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Une trentaine d’anciens dépotoirs sont situés sur des eskers en Abitibi-Témiscamingue

Un dépotoir sauvage s'est accumulé dans un fossé.

De nombreux dépôts en tranchée ont été aménagés en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : gracieuseté MRC Abitibi

Thomas Deshaies

Une trentaine d'anciens dépôts en tranchées (DET) sont situés sur des eskers en Abitibi-Témiscamingue et aucun suivi n'est assuré quant aux impacts potentiels de ces dépotoirs sur l'eau souterraine. Bien qu'il s'agisse d'une problématique connue depuis des années, l'enjeu ne semble pas être une priorité pour les élus régionaux.

Le gouvernement préconisait antérieurement l’installation de DET sur des sols perméables afin d’éviter une accumulation en surface du lixiviat, un liquide potentiellement nocif issu de la percolation de l’eau à travers les déchets. Ainsi, près de la moitié des 69 dépôts en tranchées de l’Abitibi-Témiscamingue ont été installés directement sur des eskers et des moraines (dépôt de débris rocheux), ces formations géologiques qui fournissent, dans certains cas, une eau de qualité exceptionnelle.

Le gouvernement a exigé la fermeture des DET en 2009 et leur remplacement par des lieux d’enfouissement technique où le lixiviat est traité. Ce n’était pas une façon de régler le problème, mais de le faire disparaître à très court-terme, explique le directeur de la Société de l’eau souterraine (SESAT), Olivier Pitre. Aucun suivi sur la qualité des eaux souterraines n’est exigé par le gouvernement.

Un homme pose à côté d'une affiche de la Société de l'eau souterraine Abitibi-Témiscamingue.

Olivier Pitre, directeur de la Société de l'eau souterraine Abitibi-Témiscamingue (SESAT)

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

On voulait seulement empêcher que notre jus de poubelle déborde de l’autre bord du chemin.

Olivier Pitre, directeur de la SESAT

La SESAT (en collaboration avec l'UQAT), a hiérarchisé en 2013 l’ensemble des DET en fonction de certains facteurs, dont la proximité avec des résidences. L’objectif était ainsi d’aider les élus à prioriser les dépôts sur lesquels il faudrait faire des recherches. Cinq d’entre eux sont situés à moins de 2 kilomètres d’une prise d’eau desservant plus de 20 personnes.

C’est un enjeu qui est de plus en plus imbriqué dans la tapisserie

M. Pitre ne cache pas son découragement face à cette situation, qui ne semble pas être sur le radar des élus régionaux. Peu d’entre eux, selon lui, semblent souhaiter s’impliquer dans une démarche d’échantillonnage afin de constater si oui ou non, il y a une contamination de l’eau souterraine. Comme de fait, après vérification, le sujet n’a pas fait l’objet de discussions récentes dans les conseils des MRC de la région et ne fait pas partie des priorités de plusieurs directions de certaines municipalités concernées que nous avons contactées.

Par ailleurs, ce n’est pas parce que les prises d’eau actuelles ne sont pas contaminées qu’elles ne pourraient pas l’être d’ici quelques années, toujours selon la SESAT. Le panache de contamination va évoluer dans le temps, ça va dépendre des vitesses d’écoulement [de l’eau souterraine], puis de plusieurs variables, explique Olivier Pitre. Certaines prises d’eau privées pourraient êtes affectées sans que le propriétaire n’en ait conscience, s’il n’a pas fait une analyse complète de son eau, ajoute-t-il.

On peut ramasser beaucoup d’opinions, mais des faits démontrés, il y en a très peu. Ce serait la prochaine étape.

Olivier Pitre, directeur de la SESAT

C’est un enjeu qui est de plus en plus imbriqué dans la tapisserie, déplore M. Pitre. On s’habitue à avoir ce passif-là et c’est de plus en plus facile, je dirais, de l’oublier.

Le directeur de la SESAT clame qu’il faut une réponse régionale pour s’assurer de la protection de l’eau potable. Si j’étais cynique, je vous dirais que ça prendrait un cas de contamination [pour mobiliser les élus], déplore-t-il. Ça prend des élus qui vont prendre leurs responsabilités et ne pas se croiser les bras.

Aux villes d’assumer la facture, selon le MELCC

Le ministère de l’Environnement offre des subventions pour aider les municipalités à produire un rapport d’analyse de la vulnérabilité de leur source d’eau potable en vertu du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection.

Cependant, en cas de contamination due à un DET, c’est aux municipalités d’assumer les frais reliés aux interventions nécessaires. Le propriétaire d’un DET en demeure responsable après sa fermeture. Tout correctif requis pour corriger une problématique de contamination des eaux serait de la responsabilité du propriétaire du DET, fait savoir par écrit le porte-parole du ministère, Clément Falardeau.

La préfète de la MRC de Témiscamingue, Claire Bolduc, croit que le gouvernement du Québec devrait pourtant y contribuer financièrement. C’est clair [qu’en cas de contamination], on aurait des attentions de soutien important de la part de l’État, tranche-t-elle. Rappelons-nous que les DET ont été faits selon les directives de l’État et leur fermeture s’est faite conformément à leurs directives.

Un homme sourit à la caméra devant l'hôtel de ville de son village.

Martin Roch, maire de Saint-Mathieu d'Harricana

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Le maire de Saint-Mathieu-d’Harricana, Matin Roch, n’hésite pas à ramener à l’ordre du jour le sujet des dépôts en tranchées et à réclamer une mobilisation régionale. Il comprend par contre que ce ne sont pas toutes les municipalités qui se sentent aussi concernées que la sienne, qui accueille l’usine d’embouteillage Eska. Plus on vit à côté d’un esker, plus on en parle, plus on en prend conscience et on est sensibilisé aussi, explique-t-il.

Le mal est peut-être en train de se faire, mais on ne le constate pas.

Martin Roch, maire de Saint-Mathieu-d’Harricana

M. Roch souhaiterait que les municipalités traversées par l’esker Saint-Mathieu-Berry se dotent d’un « cadre de gouvernance », à l’image de ce que proposent les organismes de bassin versant pour l’eau de surface. Cette démarche permettrait d’assurer la préservation de la ressource, selon lui. C’est dommage qu’on ne puisse pas harmoniser des normes plus sévères juste sur ce territoire, affirme-t-il. [Les eskers en Abitibi], c’est juste 4 % du territoire, je ne demande pas de tout sacrifier.

Hiérarchisation des DET à analyser

  1. DET de Clermont
  2. DET de St-Édouard-de-Fabre
  3. DET de Moffet
  4. DET intermunicipal de Clerval (Dupuy)
  5. DET de Lorrainville
  6. DET de Val-Saint-Gilles
  7. DET de Vassan
  8. DET de Rapide-Danseur
  9. DET de Launay
  10. DET de Barraute
  11. DET de Palmarolle
  12. DET de Berry
  13. DET de Kipawa
  14. DET de Nédélec
  15. DET de Fugèreville
  16. DET de Notre-Dame-Du-Nord
  17. DET d’Angliers
  18. DET de Taschereau
  19. DET de Cadillac
  20. DET de Guérin
  21. DET de McWatters
  22. DET de Senneterre (V)
  23. DET de Rochebaucourt
  24. DET de Landrienne
  25. DET de Belcourt
  26. DET de Trécesson
  27. DET de Rivière-Héva
  28. DET de Mont-Brun
  29. DET de La Motte
  30. DET de Saint-Mathieu
  31. DET de Cloutier
  32. DET de Senneterre (P)
  33. DET de Latulipe-et-Gaboury
  34. DET de Arntfield

Source : SESAT-UQAT, 2013

Abitibi–Témiscamingue

Ressources naturelles