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Peu de femmes parmi les plus riches du Canada

Une personne sur cinq est une femme dans le club des plus riches au Canada
L'étude comparative de Statistique Canada est la première du genre. Photo: getty images/istockphoto / tudmeak

Une étude de Statistique Canada publiée lundi dévoile que parmi les personnes qui gagnent le plus d'argent au Canada, seulement une sur cinq est une femme. Rien d'étonnant, d'après des expertes.

Un texte de Delphine Jung

L'analyse, intitulée Qui sont les femmes actives de la tranche de revenu supérieure de 1 % au Canada?, s'est basée sur les données disponibles du recensement de 2016.

Au total, environ 35 000 femmes contre 137 000 hommes appartiennent à la tranche de revenu supérieure de 1 %.

« C’est même plus que ce à quoi je m’attendais », lance Caroline Codsi, présidente et fondatrice de l’organisme La gouvernance au féminin.

« Ce sont des chiffres récurrents depuis 20 ans », ajoute Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes et professeure au Département de sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Hélène Lee-Gosselin, directrice de l’Institut Femmes, Sociétés, Égalité et Équité (IFSEE) de l’Université Laval, souligne toutefois qu’il est important de faire la différence entre « revenu d’emploi » et revenu de manière générale.

« Une femme peut être rentière, avoir de bons placements et donc, avoir un revenu global très élevé. Cela dit, il est évident que les femmes sont loin d'être celles qui touchent les revenus d’emploi les plus élevés », précise-t-elle.

Discrimination et vieux réflexes

Ces résultats s’expliquent, d’après la directrice de l’IFSEE, car « une discrimination systémique perdure » et elle résulte d’habitudes très ancrées dans nos sociétés.

D'après l'étude, parmi ces femmes, beaucoup sont aussi plus susceptibles que leurs homologues masculins de travailler dans les domaines de la santé et des affaires. En revanche, elles sont moins nombreuses que les hommes dans les secteurs de l'architecture, du génie et des technologies connexes ainsi que du commerce, de la gestion et de l'administration publique.

Caroline CodsiCaroline Codsi pense qu'il faut forcer les entreprises à atteindre l'équité en légiférant. Photo : Benedicte Brocard

« Le droit et la médecine sont deux secteurs dans lesquels on commence à voir des femmes avec des responsabilités et il y en aura de plus en plus », croit Mme Codsi, qui précise que « 60 % des diplômés universitaires sont aujourd’hui des femmes ».

Mais même si les femmes ont atteint un niveau de scolarité supérieur à celui de leurs homologues masculins, leur salaire reste pourtant moins élevé.

En moyenne, les femmes actives de la tranche supérieure de 1 % gagnaient un revenu médian de 362 300 $, par rapport à 393 200 $ pour leurs homologues masculins.

Rapport de Statistique Canada

Pour Mme Codsi, cela peut s’expliquer entre autres par le fait que « les femmes sont moins bonnes négociatrices que les hommes lorsqu’il s’agit de salaire. Notamment parce qu’elles souffrent souvent du syndrome de l’imposteur. Elles vont se satisfaire d’une hausse de responsabilités sans forcément demander le salaire qui va avec », explique-t-elle.

D’après la présidente de La gouvernance au féminin, il n’y aurait que 7 % des femmes qui négocient leur salaire à un poste d’entrée, contre 50 % des hommes. « Et ces chiffres évoluent peu lorsqu’il s’agit de renégocier le salaire tout au long d’une carrière, alors l’écart se creuse », appuie-t-elle.

« On voudra absolument garder une femme compétente à son poste. Un homme compétent, on se dira plutôt qu’il ne peut pas rester à ce poste et qu’il doit absolument monter dans la hiérarchie. Souvent, les dirigeants sont des hommes et voient donc dans leurs confrères du même sexe de meilleurs relais », poursuit Mme Chagnon.

D'ailleurs, pour elle, les femmes ambitieuses ont encore une mauvaise image. Elles seraient perçues comme plus froides et plus compétitives. « L’ambition n’est pas une qualité féminine appréciée », dit la professeure de l’UQAM.

Si les dirigeants ont le choix entre un homme compétent et une femme plus compétente, ils choisiront plutôt l’homme en se disant que la femme sera un mauvais choix pour l’équipe.

Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes et professeure au Département de sciences juridiques de l’UQAM

D’ailleurs, les femmes ne font généralement pas partie des cercles sociaux de l’entreprise. « Les relations informelles existent surtout entre gens qui se ressemblent. Si une femme a en plus une charge importante à la maison, elle n’aura pas forcément le goût de rejoindre ses collègues pour un 5 à 7 », dit Hélène Lee-Gosselin.

Hélène Lee-GosselinPour Hélène Lee-Gosselin, il est évident que les femmes sont loin d'être celles qui touchent les revenus d’emploi les plus élevés. Photo : Courtoisie Université Laval

Légiférer sur la parité

Pour remédier à la situation, les trois spécialistes demandent au gouvernement de légiférer.

« Les pays qui ont forcé les entreprises à avoir des objectifs quantitatifs ont eu de bons résultats », dit Mme Chagnon.

« Une loi serait une façon d’accélérer le changement. Dans les pays qui ont opté pour une telle solution, l’écart de représentativité entre les hommes et les femmes s’est réduit et jamais au prix des compétences, comme l’avancent certains des opposants à la parité », ajoute Mme Lee-Gosselin.

« Quand on légifère, on trouve des femmes. Quand on ne légifère pas, on trouve des excuses », conclut Mme Codsi.

Économie