Freeland a pris contact avec 11 hauts responsables allant du secrétaire d'État américain Mike Pompeo au secrétaire britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt, en passant par les ministres des Affaires étrangères de l'Australie, de la Lituanie et de la République tchèque.

Ces démarches, a précisé le bureau du premier ministre, ont permis d'obtenir 11 déclarations publiques d'appui en provenance de l'Australie, de l'Union européenne, de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, des États-Unis, des Pays-Bas, de la Lettonie, de la Lituanie, de l'Estonie et de l'Espagne.

L'approche du gouvernement fédéral, qui vise à obtenir le soutien des alliés d'Ottawa dans ses démarches pour que la Chine recule, est une tactique employée par les libéraux depuis l'éclatement de la dispute diplomatique avec la superpuissance asiatique, le mois dernier.

Des tensions sont apparues au début décembre lorsque le Canada a arrêté Meng Wanzhou, chef des finances du géant technologique chinois Huawei, après une demande d'extradition présentée par les États-Unis. Washington allègue que Mme Meng a violé les sanctions internationales contre l'Iran par l'intermédiaire de sa filiale Skycom.

Peu de temps après l'arrestation de Mme Meng, la Chine a mis la main au collet des Canadiens Michael Kovrig, un diplomate travaillant pour une organisation non gouvernementale sise en Chine, et Michael Spavor, un consultant qui organise des voyages en Corée du Nord.

Plus tôt ce mois-ci, un tribunal chinois a condamné le Canadien Robert Schellenberg à la peine capitale pour son rôle dans le trafic de 222 kilogrammes de métamphétamines en provenance d'Australie, en 2014. M. Schellenberg faisait appel de la peine de 15 ans de prison qui lui avait été infligée par un juge de première instance en novembre dernier.

À la suite de ce jugement, M. Trudeau a accusé Pékin d'imposer la peine de mort de façon arbitraire et a demandé à divers leaders mondiaux de lui offrir leur appui. Lundi, 140 ex-diplomates et chercheurs ont fait parvenir une lettre au président chinois Xi Jinping, pressant Pékin de libérer MM. Kovrig et Spavor pour éviter de saper les relations de la Chine avec le reste de la planète.

S'exprimant lundi à Ottawa, le premier ministre n'a aucunement laissé entendre qu'il prévoyait modifier son approche, alors qu'il négocie une sortie pour le Canada dans le cadre de cette querelle diplomatique.

Le Canada fera toujours respecter l'État de droit et nous encouragerons toujours nos amis, alliés et personnes aux idées similaires de par le monde à souligner que le Canada défend l'État de droit, et que tous les pays devraient en faire tout autant.

Le premier ministre Justin Trudeau

« C'est un principe très simple, a-t-il ajouté. Le fait de posséder des systèmes de justice indépendants de l'interférence politique a été bénéfique pour la planète au cours des dernières décennies et le Canada défendra toujours cette position. »

Il est toutefois impossible de savoir, pour l'instant, si la tactique de contrer publiquement la Chine par l'intermédiaire d'interventions du gouvernement canadien, de ses alliés et d'autres intervenants permettra d'obtenir les résultats souhaités par Ottawa.

« Je crois que ce qui serait le plus efficace, ce serait les tractations discrètes, derrière des portes closes, pas les déclarations d'envergure lancées au visage », avance Lynette Ong, professeure adjointe au Department of Political Science and Asian Institute de la Munk School of Global Affairs and Public Policy.

L'objectif pour la Chine, en multipliant les détentions, est de projeter une image de puissance. Alors, même si nous voulons qu'ils cèdent, nous ne voulons pas que la Chine perde la face, et ce n'est pas une question de capituler face à la Chine, c'est une question d'employer une stratégie efficace.

Lynette Ong, de la Munk School of Global Affairs and Public Policy

D'autres spécialistes hésitent à dire que de négocier en secret permettrait d'obtenir la libération de MM. Kovrig et Spavor.

« La Chine commet une grave erreur »

« Je crois que cette idée que n'importe quoi puisse être réglé derrière des portes closes, et qu'il faille être poli en public en étant confrontés au comportement particulièrement grossier des Chinois, est vraiment ridicule », soutient André Laliberté, un professeur s'intéressant à la Chine et à la politique comparée au sein de l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.

« Je crois que si l'Allemagne et d'autres grands pays commencent eux aussi à faire pression dans ce dossier, cela aura un impact, du moins je l'espère, poursuit-il. Je crois que la Chine perd énormément d'influence en se comportant de la sorte. Je peine en fait à comprendre pourquoi le gouvernement agit de la sorte. »

Stephen Saideman, de la Norman Paterson School of International Affairs à l'Université de Carleton, a confié à CBC qu'il ne croit pas que la lettre et ses 140 signatures, ou que les déclarations publiques de la part des alliés du Canada permettront à Ottawa de parvenir à ses fins. Cette stratégie ne nuira pas au Canada, ajoute-t-il.

« Je crois que la Chine commet une grave erreur dans cette affaire. Mais je ne suis pas sûr que Pékin répondra à la pression qu'elle recevra de la part des autres pays, puisqu'ils possèdent tous ces processus internes dont nous ignorons le fonctionnement », dit M. Saideman.

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